Histoire de La Réunion année 1810, Histoire de Bourbon La Réunion, les événements de l'année 1810.

Histoire de La Réunion année 1810

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9 juillet 1810, l'île Bonaparte (La Réunion) est anglaise. La colonie reprend son ancien nom d'île Bourbon.

20 juin 1810, les Anglais qui n’ont pas renoncé à l’île Bonaparte (La Réunion), organisent leur prochaine attaque. Le vaisseau Diomède, les frégates la Doris et le Ceylan escortant une flotte de douze transports accostent dans la rade du Port-Est à Rodrigues : 1 800 hommes de troupes européennes et 1 850 cipayes sont venus renforcer les troupes formant un effectif de 5 000 à 6 000 hommes. Les troupes de débarquement sont commandées par le colonel Henry Sheehy Keating. l'escadre sous les ordres du commodore Josias Rowley.

Cette fois Keating a décidé d’attaquer directement la capitale. Les Britanniques sont très bien informés sur les mesures de protection prisent par le gouverneur Chrysostome Bruneteau de Sainte-Suzanne, notamment en ce qui concerne les plus récentes constructions défensives à Saint-Denis.

6 juillet 1810, l'escadre de 21 bâtiments se rassemble dans la matinée à 50 milles à l'est de l'île Bonaparte.

Combat naval entre une division française et anglaise en vue de l'île de la Réunion, 24 août 1810

7 juillet 1810, les navires anglais sont au large de Saint-Denis. A terre très vite l’alerte est donnée et la défense organisée.

A 8 heures, il y a cinq navires ennemis entre Saint-Denis et la rivière Saint-Jean.

A 9 heures, la frégate la Néreïde du capitaine Willoughy passe devant la rade de la capital et va mouiller à La Grande Chaloupe.

A 10 heures, dix navires sont signalés.

Combat naval en 1810 au large de Saint-Denis La Réunion

A midi, 18 bâtiments sont en vues et les préparatifs de débarquement se mettent en place. C'est la prise de Saint-Denis qui est recherchée car décisive pour le sort de l'île. Le plan des Anglais est de prendre Saint-Denis en tenaille : des bataillons débarquent à La Grande Chaloupe et des troupes prennent pied à l'Est de la Capital, du côté de Sainte-Marie. C'est de ce côté que démarre le débarquement. Une centaine de soldats réussissent à mettre pied à la hauteur de la Rivière des Pluies, les forces anglaises, supérieures en nombre, se rendent maître de Sainte-Marie et y passent la nuit.

8 juillet 1810, la journée du 8 sera décisive, le lieutenant colonel Keating décide de faire débarquer le gros des troupes anglaises à la Grande Chaloupe. Mais alors que les Anglais reçoivent de partout des renforts ; les Français ne peuvent mobiliser qu'une poignée d'hommes. Ainsi pour défendre Saint-Denis, le colonel Sainte-Suzanne ne peut compter que sur un peu moins de 300 hommes et aucun renfort, ni de l'Est ni de Saint-Paul : 3 000 Anglais coupant toute communication entre l'arrondissement Sous-le-Vent et la capitale. L’ennemi, toujours plus nombreux, déferle sur les pentes de la Montagne malgré le feu nourri des défenseurs. Les Français combattent héroïquement mais cela est insuffisant. Ils sont obligés de refluer vers la Redoute. De son côté le capitaine La Chapelle doit faire face au refus de ses hommes d’aller se faire tuer. La même scène se produit à Saint-Benoît.

Après avoir entendu à 17 heures les rapports des chefs de service et des commandants de poste sur la situation, Chrysostome Bruneteau de Sainte-Suzanne propose au Anglais une capitulation. M. Houbert, capitaine des dragons de la garde nationale, est envoyé avec un drapeau blanc à l'ennemi.

Il revient de suite avec un officier supérieure anglais. Après une conversation de cet officier avec le colonel, on donne à tous les postes l'ordre de cesser le feu. Le même ordre est porté aux postes anglais par cet officier supérieur. Le colonel anglais faisant preuve d’humanité demande à ses troupes de faire halte. A six heures la capitulation est signée dans une maison déclarée neutre située dans la rue Saint-joseph. Le colonel Sainte-Suzanne a fait l'impossible. Les officiers anglais saluent sa bravoure et le qualifient de meilleur officier des Français dans l'Inde.

