1848 Abolition de l'esclavage à La Réunion. Les évènements de L'année 1848 histoire de La Réunion, l'île Bourbon.

Histoire de La Réunion année 1848.

Les évènements de l'année 1848 à La Réunion.

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Année 1848 histoire de La Réunion.



1848 Abolition de l'esclavage à La Réunion.

Révolution à Paris février 1848.


Victor Schoelcher.


Joseph Graeb.


Sarda Garriga


Sarda Garriga proclame l'abolition de l'esclavage à La Réunion.


Julien Théodore Drouhet.

La Révolution française de 1848, elle se déroule à Paris du 22 au 25 février 1848. Sous l'impulsion des libéraux et des républicains, le peuple de Paris, à la suite d'une fusillade, se soulève à nouveau et parvient à prendre le contrôle de la capitale. Louis-Philippe, refusant de faire tirer sur les Parisiens, est donc contraint d'abdiquer en faveur de son petit-fils, Philippe d'Orléans, le 24 février. Les révolutionnaires proclament la Deuxième République le 25 février 1848 et mettent en place un gouvernement provisoire républicain, mettant ainsi fin à la Monarchie de Juillet.

Les jeunes réunionnais résidant à Paris soutiennent le gouvernement provisoire républicain, le 18 mars 1848, ils écrivent une lettre aux citoyens membres du Gouvernement provisoire.

Les soussignés, jeunes créoles de l’île de La Réunion, présents à Paris, viennent porter leur adhésion complète, sans arrière-pensée, au Gouvernement de la République.

Nous acceptons la République dans toutes ses conséquences.

L’abolition de l’esclavage est décrétée, et nul Français n’applaudit plus énergiquement que nous, jeunes créoles de l’île de La Réunion, à ce grand acte de justice et de fraternité, que nous avons toujours devancé de nos vœux.

Nous tenons pour insensés et ennemis de leur pays ceux qui oseraient opposer une résistance coupable au décret libérateur du Gouvernement provisoire.

Que nos frères de sang ne suspectent pas notre bonne foi. Qu’ils songent combien il serait injuste de faire peser sur nous la responsabilité d’une iniquité séculaire dont nous n’avons point accepté l’héritage.

Nous sommes les enfants du présent. Nous nous constituons ici les représentants de l’idée nouvelle dans les colonies et, à ce titre, nous nous présentons devant vous dans l’espoir que vous nous permettrez de nous associer au grand mouvement que la France vient d’imprimer au monde entier.

Signé : Auguste Lacaussade, Lepervanche, G. Vinson, Dubourg, Gaillande, Charles Leconte de Lisle, Martin, B. Boursault, Barbaroux, Simon, G. Toulorge, G. Bédier, A. Reilhac, Sully Brunet, B. Houarau , Lecontour, P. Deheaulme, C. Laprade, D. Laprade, Deville, Lejeune, Loupy, Amelin, Potier, R. Royer "

27 avril 1848, le deuxième décret d'abolition de l'esclavage en France est signé par le Gouvernement provisoire de la deuxième République. Il a été adopté sous l'impulsion de Victor Schoelcher.

24 mai 1848, les nouvelles parvenues dans la colonie par la voie de l'Inde et celle de Maurice apprennent l'existence d'un gouvernement provisoire qui remplace la monarchie. Soucieux du maintien de la tranquillité publique dans la colonie le gouverneur Joseph Graëb lit une proclamation aux habitants, le 24 mai 1848 :

Proclamation du gouverneur Joseph Graëb à l'occasion des évènements de Paris de 23, 24 et 25 février 1848.

" Habitants de Bourbon,

Des journaux et des lettres particulières, arrivés ce matin par la voie de l'Inde, annoncent que d'importants évènements se sont accomplis en France, dans les derniers jours de février. Bientôt sans doute des communications officielles nous en apporteront le récit exact.

