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Il
procède ensuite aux premières nominations de la nouvelle administration.
Le 24 décembre 1689,
Michel Firelin devient procureur du Roi, lettre de nomination
écrite par le gouverneur :
Henry Habert Chevalier Seigneur
de Vauboulon, Conseiller du Roy en ses Conseils Gouverneur pour Sa Majesté,
et Juge en dernier ressort en toutes matières de l'Ile Bourbon,
à tous présents et à venir. Nous par le pouvoir que
le Roi nous a mis entre les mains de pourvoir qui bon nous semblera de
la charge de Procureur du Roy dans cette Ile. Etant pleinement informés
des bonnes vies et moeurs, de la religion Catholique Apostolique et Romaine,
de la capacité, et fidélité du Sieur Firelin, l'avons
commis et commettons pour le temps qu'il nous plaira, pour faire la fonction
de la dite charge de Procureur du Roi, suivant les us et coutumes du Royaume
de France, et jouir des honneurs, prérogatives, revenus et émoluments
appartenant à la dite charge. Donné à St Denis Ile
de Bourbon, le vingt quatrième décembre 1689.
Jean-Baptiste Bidon
devient greffier du tribunal. Le judiciaire voit le jour pour la première
fois dans l'île.
Gilbert-Joseph de
Blot de Chauvigny devient secrétaire du gouverneur.
Très vite la personnalité
d'Henry Habert de Vauboulon se montre aux habitants de Bourbon, ils considère
la population comme ses sujets, il est cupide, autoritaire et libidineux,
il est venu aux îles pour faire fortune.. Sa première ordonnance interdit
aux habitants de l’île "sur peine de la vie" de s’absenter de leur demeure
ordinaire plus de quinze jours sans une permission écrite, de " tuer
tous les chiens pour n'en conserver que deux mâles par habitant et cinq
femelles pour toute l'île, dont deux à Saint-Paul, et une par quartier
pour Saint-Denis, Sainte-Suzanne et Sainte-Marie ".
Pour limiter les mouvements
des Noirs, Vauboulon aura recours à l'ordonnance du 18 décembre 1689.
Les Noirs, ne pourront s’absenter plus d’un jour sans permission de leur
maître ou encourent le fouet et le marquage à la fleur de lys puis la
pendaison en cas de récidive.
Il régularise l'attribution
des terres aux colons en prélevant au passage sa dîme. Tous les textes
sont unanimes : avant de Vauboulon, aucun acte n’avait été signé ; il
s’agissait surtout d’occupation de fait.
Quatorze pièces sont à ce
jour conservées aux Archives départementales de la Réunion.
La première concession date
du 16 janvier 1690, à Pierre Hibon. Sur les actes, de Vauboulon précise
les redevances en nature pour le paiement de cette concession. Selon Jules
Hermann, grand admirateur du gouverneur, il ne s’agissait là "que de contraindre
les habitants à l’élevage et à la culture, pour les habituer à ne plus
compter sur la nature seule." En fait, il semble bien que le gouverneur
ait entrepris, par le biais de ces concessions, de se constituer une fortune
personnelle. Ceux qui refusaient de payer étaient promptement jetés au
cachot, jusqu’à ce que l’amende soit payée. Il semble également que pendant
la détention, il n’était pas rare de voir le gouverneur importuner les
femmes de ses victimes.
Le 31 décembre 1689, un violent
cyclone s’abat sur l’île. Le Saint-Jean Baptiste est brisé sur le rivage
de Saint-Paul. Le capitaine Duboys-Dessablons incrimine directement le
gouverneur qui l'aurait empêché de mettre le vaisseau à l'abri. "
Monsieur de Vauboulon est la seule cause de ma perte " écrit-il le
19 février 1691. les cadavres charriés par la mer le 1er janvier 1690
constituent un mauvais augure pour les habitants.
9
janvier 1690, le nouveau gouverneur de Bourbon
Henry Habert de Vauboulon fait paraître une ordonnance se référant
à un accord établi le 15 mars 1687 entre le curé Camenhen et les habitants.
Cet accord prévoyait le versement d'une taxe au clergé par les paroissiens
: dorénavant, elle allait être collectée par les services de l'État avant
d'être reversée. Cette ordonnance, prise dans un souci de centraliser
l'administration sera très mal vécue par le père Hyacinthe. Pour l'instant,
il reste encore silencieux, mais est à l'écoute de ses paroissiens
qui commencent à maugréer.
16
janvier 1690 à Saint-Denis et à Sainte-Suzanne le 20
janvier 1690, sont affichées les ordonnances réglementant la chasse,
le massacre du gibier de l'île atteignant des proportions inquiétantes.
Une réserve interdite à la chasse est donc instituée à la "Possession"
du Roy. Les habitants, "pour réparer le tort qu'ils se sont fait à eux-mêmes",
sont autorisés à chasser "une fois la semaine, à la viande ou à la
tortue de mer." Les habitants ne pouvaient avoir que deux chiens, et seules
cinq chiennes "connues les meilleures" avaient droit de vie dans
toute l'île; les autres chiens devaient être tués. Des mesures extrêmement
impopulaires, que les ennemis du gouverneur sauront utiliser le jour
venu.