Commodore Josias Rowley

8 juillet 1810. Texte de la capitulation paraphé : R.T.Farquhar, H.S. Keating, J. Rowley, Sainte-Suzanne.

Capitulation pour la reddition de Saint-Denis, capitale de l'île Bonaparte, et de toute la dite colonie, convenue entre le colonel Sainte-Suzanne, commandant de l'île Bonaparte pour sa Majesté l'Empereur des Français, roi d'Italie, etc., etc. d'une part ;

Et le Commodore Rowley, commandant l'escadre de Sa Majesté Britannique et de l'honorable Compagnie, et R.T. Farquhar, esquire, de l'autre part.

Toute l'île Bonaparte sera livrée à Sa Majesté Britannique savoir : la ville de Saint-Denis demain 9 juillet, à midi ; et toutes les autres stations militaires aussitôt que la présente capitulation y sera parvenue.

Demain, à midi, les troupes françaises qui occupent l'arsenal et la batterie impériale évacueront ces postes qui seront occupés pas la compagnie de grenadiers du 86e régiment de cipayes de Madras, aussitôt que le pavillon britannique aura remplacé le pavillon français.

Tous les honneurs de la guerre seront accordés aux troupes de ligne et à la garde nationale. Elles sortiront de la ville avec armes et bagages, tambours battant, mèche allumée, avec l'artillerie de la compagnie, et elles déposeront leurs armes sur le front de la batterie impériale faisant face à la mer. Les troupes de ligne se rendront prisonnières de guerre et seront embarquées comme telles pour le Cap de Bonne Espérance ou pour l'Angleterre.

En considération des qualités distinguées du colonel Sainte-Suzanne et de ses officiers, et de leur brillante défense, les officiers de tout rang conserveront leurs épées et leurs décorations militaires ; ils se rendront aussi prisonniers et seront embarqués pour le Cap ou l'Angleterre. Le colonel Sainte-Suzanne donnera sa parole d'honneur de ne point servir pendant la présente guerre jusqu'à ce qu'il soit régulièrement échangé et lui sera accordé, ainsi qu'à sa famille, un passage pour l'île de France ou pour la France. Les honneurs funèbres seront rendus, selon leurs rangs, aux officiers français qui ont péri dans le combat.

On dressera un inventaire de toutes les propriétés généralement quelconques, appartenant à l'État, qui sera délivré à la personne que le gouvernement anglais nommera à cet effet. Toutes les munitions de guerre, magasins et provisions, chartes, plans et archives sont compris dans cet article.

Les lois, coutumes et religions des habitants ainsi que leurs propriétés particulières de quelque espèce qu'elles soient seront respectées et garanties.

Fait à Saint-Denis, le 8 juillet 1810, à 6 heures.

9 juillet 1810, l'acte de capitulation prend effet, vers les 10 heures du matin, le pavillon anglais est arboré à la batterie impériale. A 11 heures, les canonniers et les ouvriers d'artillerie sont rassemblés sur la place, avec armes et bagages et deux pièces de campagne. Toutes les troupes de la garnison, et les gardes nationaux, défilèrent sur la place, et se rendirent sur le revers de la batterie impériale où ils déposèrent les armes. Aussitôt les troupes de ligne furent conduites part les troupes anglaises au bord de la mer, et embarquées. Les gardes nationales et les gardes mobiles furent renvoyés chez eux. A midi et demi, une compagnie de grenadiers, une de cipayes et un officier supérieure à leur tête, prirent possession du parc d'artillerie. D’un des vaisseaux anglais est descendu le nouveau gouverneur de l’île. Il se nomme Robert Townsend Farquhar. Dès sa prise de fonction comme gouverneur de la colonie qui est redevenue île Bourbon, Farquhar adresse une première proclamation aux habitants. Une seconde suit, le 18 juillet 1810, portant sur le mode d'administration de la colonie. Sont donc maintenus, selon les lois et règlements en application avant la reddition, les établissements ecclésiastiques ainsi que les établissements judiciaires et de police. Les magistrats sont maintenus dans leurs emplois et les ecclésiastiques dans leurs fonctions. L'administration anglaise assure donc aux colons de Bourbon le respect de leurs lois, coutumes et religion. Des mesures visant à assurer l'ordre public sont également prises.