Dans ces circonstances le devoir de chacun est indiqué par l'intérêt de tous. Veiller au maintien de l'ordre et la tranquillité publique, assurer les approvisionnements, ménager les ressources du pays : telle est toujours et sous tous les régimes, la tache de l'administration locale ; elle la remplira avec zèle et dévouement.

Votre excellent esprit, la haute intelligence que vous avez de vos intérêts véritables m'assurent que vous remplirez aussi la votre, et que ma voix sera entendue quand je vous demanderais, au nom de tout ce que vous avez de plus précieux à conserver, de rester calmes; d'arrêter tout ce qui pourrait amener des désordres qu'il vous importe tant de prévenir.

Habitants de Bourbon, vous connaissez les sentiments qui m'animent ; vous savez que le bien de votre pays n'a jamais cessé d'être le but constant de mes efforts, il en sera aussi la récompense tant que votre confiance et votre sagesse me prêteront la fore nécessaire pour l'accomplir.

Saint-Denis, 24 mai 1848. Le Gouverneur Graëb ".

8 juin 1848. Les premiers décrets du gouvernement provisoire parviennent à Bourbon.

8 juin 1848. La République est proclamée à Saint-Denis. Conformément à la décision prise à Paris, le 10 mars 1848, l'île reprend le nom de Réunion, qui lui avait été attribué par la Convention. Cette proclamation eût lieu à neuf heures du matin, sur la place du Gouvernement. Au milieu des troupes de la garnison, de la milice et d'une foule de citoyens de toutes classes, le chef de la Colonie, entouré des fonctionnaires des différents services, prononça ces paroles.

9 juin 1848. Discours du gouverneur Graëb :

" Habitants de la colonie, soldats,

Une grande révolution vient de s'accomplir en France. La monarchie fondée en juillet n'existe plus, la République Française est proclamée.

Un gouvernement provisoire, composé d'hommes aussi éminents par leurs lumières que par leur patriotisme, est sortie de la victoire de la Garde Nationale et du peuple de Paris. Le vieux drapeau, dont les trois couleurs ont fait, avec nos pères, le tour du monde, reste debout comme le symbole des idées d'ordre, de liberté, d'égalité et de fraternité, au nom desquelles la révolution s'est accomplie. Le respect des propriétés, le maintien de la législation existante forment la base de toutes les résolutions du gouvernement provisoire.

Grâce à ces sages précautions, les affaires un moment suspendues ont repris leur marche accoutumée, les administrations publiques ont continué de pourvoir aux besoins de tous les services, le cours de la justice n'a point été interrompu, et tout justifie la devise de la nouvelle République Française : l'ordre dans la liberté.

Aussi l'adhésion de la magistrature, de l'armée, de toutes les cités de la France a-t-elle salué l'aurore d'un gouvernement dont tous les actes sont empreints d'un caractère de générosité, de justice et de modération sans exemple.

Organe du gouvernement provisoire de la République Française et dépositaire de son autorité dans la colonie, je réclame de vous la même adhésion. Montrez-vous les dignes enfants de la France en vous associant à ses glorieuses destinées.

Les liens qui vous unissent à la mère patrie doivent se resserrer de plus en plus aujourd'hui puisque vous êtes appelés désormais à prendre une part directe aux conseils de la nation, par l'organe des représentants librement élus d'après le mode que déterminera l'Assemblée nationale.

C'est à cette assemblée souveraine qu'est réservée la mission de constituer de manière définitive la forme du gouvernement qui doit nous régir.

Vous attendrez avec confiance les institutions qu'elle est appelée à donner à la France et à ses colonies. Vous continuerez à l'exemple de vos frères de la Métropole à respecter les lois en vigueur, à conserver votre patriotisme.

Habitants de la Colonie, l'attitude que vous avez conservée depuis quinze jours, l'ordre et le calme qui n'ont pas cessé de régner, le concours éclairé que j'ai rencontré dans le sein du Conseil Colonial, me sont un sûr garant de votre complète adhésion et de votre obéissance au Pouvoir dont je suis le représentant parmi vous.

Vive la République ! vive la France !

