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Le
nouveau gouverneur est très vite confronté à la délicate question de l'abolition
de l'esclavage sur l'île Bourbon. Il y a des équilibres à trouver pour
ne pas compromettre la paix sociale. La fermeté est de mise pour les agitateurs.
Le 28 juin 1838, s'ouvre
la deuxième session du Conseil colonial de Bourbon, dont la tâche est
de légiférer en matière de contributions.
Le gouverneur de Hell se
préoccupe de la situation sociale et économique des affranchis. Le 1 er
septembre 1838 est créée à l'atelier colonial de Saint-Denis une caisse
d'épargne de de Prévoyance, 502 engagés vont s'y inscrire.
Le 6 février 1839,
le Conseil fait connaître au gouverneur sa réponse au rapport de M. de
Remusat à la Chambre des députés ainsi qu’à la dépêche ministérielle du
21 août 1838. C’est un plaidoyer pour le maintien du système esclavagiste.
Examinant un par un les articles du projet d’ordonnance visant à améliorer
le situation des esclaves, la réponse du Conseil est invariablement la
même : tout va pour le mieux, il n’y a plus rien à améliorer. Réponse
du Conseil Colonial.
Le 11 juin 1839, une ordonnance
royale propose de nouvelles conditions d'affranchissements notamment pour
le mariage et pour l'adoption, cette ordonnance va faciliter et amplifier
l'affranchissement progressif des esclaves.
Les nouvelles conditions
d'affranchissements :
- " l'esclave avec qui
son maître ou sa maîtresse contractent mariage "
- " l'esclave qui, du consentement de son maître contracte mariage
avec une personne libre "
- " l'esclave adopté par une personne libre avec le consentement
de son maître "
- " les enfants naturels, esclaves de leur père ou de leurs mères
libres reconnus par eux "
- " l'esclave qui aura été fait légataire universel par son maître
"
- " le père, la mère, le frère ou la sœur esclaves leurs enfants
sœurs frères libres "
- " l'esclave qui aura rendu de grands services publics ".
Octobre
1839, le gouverneur de Hell
décide d'aider le gouvernement de Bourbon à effectuer le bon choix en
le faisant profiter des enseignements de l'exemple mauricien, en effet
l'île Maurice a émancipé ses 66 613 esclaves le 1 er février 1835 et a
libéré tous les affranchis en 1839. De Hell confie à M. Dejean de La Batie,
conseiller colonial, le soin de réaliser une mission à Maurice en vue
de rédiger un rapport au Ministre de la Marine et des Colonies exposant
les causes du succès ou de l'insuccès de cette grande transformation sociale
après avoir observé ses résultats dans quatre domaines précis : la moralisation
des anciens esclaves, le degré de bien être qu'elle leur a procuré, l'ordre
public, le travail et la production. Dans son rapport M. Dejen de la Batie
reste farouchement anti-abolitionnisme et maintient son attachement à
l'ordre établi et à l'esclavage.
Le gouvernement de Louis-Philippe
demande à Anne Chrétien Louis de Hell de saisir le Conseil colonial de
trois projets d’émancipation. Première mesure symbolique en 1840
: une ordonnance royale.
L'ordonnance du Roi du 5
janvier 1840 prévoit pour les esclaves :
" Le catéchisme hebdomadaire
et une visite mensuelle du curé de la paroisse sur les habitations. L'instruction
primaire des esclaves des deux sexes à partir de quatre ans, dans toutes
les écoles gratuites qui seront établies dans les villes, bourgs et communes.
Les visites mensuelles d'inspections des Procureurs du Roi sur les habitants.
Elles portent sur :
- la nourriture et l'entretien,
- le régime disciplinaire,
- les heures de travail et de repos,
- les exemptions motivées par l'âge et la maladie,
- l'instruction religieuse et le mariage."
De leur côté, les conseillers
tenteront une bataille d’arrière-garde, arguant du fait qu’ils n’avaient
pas reçu de leurs électeurs un mandat explicite pour discuter d’une question
aussi grave, émancipation, pour la colonie. Ils démissionneront donc en
bloc.
2 septembre 1840, de Hell
ouvre les terres du cirque de Cilaos à la colonisation. Il accorde
des concessions gratuites dans " le dommaine Plaine des Etang, bornées
par le bras de Benjoin, le bras des Etangs, le bras Rouge et la Roche
Pendue, hors les eaux minérales et thermales, les rivières
et cours d'eau et la ligne de crête sur les remparts. "
Le 1 er février 1841,
le Conseil colonial est dissous par arrêté du gouverneur. Les nouvelles
élections sont fixées au 10 mai 1841.
Lors de son arrivé
à Bourbon de Hell avait en outre pour instruction de chercher un
point d'appui dans le nord de Madagascar. Il charge son aide de camp le
Capitaine Passot de cette mission qui arrive à bord du Colibri
à Nosy-Be le 29 Septembre 1839. Il y rencontre la reine Tsiomeko
réfugiée, prête à céder l'Île
contre la protection de la France face à l'attaque des soldats
de Ranavalona I (reine de Tananarive). De retour à l'Île
de Bourbon de Hell l'autorise à signer l'acte de cession au nom
du roi des Français. Ce qui fut fait le 14 juillet 1840 et la prise
de possession effectuée le 03 février 1841.
La reine Tsiomeko, céde
au Roi de France " tous ses droits de souveraineté sur le
pays situés à la côte ouest de Madagascar et sur les
îles Nosy-Bé et Nos-Cumba. " Ces îles forment
une dépendance de l'île Bourbon, par arrêté
n° 423 du 13 février 1841. C'est pourquoi le nom de la ville
de Nosy-Be s'appelle Hell-Ville (Ville de l'Amiral de Hell).
Anne Chrétien Louis de Hell
est nommé contre amiral le 22 novembre 1839, revenu en France en mai 1842
sur l'Égérie son successeur à l'île Bourbon est Charles Léon Joseph Bazoche.
Après sa mission à l'île
Bourbon, le contre-amiral de Hell exerce de septembre 1843 à octobre
1845 la fonction de préfet maritime de Cherbourg.
En octobre 1845,
il est membre de la Commission mixte des travaux publics et l’année
suivante, directeur du Dépôt des cartes et plans.
Il quitte le service actif
en février 1853
et se retirer en Alsace, dans le château de sa femme le Château
d’Oberkirch.
Anne Chrétien Louis de Hell,
se lance dans la politique et devient député et conseiller général. Il
développera notamment la construction des lignes de chemin de fer en Alsace.
Fait Grand Officier de la Légion d'honneur en 1846,
il meurt le 4 octobre 1864
au château d'Oberkirch à Obernai.
Anne Chrétien Louis de Hell
a laissé son nom à deux localités dans le sud-ouest de l'océan Indien
:
- Hell-Bourg, village de
la commune de Salazie, à la Réunion.
- Hell-Ville, ville de l'île
de Nosy Be, à Madagascar.
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