31 juillet 1810, un texte règle la police du marronnage, toujours sur le même principe, c'est-à-dire en se référant aux lois existantes lors de la reddition de l'île.

Août 1810, des dispositions relatives aux déserteurs des forces britanniques, sont arrêtées ainsi que celles fixant les formalités à remplir pour quitter la colonie.

Août 1810. Les Anglais sont convaincus que les îles peuvent servir d'avant-postes à la résistance indienne, mais l'Isle de France est toujours française, ils pensent " que tant que les Français tiendront l'Isle de France nous ne serons pas les maîtres de l'Inde " C'est ainsi qu'au cours du mois d'août 1810, une offensive est lancée contre les forces française dans la baie du Grand Port, à l'Isle de France. Mais elle se solde pour les Anglais par une cuisante défaite.

Le commodore Corbett arrive à Saint-Denis. Il est accueilli avec exaltation par la garnison. Au cours d'un repas, des toasts sont portés à la prochaine capture du commandant Pierre Bouvet. Ce dernier, officier de marine français, est né à La Réunion, à Saint-Benoît, d'un père breton et d'une mère créole. Comme capitaine de frégate de la Minerve, il a causé d'importants dommages au commerce britannique en faisant de nombreuses prises dans l'Océan Indien. Son élimination serait donc accueillie avec joie en Angleterre. Bouvet a déjà échappé une fois à Corbett en se faisant passé pour un marchand lors de sa capture en 1808. Dans un grand élan d'enthousiasme, des officiers de la garnison demandent l'autorisation d'embarquer sur le navire de Corbett. Le gouverneur anglais de Bourbon, Sir Farqhar, donne son accord et permet l'embarquement de 100 grenadiers volontaires sous les ordres du major Elliot, neveu du gouverneur général Lord Minto.

12 septembre 1810, Bouvet promu capitaine de vaisseau croise dans les parages de La Réunion sur l'Iphigénie qui vient de lui être remise. L'Iphigénie est une ancienne frégate anglaise prise au cours d'un récent combat. L'Iphigénie est accompagnée d'une frégate, l'Astrée. Elle arrive de métropole et son équipage brûle du désir de se mesurer aux Anglais. Voici le récit que Bouvet a laissé dans ses mémoires :

" J'aperçus le 12 au matin une frégate au vent à nous, courant sur la rade de Saint-Denis ; présumant que c'était la Boadicea, je serrai le plus près pour remonter vers elle...

... nous étions remontés à la hauteur de Saint-Denis peu après midi et nous allions attaquer la frégate qui s'y tenait en panne, communiquant avec la terre, quand nous vîmes sortir de la baie de Saint-Paul trois navires, dont deux à trois mâts : c'étaient une frégate, une corvette à gaillards de vingt-huit canons, que je reconnus pour être l'Otter et le brick le Staunch, de seize.

Je résolus alors de tenir la bordée de N.O., pour attirer ces forces au large et tâcher de les disperser et les prendre en détail. Je fis marcher l'Astrée dans mes eaux ; il ventait bon frais de vent de S.E., la mer était belle, le temps couvert ; je calculai que la frégate qui était sortie de Saint-Denis allait nous tenir en observation en attendant ses compagnons ; qu'elle essaierait de nous harceler, afin de ralentir notre marche, et par ce moyen hâter la Réunion de toutes ses forces contre nous.

Cette tactique toute simple était précisément ce que je désirais. A tout événement, il me convenait d'attirer l'ennemi au large.

Au coucher du soleil, je prévins l'Astrée de ces dispositions, en lui recommandant de se tenir à portée de voix, par ma hanche de dessous le vent : je fis arborer nos couleurs appuyées d'un coup de canon et de trois cris de vive l'empereur !