Saint-Denis 9 juin 1848. Le Gouverneur, signé Joseph Graëb ".

Ces paroles furent accueillies par les cris de : Vive la République ! vive la France ! vive le gouverneur Graëb ! et les troupes et la milice se renvoyèrent des vivats sympathiques et répétés. La foule qui stationnait sur la place y mêla ses transports ; on eut presque de l'enthousiasme. Après la revue, les officiers de la garnison, ceux de la milice, les fonctionnaires présents allèrent porter au Gouverneur l'adhésion qu'ils donnaient au nouveau gouvernement de la Métropole.

10 juin 1848, des décrets du gouvernement provisoire sont enregistrés par la cour d'appel. Les propriétaires sont inquiets. Plusieurs membres de ce gouvernement sont des farouches abolitionnistes.

juin 1848, une dépêche ministérielle en date du 14 mars 1848 parvient à La Réunion.

" Citoyen Gouverneur,

Le moniteur a publié un décret du Gouvernement provisoire en date du 4 mars, qui institue une commission chargée de préparer dans les plus bref délais l'acte d'abolition immédiate de l'esclavage. Par un arrêté du même jour, j'ai composé cette commission des citoyens : Victor Schœlcher, sous-secrétaire d'État, président ; Mestro, directeur des colonies ; Perrinon, chef de bataillon d'artillerie de marine ; Gatine, avocat aux conseils ; Gaumont, ouvrier ; H. Wallon et Percin, secrétaires. Le décret dont je viens de parler porte : Considérant que nulle terre française ne peut porter d'esclaves. Personne n'ignorera donc aux colonies que la république prépare l'acte d'émancipation, et qu'il va être très prochainement adopté. Personne non plus ne méconnaître la nécessité de l'attendre et de s'y préparer dans une attitude calme et de concorde fraternelle. Toutes les classes de la population coloniale doivent compter, de la part du Gouvernement républicain, sur une égale sollicitude, sur une ferme volonté de protéger tous les intérêts dans les limites du droit et de la liberté.

Un autre décret du Gouvernement de la République, en date du 5 mars, également inséré au Moniteur, statue sur les élections à l'assemblée nationale et accorde aux colonies le droit de représentation. Un nouvel acte de 8 mars, qui règle le mode des élections pour les départements, renvoie à l'Assemblée nationale le règlement à faire sur l'exercice du droit d'élection dans les colonies. Je vous ferai connaître incessamment, à cet égard, les ordres définitifs du Gouvernement provisoire.

Le Gouvernement provisoire confie le maintien de l'ordre à la raison et à la bonté des maîtres et des esclaves. Ceux qui le troubleraient, à quelque classe qu'ils appartiennent, seraient les ennemis de la République.

La présente dépêche sera publiée et affichée.

Recevez l'assurance de ma considération très distinguées.

Le Ministre de la marine et des colonies. Pour le Ministre et par son ordre : Le sous-secrétaire d'État, V. Schœlcher. "

18 juillet 1848, un comité provisoire de quinze membres est élus, un vent d'agitation souffle parmi les colons. Le gouverneur Graeb, de son côté, se contente d'un rôle d'observateur d'autant qu'il sait que ses jours dans la colonie sont comptés. Le nouveau régime s'installe vite : les titres de noblesses sont abolis, l'amnistie est décrétée pour les faits politiques et de presses, les fonctionnaires sont déliés de leur serment au Roi et le collège royal devient, lycée de l'île de La Réunion.

Le Gouvernement nomme A. Brunet comme Directeur de l'intérieur, Brunet est alors à La Réunion, avocat au barreau, membre du Conseil Colonial, à la tête d'un groupe de créoles éclairés qui souhaitent éviter l'éclat d'une émancipation improvisée. Cette position, dans la politique locale et le caractère de M. Brunet lui avaient acquis de l'influence et du crédit sur la population noire. C'était alors le créole le plus populaire de la Colonie ; c'est pourquoi on le nomma sans le consulter, Directeur de l'intérieur ; le Gouvernement voulant s'aider de son action efficace pour faire la transformation sans violence, sans secousse intérieure. Pour M. Brunet, homme sans ambition, à la tête d'un premier cabinet l'acceptation de ces fonctions difficiles constituait un acte de dévouement, il accepta.