Par ordonnance du 27 mars
1690,
il exige : Nous, désirant en ce, comme en toute autre chose, obéir aux
ordres que nous avons reçu du Roi, et tenir la main a ce que les habitants
s'acquittent envers leurs enfants du devoir que la nature et l'honneur
exigent d'eux, leur enjoignons, dans six semaines pour tout délai, de
prendre des mesures pour l'exécution du contenu de ladite affiche de s'adresser
au Père Hyacinthe pour faire instruire leurs enfants de nos principaux
mystères et de l'usage des sacrements et de prendre le temps et la méthode
qu'il voudra donner pour cet effet, à peine de trente livres d'amende
contre les contrevenants ; et afin que la jeunesse se porte d'elle même
à apprendre ce qui est nécessaire au salut à ladite jeunesse de l'un et
l'autre sexe que nous empêcherons de tout notre pouvoir qu'on ne leur
administre le sacrement de mariage qu'auparavant ils ne répondent, pendant
huit jours, sur les points principaux de notre foi et que les garçons
n'aient appris un métier ou à lire et à écrire et que les filles pareillement
ne sachent le devoir chrétien, lire et écrire, travailler et faire ce
qui est nécessaire dans leur ménage ".
La révolte gronde. Les accusations
gonflent. Le père Hyacinthe l'accuse d'être " un esprit brouillon,
malfaisant, maling, fourbe, capricieux, menteur, qu'il se ressentait plus
d'un cuistre que d'un homme d'honneur, malhonnête en tout...".
Les choses en sont là lorsque
accoste, le 24 juin 1690, le navire Les Jeux de retour de Surate. À peine
débarqué, le capitaine Houssaye doit entendre les plaintes des habitants.
Aux dires de certains, celui qui représentait l’espoir de tout un peuple
est en réalité le diable en personne, cupide et libidineux.
La Houssaye reçoit à bord
de son navire la visite de plusieurs habitants qui viennent se plaindre
de leur gouverneur : le secrétaire personnel de Vauboulon, M. Gilbert
de Blot, sieur de Chauvigny ; le garde-magasin, Michel Firelin ; le nouveau
curé de l’île, le père Hyacinthe ; le colon Gilles Dugain, et bien d’autres
personnes, dont son collègue commandant au long cours Guillaume Dubois
des Sablons, qui l’informe sur les conditions dramatiques de la perte
du Saint Jean-Baptiste, broyé au cours du cyclone du 31 décembre 1689
dans la baie de Saint-Paul.
La Houssaye est consterné
! . Il fait un rapport "pris sur le vif", des pratiques douteuses du gouverneur.
La Houssaye prend la décision de rester à Bourbon le temps qu’il faudra,
afin de recueillir et de vérifier une à une toutes les plaintes et les
informations sur la situation de la colonie, sur ses habitants et en particulier
sur son gouverneur. Il restera deux mois et vingt jours.
Le 14 septembre 1690, il
descend à terre et se rend chez Vauboulon pour faire ses adieux et prendre
le courrier officiel. Les deux hommes se parlent longuement et, sur l’insistance
de la Houssaye, le gouverneur autorise le départ de tous les officiers
du Saint Jean-Baptiste, ainsi que celui de son écuyer et secrétaire, Joseph
Gilbert de Blot sieur de Chauvigny, en désaccord avec sa conduite, du
père Camenhem et de plusieurs autres personnes, en tout, trente-trois
individus.
De son côté, le père Hyacinthe
écrit une longue missive adressée à M. Céberet, directeur de la Compagnie
des Indes. Après les plaintes, le père Hyacinthe laisse apparaître ses
ambitions : il demande que dorénavant les gouverneurs laissent en paix
les religieux, que les biens accaparés par De Vauboulon soient rendus...
et s’offre "de gouverner pendant un an ou deux" en attendant qu’un bon
gouverneur soit trouvé.
14
octobre 1690, éclate à Saint-Denis le premier des incidents
qui mèneront à la destitution de De Vauboulon. Henri Brocus, un Hollandais
naturalisé ayant fait commerce avec des esclaves marrons est condamné
au carcan, punition exécutée le jour même. La colonie des personnes
naturalisées en est indignée.
17
octobre 1690, De Vauboulon se dispute publiquement avec de
Firelin à propos de l'ordonnancement du magasin de la Compagnie et le
frappe de sa canne. Fou de rage, de Firelin se rend à Sainte-Suzanne pour
y rencontrer le père Hyacinthe, qui assure qu'il interviendra quelques
jours plus tard, durant la messe; de Firelin profite de ce laps de temps
pour soulever un peu plus les habitants contre leur gouverneur.
22
octobre 1690, après la messe, le père Hyacinthe s'entretient
avec De Vauboulon. Celui-ci paraît ensuite apaisé, mais une nouvelle dispute
éclate avec De Firelin. Le gouverneur augmente encore la tension en envoyant
ses hommes recenser les richesses dans les maisons des habitants. Parallèlement,
il ordonne qu'une enquête soit faite sur les agissements de de Firelin,
enquête dont les conclusions seront envoyées en métropole par le prochain
bateau. Firelin prend peur.