... La frégate sortie de Saint-Denis ne tarda pas à nous joindre à portée de canon ; rendue à cette distance, elle cargua sa grande voile et fut obligée de masquer son perroquet de fougue, pour balancer sa vitesse sur la nôtre ; l'Astrée aussi, marchant mieux que l'Iphigénie, nous donna sa grande voile, mais sans être obligée de manœuvrer son perroquet de fougue.

A la nuit, notre marche se trouva ainsi établie :
1° L'Iphigénie, toutes voiles dehors au plus près, tribord au vent.
2° L'Astrée, même voilure, moins la grande voile, un peu sous le vent des eaux de l'Iphigénie, à portée de voix.
3° La frégate anglaise sortie de Saint-Denis, un peu sous le vent des eaux de l'Iphigénie, à grande portée de canon.
4° Les trois navires sortis de Saint-Paul, à deux lieues dans nos eaux.

La nuit nous déroba bientôt à la vue de ces derniers mais notre position leur était signalée de temps en temps par la frégate qui nous observait. Nous courûmes ainsi jusqu'à minuit sans rien changer à notre allure.

13 septembre 1810.

Quand la lune, à son dernier quartier, vint jeter un peu de lumière sur notre horizon, j'aperçus dans nos eaux une voile, qu'à sa masse je jugeai être l'autre frégate anglaise.

J'avais compté sur moins de prudence et de circonspection de la part d'un ennemi ordinairement audacieux ; je m'étais flatté que la frégate qui nous suivait de près, remarquant la supériorité de marche de l'Astrée sur l'Iphigénie, aurait cherché à ralentir cette marche par quelques coups de canon tirés dans ses agrès. Dans ce cas, je lui réservais une leçon sévère ; mais, pour lui, le moment n'était pas encore venu de se l'attirer, tandis que, pour moi, le temps pressait.

Pendant un grain assez lourd, j'ordonnai à l'Astrée de changer de poste avec l'Iphigénie, c'est-à-dire de lui passer de l'avant et de s'y tenir à portée de voix. Ce mouvement allait me donner l'air de craindre pour l'Astrée, de préparer sa fuite, et de dévouer l'Iphigénie seule au sacrifice ; mais nous naviguâmes jusqu'à trois heures du matin dans cet ordre, sans que l'ennemi fît aucune démonstration d'attaque.

A cette heure, nous reçûmes un autre grain pour lequel nous carguâmes nos perroquets; ce grain nous déroba momentanément à la vue de l'ennemi. Je rappelai l'Astrée à reprendre son premier poste.

Comme elle y arrivait, le temps s'éclaircit et elle se trouva à demi-portée de canon par le travers de l'ennemi, qui engagea le combat aussitôt ; elle était sous les huniers et la misaine, l'Iphigénie sous les quatre voiles majeures.

Au bout d'un demi-quart d'heure, l'Astrée eut son petit hunier déchiré en deux, de la ralingue de fond au faix ; cette frégate borda aussitôt ses perroquets, et força de voile pour venir se réparer à l'abri de l'Iphigénie ; alors la frégate ennemie força de voile aussi, en portant sur ma hanche du vent. J'allais pouvoir enfin rendre l'action décisive; il me fallait frapper vite et fort ; il était trois heures et demie, et l'autre frégate anglaise était à moins d'une lieue en arrière.

Je fis pointer tous mes canons en belle et à l'horizon, carguer la grande voile et ranger à brasser carré derrière.

Quand l'ennemi fut parvenu à distance de froisser le couronnement de l'Iphigénie avec sa civadière, il lança rapidement au vent et nous envoya sa bordée en hanche.

J'avais dans le même moment jeté la barre du gouvernail sous le vent et brassé carré derrière, de sorte qu'à l'éclaircie qui succéda à ce premier feu de l'ennemi, nos deux frégates ne semblèrent plus former qu'un seul corps. Alors commença le plus terrible châtiment que la vanité anglaise ait jamais essuyé.