L'annonce dans la colonie de la nomination de Sarda Garriga comme commissaire général de la République envoyé pour proclamer l'émancipation générale des esclaves fournit aux adversaires de l'abolition une occasion de légitimer leur mouvement de contestation. Ils préconisent la résistance et proposent de repousser à la mer le représentant du gouvernement français envoyé pour appliquer l'abolition de l'esclavage.

21 juillet 1848, par arrêté du gouverneur, la rue Impériale de Saint-Denis devient la rue de Paris.

8 août 1848, parution dans le moniteur :

" L'imminence du péril, le besoin de la conservation peu quelques fois rendre légitime ce qui n'est pas légal ; et quand les sociétés sont menacées de ruine, la loi suprême, c'est la loi du salut... Vous parlez de résistance. C'est bien. Quand le commissaire général abordera sur nos rivages, vous lui direz : " La Colonie ne veut pas de vous ; partez avec votre dictature, vos lois et vos soldats ".

En exposant la Colonie à mille dangers, à mille horreurs que nous n'osons prévoir et que nous nous abstenons de peindre, vous n'atteindrez même pas votre but.

Vous aurez beau resserrer les liens de l'esclavages, ces liens se rompront d'eux-mêmes.

Vous verrez bientôt vos ateliers vides, vos travaux abandonnés, vos propriétés désertes, et alors vous gémirez trop tard de cette mesure violente qui tournera contre vous, et qui à la perte de vos biens, ajoutera peut-être celle de vos famillles.

Ah renoncez, nous vous en conjurons au nom du pays, renoncez à une vaine et sanglante protestation. Mais si la résistance brutale n'est que le rêve dangereux d'un patriotisme aussi imprévoyant qu'énergique, il est un autre genre de résistance qui ne viole aucune loi, qui n'offre aucun péril, et qui a de nos jours un incontestable empire. On le nomme résistance morale. C'est la réaction puissante de la volonté contre la force. C'est le langage mesuré, mais vigoureux et solennel que les mandataires d'une société compromise adressent à un pouvoir oppresseur et ce langage va haut et loin, car aujourd'hui les peuples comptent pour quelque chose ! Voilà le rôle qui convient à l'Assemblée générale.

Elle tiendra ce langage à l'homme que la France nous enverra pour régénérer la Colonie, elle prendra cette attitude en face du représentant de la Métropole.

14 octobre 1848, le nouveau gouverneur, Joseph Napoléon Sébastien Sarda-Garriga débarque de l'Oise et arrive comme Commissaire général de la République à la Réunion. Sa mission : abolir l'esclavage à l'île de la Réunion en évitant les troubles. Il s'était embarqué à Toulon le 27 mai 1848, à bord de la gabare l'Oise, commandée par le capitaine de vaisseau Febvrier Despointes.

L'assemblée des délégués continuait à siéger. Les bruits les plus sinistres circulaient. Il ne s'agissait de rien moins, parmi les plus exaltés, que de s'opposer de vive force au débarquement du commissaire général. Le 14 il débarqua accueilli par un silence glacial que justifiait l'incertitude où l'on était de la conduite qu'il allait tenir, de la direction qu'il allait imprimer à son administration. Les deux jour suivants furent employés, par les planteurs, en tentatives faites pour l'engager à sanctionner les réunions de l'assemblée des délégués, comme devant tenir lieu de conseil colonial. Le commissaire général répondit en montrant le décret de suppression des conseils coloniaux, dont il était porteur ; il déclara illégale une réunion se substituant de son chef à une autre supprimée par la loi. Le bureau de l'assemblée revint deux fois à la charge, et, pour toute réponse, n'obtint que deux refus motivés avec fermeté calme qui fit comprendre l'inutilité d'insister d'avantage. Grâce à l'intervention sage et éclairée du président, l'honorable M. Vinson, une dissolution prononcée d'office ne fut pas nécessaire. L'assemblée se sépara.

