Dans
l’après-midi du 28 novembre 1942, le Léopard se dirige vers la ville du
Port, où un comité de salut public, dirigé par Léon de Lepervanche, a
destitué le maire. Accueilli par les canons de la défense côtière aux
ordres du lieutenant Émile Hugot, le Léopard riposte par une salve de
150 qui fait deux morts.
Léon de Lepervanche qui a pris le titre de commissaire du peuple se
rend à bord du Léopard et se met à la disposition de la France Libre.
En fin de journée, le lieutenant Hugot, gravement blessé se rend.
Le 28 novembre au soir, il
ne reste plus qu’à obtenir la reddition d’Aubert toujours retranché à
Hell-Bourg. La journée du 29 novembre se passe en tractations, Il faut
l'intercession de l'évêque Monseigneur
Cléret de Langavant pour que les deux chefs parviennent enfin à
se mettre d'accord. Aubert se rend le 30 novembre 1942 à 8 heures 45.
Ce même jour à midi, Capagorry fait diffuser à la radio un communiqué
:
" Le gouverneur André
Capagorry, gouverneur de la Réunion, a le plaisir d’informer la population
que le gouverneur Pierre Aubert vient de renoncer à poursuivre une lutte
inégale et fratricide. En conséquence, les hostilités ont cessé sur le
territoire de la colonie et le sang n’y sera plus versé. Le gouverneur
Pierre Aubert a fait son devoir avec courage et correction. Il lui sera
rendu les honneurs militaires. Maintenant que les intérêts de la France
ont prévalu, toute la population est invitée à se dégager des querelles
purement locales et à s’unir autour du gouvernement de la France combattante
pour coopérer à la libération de la Patrie. Vive le général de Gaulle,
vive la France. "
Par décret du général de
Gaulle, signé à Londres le 1er décembre 1942, André Capagorry est nommé
gouverneur de la Réunion à compter du 29 novembre 1942.
Problème immédiat pour le
nouveau gouverneur : le ravitaillement de la colonie au bord de la famine.
Quelques rotations du Léopard sur Maurice et Madagascar ont un impact
psychologique capital : les Réunionnais retrouvent le goût du riz et Capagorry
devient " Papa de riz ".
Autre question à régler :
la liquidation des séquelles du régime de Vichy. Á partir du 20 avril
1943, une chambre de révision siégeant à Saint-Denis annule presque toutes
les condamnations, mises à pied et rétrogradations prononcées entre juin
1940 et le 27 novembre 1942. Vis-à-vis des responsables du régime de Vichy,
Capagorry choisit l’apaisement. Ainsi écrit-il au procureur général le
16 avril 1943 : " l’action des personnes qui ont servi les gouvernements
Pétain jusqu’à mon arrivée ne s’est jamais exercée ici sciemment en faveur
de l’ennemi. Et s’il y eut quelques ardents propagandistes de ce qu’on
appelle la " révolution nationale ", cette propagande évita
toujours soigneusement de recommander la collaboration ou le racisme,
pour des raisons tirées des contingences locales. "
Á peine une vingtaine de
responsables passeront en jugement, soit devant la chambre civique de
la Réunion, soit devant le tribunal militaire de Tananarive : la plupart
seront relaxés ou légèrement condamnés. Par contre, Jean-jacques Pillet,
directeur de cabinet d’Aubert, sera révoqué.
À la fois homme d’action
et fin diplomate, Capagorry entreprend de créer un climat de confiance
et de paix sociale pour faire face aux difficultés économiques. Grâce
aux dispositions qu’il prend, les élections de la période 1944-1945 se déroulent
dans le calme. Mais la situation se dégrade en 1946 et il aura à gérer
l’affaire du meurtre au cours d’une réunion électorale à Saint-Denis le
25 mars 1946, d’Alexis
de Villeneuve, candidat aux législatives du 2 juin.
1946, Lors de la session
extraordinaire de l'assemblée en 1946 on évoque le remplacement du chemin
de fer par la route, notamment sur le tronçon Saint-Denis, La Possession.
Le premier projet présenté par le gouverneur Capagorry évoque la possibilité
d’élargir le tunnel ferroviaire à huit mètres. Cette solution plus économique,
présente pourtant un inconvénient : il ne faut pas que le trafic du chemin
de fer soit interrompu pendant les travaux. Deux autres possibilités sont
envisagés : la construction d’une déviation en corniche surplombant le
Cap Bernard, ou la rectification et l’élargissement du tracé de la route
de la Montagne. Le Conseil général, cependant, émet quelques réserves
sur la nouvelle chaussée, bien qu’il soit pour le principe d’une modernisation
du réseau routier : une corniche ne serait-elle pas préférable à un élargissement
du tunnel ? Cette question restera en plan pendant des années.
Bien que les colonies de
la Guadeloupe, de la Guyane, de la Réunion et de la Martinique aient été
érigées en départements par la loi du 19 mars 1946, Capagorry, le dernier
gouverneur de la Réunion, devra attendre le 15 août 1947 pour passer le
relais au premier préfet de la Réunion,
Paul Demange.
Après la guerre, le gouverneur
Capagorry est nommé inspecteur général des affaires administratives de
Madagascar. Lors des événements de Madagascar du 13 mai 1972, il se replie
sur l’île de la Réunion.
Dans ses dernières volontés,
le gouverneur Capagorry a émis le désir de se faire enterrer dans cette
île à laquelle il était profondément attaché. C’est ainsi qu’il fut inhumé
au milieu de ses camarades morts pour la France, dans le cimetière des
Volontaires au bord de l’océan Indien. Lieu même où il débarqua 39 ans
auparavant.
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