Surprise ainsi vergue à vergue sous le feu direct et roulant des vieux canonnier de la Minerve et de la Bellone, qui armaient ma batterie, cette frégate ayant à ramener en belle ses canons qu'elle avait déchargés obliquement, ne put jamais y réussir complètement; je n'eus qu'à me maintenir dans ma position pour conserver un avantage immense sur mon adversaire.

La mer était belle, et nous combattions à longueur de refouloir. Le capitaine d'artillerie Mourgues avait organisé notre feu de manière à produire l'effet d'une volée continue. L'ennemi ripostait à peine, et par saccades, aux coups réguliers que nous lui portions incessamment.

Ses pertes étaient encore, à proportion, beaucoup plus fortes que les nôtres, ayant presque deux fois plus de combattants que nous. Sa mousqueterie, d'abord extraordinairement vive, fut réduite au silence en moins d'une demi-heure.

Dans cette extrémité, l'ennemi voulut nous aborder; en deux coups rapides du gouvernail, je fis manquer cette tentative qui pouvait faire changer la face de l'affaire à mon désavantage, en m'arrêtant devant les forces qui s'avançaient. N'ayant pourtant que cette ressource pour faire diversion à sa détresse, il réitéra plusieurs fois la même entreprise, sans autre succès que de fournir à l'Astrée l'occasion de lui tirer quelques coups sur son avant, et de nous faire tomber ensemble sous le vent de cette dernière, qui, pour lors, réparée de son avarie, ouvrit sur nous un feu d'autant plus animé que l'ennemi ne lui riposta pas. Il venait d'amener. Il était quatre heure et demie.

Poussée par un zèle inconsidéré, et jalouse de se montrer fidèle aux préceptes de la Tactique, cette frégate foudroya nos gréements et nos mâts majeurs qui jusque-là avaient peu souffert, et faillit dans un instant nous compromettre tous : elle se jeta en travers sur le lof de tribord de la frégate anglaise, la poussa sur l'Iphigénie, et produisit ainsi un abordage général qui nous eût été funeste, si l'autre frégate anglaise en eût eu connaissance ; mais heureusement la mer était belle, et la brise calmée par l'effet de la détonation des canons. Nous eûmes le temps de nous dégager de notre triple abordage avant qu'il fit jour.

La frégate que nous venions de réduire était l'Africaine, capitaine Corbett.

M. le colonel Barry, secrétaire général du gouvernement anglais à Bourbon, me fit la remise de ce vaisseau de sa Majesté britannique, étant le seul officier qui fût échappé au carnage : tous ceux de la marine, le capitaine en tête, et nombre d'officiers de l'armée, venus volontairement pour assister à un combat naval, avaient succombé dans l'action.

Après la prise de l'Africaine, M. Mourgues fut le premier officier envoyé à bord de la frégate anglaise. Il en revint très ému. "Les hommes, dit-il, ont été pilés comme dans un mortier". Le commodore Corbett était mort horriblement mutilé. Son poignard fut remis au commandant Bouvet qui le conserva jusqu'à sa mort. Sur les 100 grenadiers embarqués, 98 étaient hors de combat. De l'équipage, il ne restait que 69 hommes valides qui se constituèrent prisonniers. Tous les officiers, sauf un, le colonel Barry, avaient été touchés.

Au point du jour, la mâture de l'Africaine tomba le long se son bord en paquet ; les deux frégates de l'empire étaient en ligne, un peu sur son avant tribord armure ; la Boadicea, commodore Rowley, était au vent à grande portée de canon.

Après un court examen du champ de bataille, cette frégate vira de bord et prit chasse au S.O. ; je la fis chasser immédiatement par l'Astrée, et me traînait moi-même à sa suite pour prendre acte de notre victoire ; mais au bout d'une heure, je levai cette chasse inutile, et je revins sur l'Africaine pour en extraire les prisonniers et le plus qu'i serait possible de munitions de guerre, surtout des boulets.