21 novembre 1690, fête de
la Vierge célébrée par les Capucins, Firelin rassemble la population du
Quartier français de Sainte-Suzanne au son des cloches. Le carillonneur
était Arzul Guichard. De Vauboulon, conscient des tensions et craignant
les rassemblements avait défendu que l'on solennise la fête; il envoie
donc prendre Arzul et le mettre en prison. Firelin, à la tête d'une troupe
d'habitants le réclame ; pour toute réponse, le gouverneur lui lance "
que son procès est déjà fait et qu'on le pendra quand il y penserait le
moins. "
Firelin, Procureur du Roi,
propose que l'on se saisisse du gouverneur durant la prochaine messe,
un complot s'organise secrètement, les comploteurs : Firelin, le Père
Hyacinthe de Kerguelen, Duhal, un certain Jacques Barrière, de Limoges
et Julien Robert, poitevin.
Le dimanche 26 novembre 1690,
à la grand-messe, le père de Kerguelen en habits sacerdotaux attend le
Gouverneur dont le fauteuil est au premier rang. Dès que Vauboulon a pris
place, les conjurés se précipitent. Duhal lui crie : " Au nom du Roy,
rendez votre épée " s'en empare et le ligote. Le curé et Firelin en tête,
un cortège se forme qui va incarcérer le Gouverneur à la prison. Par prudence
on neutralise les proches de Vauboulon : son valet, Simon-Louis de La
Citerne, Bidon, et le greffier.
La suite fut plus grave car
une cour martiale nommée par les habitants condamna à mort le 6 mai 1692
et fit fusiller peu après celui qui était considéré comme l'âme damnée
du Gouverneur, son valet nommé " La citerne ". La sentence du 6 mai 1692
:
Nous, habitants de l'Ile
Bourbon soussignés à tous ceux qui ces présentes
lettres verront, vues les dépositions faites contre Simon Louis
de La Citerne suivant l'assassinat qui se devait par lui commettre tant
à la personne dudit Sr Firelin, Commandant de ladite Isle, que
au Révérend Père Hyacinthe, capucin et missionnaire
apostolique en ladite Ile et au frère Anthoine de Lannion son compagnon,
vu aussi l'interrogatoire subi par ledit La Citerne, les témoins
devant lui confrontés, comme aussi ledit assassinat par lui avoué
et signé, le tout considéré, Nous avons condamné
ledit Simon Louis de La Citerne à être arquebusé jusqu'à
ce que mort s'ensuive, Nous avons condamné Paul Désiré
d'accompagner ledit Simon Louis de La Citerne au lieu du supplice pour
avoir celé ledit assassinat et de retourner après l'exécution
faire chez Julien Robert, habitant de Sainte-Suzanne comme il y était
ci-devant, lui faisant défense à l'avenir de découcher
de chez son hôte ni d'avoir aucune correspondance avec ceux qui
sont accusés pour complices à peine de subir le même
châtiment dudit La Citerne, Nous avons aussi condamné Jacques
Fontaine, habitant de St-Paul de n'avoir aucune correspondance avec ceux
qui sont accusés pour complices, lui faisant défense à
l'avenir et à ses enfants de passer la Rivière du Galet
et de ne se mêler d'aucunes affaires sans l'ordre dudit Sr Firelin,
Commandant, à peine de subir le même châtiment dudit
La Citerne, et ordonnons que la présente soit exécutée
selon la forme et teneur, donné au Fort St-Denis Ile Bourbon ce
sixième jour de mai mil six cent nonante et deux.
Les affaires courantes sont
expédiées par le duo Hyacinthe, Firelin. Le Père Hyacinthe refuse la proposition
d'assurer la charge de gouverneur et propose Firelin. Firelin est donc
élu le 4 mars 1691.
Il a 24 ans.
Henry Habert de Vauboulon
meurt le 18 août 1692 dans sa cellule. Le lendemain, les derniers sacrements
sont rendus à l’ancien gouverneur ; mais très rapidement, le bruit court
qu’il a été empoisonné. L'acte de décès établi par le Père Hyacinthe est
ainsi rédigé :
" Le 18 d'août 1692,
Henry Habert, sieur de Vauboulon, gouverneur de la part du Roy en cette
isle de Bourbon, fut trouvé mort d'une maladie de deux mois, en la prison
de Saint-Denis, où il était depuis le 26 novembre 1690, pour les mauvais
traitements et les vexations exorbitantes qu'il faisait au peuple, ayant
le même jour appris cette triste nouvelle, j'assemblay incontinent tous
les habitants de ce quartier de l'isle où je me trouvais alors pour leur
en faire part, et le lendemain ... je luy fis un service avec messe, où
l'on fit cinq coups de mousqueterie ... ". Une autopsie est pratiqué
qui ne confirme pas l'empoisonnement.
Tout ceci se passe dans une
île totalement abandonnée par la France. Car suite au naufrage, le 31
décembre 1689, de son vaisseau, le Saint-Jean Baptiste, au large de l'île,
la Compagnie des Indes avait décidé de ne plus desservir Bourbon.
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