Je chargeais l'Astrée d'amariner cette frégate de lui fournir un équipage suffisant pour armer sa batterie et de la prendre en remorque. Cette corvée lui allait d'autant mieux que, n'ayant perdu qu'un seul homme dans son court engagement avec l'Africaine,et n'ayant souffert d'autre avarie dans sa voilure que celle qu'elle avait réparée pendant la nuit, elle jouissait de la plénitude de ses forces ; tandis qu'à bord de l'Iphigénie notre gréement et notre mâture avaient été presque aussi maltraités par le feu de l'astrée qu'à bord de notre prise. Le moindre vent, la moindre agitation de la mer eût déterminé la chute de nos mâts. J'avais donc à profiter du beau temps qui régnait pour assujettir promptement et consolider ces puissances.

Ils nous restait 217 hommes de 258 dont se composait mon équipage avant l'action. C'était bien juste ce qui m'était nécessaire pour faire marcher l'ouvrage avec la célérité que la circonstance exigeait.

A trois heures de l'après-midi, la division Rowley reparut, venant sur nous vent arrière, avec la renaissance de la brise du S.E.

L'Astrée manoeuvrait encore auprès de l'Africaine sans l'avoir prise en remorque. L'Iphigénie était tombée sous le vent à deux portées de canon. Il s'en fallait de beaucoup qu'elle fût en mesure de faire de la voile. Je jugeai qu'il était trop tard pour essayer de protéger notre prise contre les efforts réunis de la Boadicea, frégate du premier rang, l'Otter, corvette à gaillards, montant 20 caronades de 32 en vatterie, et le Staunch, brick de 16 canons. Je fis signe à l'Astrée de rembarquer les équipages en corvée à bord de notre prise et de me rallier. "

La marine anglaise récupère l'Africaine, et le corps sans vie du commodore Robert Corbett. La dépouille est débarquée à Sainte-Rose, Corbett est enterré dans un mausolée prés de la marine de Sainte-Rose.

17 septembre 1810 et 18 septembre 1810.

Combat naval entre la frégate la Vénus commandée par le capitaine Hamelin contre la frégate anglaise le Ceylan au large de Saint-Denis. source La France maritime volume 1.

Matinée du 17 septembre 1810, la frégate La Vénus est mouillée à l'île de France au port N-O. Quand passe à l'horizon, un trois-mâts dont les formes vaguement dessinées semblent accuser un vaisseau anglais.

Le Capitaine général de Caen, gouverneur de l'île de France, donne avis au capitaine Hamelin, commandant de la Vénus : " Si vous êtes en mesure de pouvoir appareiller, ainsi que la corvette le Victor, mettez tout de suite sous voile pour donne chasse à ce bâtiment, et, s'il est possible de vous en emparer."

Deux heures. La Vénus et le Victor, favorisés par une belle brise de S-E, cinglent chargés de voiles vers le bâtiment ennemi. Cependant Hamelin regrette cent soixante hommes d'équipage, bien instruits, bien disciplinés, que le Gouverneur a retenus à terre. Il a fallut les remplacer par des étrangers, des hommes de couleur, des matelots en subsistance, des dos blancs, marins improvisés ; mais le capitaine de la Vénus espère dissimuler à l'ennemi cette composition de son équipage actuel. Il place ses meilleurs hommes à la batterie. L'état-major est excellent, le lieutenant Ducrest de Villeneuve, officier du plus grand mérite, est à son poste sur le gaillard d'avant, avec l'enseigne de vaisseau Roquefeuille ; la batterie est commandée par le lieutenant de vaisseau Longueville, ayant sous ses ordres le lieutenant d'artillerie Heudes et l'enseigne de vaisseau Dieudonné ; les enseignes Mauclerc et Viellard sont sur le gaillard arrière. Les aspirants sont pleins de zèle et de dévouement, et le capitaine peut compter sur les cent cinquante hommes de son ancien et vaillant équipage. Chacun est à son poste de combat, chacun est prêt à vaincre ou à mourir pour la France.

18 septembre 1810.

Neuf heures trois quarts. On voit distinctement la frégate ennemie. " Ciel ! je te rends grâce, se dit l'intrépide Hamelin, puisque tu n'as pas permis qu'à la faveur de la nuit elle échappât à ma vue. Le temps écoulé depuis le départ a été utilement mis à profit : les hommes les moins expérimentés se sont préparés à la lutte qui va s'engager. Le vent est toujours au S.E ; belle brise pour manœuvrer. Hamelin veut commencer l'engagement de très-près, afin de réduire promptement son ennemi. Mais celui-ci prend toujours chasse sur Saint-Denis, où des forces anglaises bien supérieures sont prêtes à sortir pour le protéger. Il faut tâcher de le faire amener avant qu'il parvienne au mouillage. La terre n'est plus qu'à trois lieues de la Vénus. Dégagée des nuages qui la voilaient, la lune est brillante. Le Victor ne paraît pas, il n'a pu suivre sa conserve, elle marchait si vite ! " Tant mieux, se dit dans son noble égoïsme le vaillant capitaine Hamelin ; j'aurai vaincu, j'espère, quand il arrivera. "

Une heure. L'ennemi est à portée de canon de la Vénus. Encore vingt minutes. Voici l'ennemi ! La Vénus est à portée de fusil, sous le vent. Feu ! Elle lui envoie sa volée de bâbord ; il riposte par une artillerie bien nourrie et par une forte fusillade, mais sans diminuer la voilure, sans cesser de manœuvrer pour gagner la terre dont il s'approche toujours. La Vénus revire de bord dans le bossoir de tribord de l'anglais, passe par derrière et lui lâche sa volée de tribord ; elle revire de nouveau dans son bossoir de bâbord, et le combat de très-près par tribord. La lutte continue ainsi pendant trois heures ; les deux athlètes se disputant l'avantage du vent où se trouve le mouillage de Saint-Denis, que l'ennemi cherche à atteindre.

Par la vivacité de ses mouvements, du feu de son artillerie et de sa mousqueterie, l'ennemi paraît mieux armé que la Vénus, car il manœuvre, combat, et fait fusillade en même temps ; tandis qu'Hamelin, malgré le zèle des officiers Longueville, Viellard et Mauclerc, est obligé pour brasser, d'appeler ses canonniers, lesquels se multiplient à force de courage et d'activités.

Quatre heures. Elle combat de très près l'ennemi à bâbord ; pour le suivre, elle est obligée de garder basses voiles, huniers et perroquets. La brise souffle violemment, le mât d'artimon et les mâts de hune de la Vénus craquent et tombent le long du bord à bâbord. Sa batterie engagée de l'avant à l'arrière par la mâture, les cordages, les voiles, va la trahir ; l'ennemi va profiter de la nullité des moyens de défense de la Vénus. Le feu de l'anglais continue avec plus d'ardeur. Hamelin appelle à l'abordage, dans le dessein d'y faire monter l'équipage ennemi, et de le détourner ainsi de sa batterie. Cette prévision se réalise ; en passant à sa poupe, à demi-longueur de la frégate, la Vénus fait sur son adversaire un feu très-vif de mousqueterie, lui lâche sa volée de tribord chargée à la mitraille, et continue à le foudroyer par tribord, à une encablure.

Quatre heures et quart. La Frégate ennemie est démâtée de ses deux mâts de hune, qui s'abattent le long de son bord à bâbord, et la mettent dans l'état où était la Vénus quelques instants auparavant. Aux cris de Vive l'Empereur ! la frégate française redouble sur l'anglais, dont la batterie de bâbord est engagée et ne tire qu'à intervalles de plus en plus rares.

Cinq heures. Son silence et la disparition de ses feux annoncent qu'il est amené. L'air retentit des cris mille fois répétés de Vive l'Empereur ! Honneur au brave Hamelin ! Honneur à ses vaillants officiers, à son intrépide équipage !

La Vénus appelle par des fusées le Victor qui doit bientôt la rejoindre. Au point du jour, il est à trois quarts de lieue de la frégate. Le brave capitaine Maurice, commandant de la corvette témoigne à Hamelin le regret de n'avoir pu prendre part à l'action. Il reçoit l'ordre d'aller demander le nom de la prise et de rallier avec elle. Un officier vient de dire que c'est la frégate le Ceyland de vingt-huit canons de 18, douze canonnades de 36, et deux obusiers, commandé par le capitaine Gordon, armée de trois cent quatre-vingts hommes dont cent trente soldats, allant de Madras à l'île Bonaparte, ayant à son bord le lieutenant-général Abercombie, un nombreux état-major d'armée, le major du génie Maxwell, plusieurs officiers d'infanterie, le payeur et la caisse de l'armée.

Le lieutenant Ducrest de Villeneuve, qui pendant l'action a secondé si efficacement son capitaine, va prendre le commandement du Ceylan ; il a pour officiers les aspirants Poupel et Hamelin.

La Vénus reçoit à son bord le général Abercombie, le capitaine Gordon, le major Maxwell et quinze officiers, puis elle fait route pour s'écarter de la terre. Le Victor remorque le Ceylan.

Une division de trois bâtiments de guerre anglais, partie de la baie de Saint-Paul, attirée par le bruit du canon, s'avance sous toutes voiles, avec belle brise, vers le vainqueurs mutilé. Voici la frégate la Bodicea et les corvettes l'Alter et le stanck. Voilà un peu plus loin, un vaisseau de la Compagnie, armé en guerre, il marche à leur suite.

Sans mâts de hune et sans mât d'artimon, sous ses deux basses voiles, avec un équipage incomplet, la Vénus ne peut, malgré le courage éprouvé des officiers et des marins, manquer de tomber au pouvoir de l'ennemi, qui a sur elle l'avantage du nombre.

Hamelin appelle le Victor, lui ordonne de prendre chasse sous son allure avantageuse, de faire route pour le port Napoléon, et de rendre compte au capitaine général de la position de la Vénus.

Pour faciliter la fuite du Victor, la frégate oriente à bord opposé à lui et va attaquer la division ennemie.

Cinq heures. La Vénus commence à demi-portée de canon, avec la Bodicea, un duel inégal. Elle combat vergue à vergue, et cède enfin que le salut du Victor lui paraît assuré.... Dans ce glorieux revers, état-major et équipage, chacun a également bien fait son devoir à bord de la Vénus.

" Malheureusement cette action, la plus éclatante de toutes celles qui viennent d'avoir lieu dans les mêmes parages (écrivait le capitaine général de Caen au ministre), n'a pas été couronnée de tout le succès auquel le capitaine Hamelin avait droit de prétendre. "

Novembre 1810, une seconde expédition est lancée. Elle mobilise côté Anglais 70 navires et plus de 10 000 hommes. Les forces françaises ne comptent, elles, que 4 000 hommes dont seulement la moitié étant des soldats de métier.

3 décembre 1810, c'est la capitulation et Robert Townsend Farquhar prend le gouvernement général des Mascareignes.

10 décembre 1810, l'Isle de France reprend son ancien nom hollandais de Mauritius ou Maurice. L'administration de l'île Bourbon est alors confiée à Henry Sheehy Keating.

1810, la terrible maladie de l' "Hemileia vastatrix" dévaste les plantations de Café Moka.


Naissance en 1810 :

02 juin 1810, naissance de Aimée Pignolet de Fresnes sur la propriété de ses parents « Le Désert » à Saint-André de la Réunion. Aimée Pignolet de Fresnes, devenue Mère Marie Magdeleine de la Croix et première supérieure générale, créée le 19 mai 1849 avec le père Frédéric Levavasseur à la Rivière-des-Pluies, la congrégation des filles de Marie. La congrégation religieuse est destinée à accueillir des filles des pays de l'océan Indien, de toutes conditions sociales, indépendamment de leur race et de leur ancien statut pour venir en aide à tous les abandonnés des sociétés de cet espace géographique.

8 août 1810, naissance à Saint-Paul de Eugène Dayot journaliste, poète et romancier.

6 décembre 1810, naissance de Armand René Maupoint, Monseigneur Maupoint deuxième évêque de La Réunion du 23 septembre 1857 au 10 juillet 1871.


Décès en 1810 :

1810, décès de Alexandre François Chalvet Baron de Souville, Gouverneur de La Réunion du 25 août 1781 au 21 avril 1785.



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