17 octobre 1848, c'est la proclamation du nouveau gouverneur à sa prise en fonction.

" Chers concitoyens mes amis.

Organe de la République et dépositaire de ses pouvoirs, j’arrive au milieu de vous non pour assister à la décomposition de votre société, mais pour l’organiser dans une pensée d’union, de fraternité et dans des vues d’ordre, de prospérité et de développement agricole.

Notre révolution si pure trouvera dans ce beau pays de l’invitation , de chaleureuses sympathies.

Je sais combien dans des temps difficiles, et à ces époques de luttes terribles entre les nations, la Métropole a rencontré de ressources dans le patriotisme et la bravoure des Créoles. Je sais aussi que j’y trouverais moi-même, au besoin, le secours de ces nobles sentiments de dignité nationale.

La France nouvelle, enfin dégagée de tout intérêt dynastique , ne consultera plus désormais que ce qui est Droit, que ce qui est Justice.

Toutefois, en présence de paix que la grande politique de la Révolution tend à consolider de plus en plus, c’est aux pacifiques et douces inspirations de vos cœurs, que je fais appel aujourd’hui.. Oui appel à vous colons déjà libres et colons qui le serez bientôt, car Dieu vous a créés frères et je vous confonds dans mes affections.

Je compte sur votre concours loyal, propriétaires du sol et industriels.

Je compte sur vous aussi, hommes de labeur jusqu’ici asservis.

Si ceux qu’une triste classification avait constitués les maîtres doivent apporter un esprit de fraternité et de bienveillance dans leurs rapports avec leurs anciens serviteurs, ils doivent être animés de sentiments de charité chrétienne pour les malheureux que l’âge et les infirmités accablent … n’oubliez pas, vous frères qui allez être les nouveaux élus de la cité, que vous avez une grande dette à payer à cette société dans laquelle vous êtes près d’entrer. La liberté, c’est le premier besoin de l’humanité, oui ; mais ce suprême bienfait impose d’importantes obligations, la liberté élève le travail à la hauteur du devoir. Être libre, ce n’est pas avoir la faculté de ne rien faire, de déserter les champs, les industries. Être libre … c’est l’obligation d’utiliser son temps, de cultiver son intelligence, de pratiquer sa religion. Le travail, en effet, est une mission imposée à l’homme par Dieu, il le relève à ses propres yeux, en fait un citoyen, il l’appelle à fonder une famille.

Écoutez donc ma voix, mes conseils, moi qui ai reçu la noble mission de vous initier à la liberté…. Si, devenus libres, vous restez au travail, je vous aimerai ; la France vous protègera. Si vous le désertez, je vous retirerai mon affection ; la France vous abandonnera comme de mauvais enfants.

Je fais publier les institutions que la République destine à ce pays. Je ne les considère que comme les premiers pas dans la voie d’une complète assimilation avec les institutions de la mère-patrie. Quand cette terre si éminemment française ne portera plus d’esclaves, elle formera, j’en ai l’assurance, dans la grande unité nationale, un département d’outre-mer gouverné par les lois générales de la Métropole.

Et vous qui allez bientôt recevoir de mes mains, comme un présent de la France régénérée, la liberté qui vous méritez si bien, vous n’aurez que deux mois à attendre l’avènement de ce jour si solennel qui vous fera citoyens.

Patiente donc et confiance. J’irai sous peu vous voir dans vos ateliers, connaître le pays et vos besoins.

Chers concitoyens, le gouvernement provisoire, en décrétant l’abolition immédiate de l’esclavage, a consacré votre droit à l’indemnité. J’ai la confiance que l’Assemblée Nationale, dans laquelle vous comptez de nombreux amis, achèvera généreusement cette œuvre.

Je puis vous donner l’assurance que le gouvernement s’occupe avec sollicitude de l’établissement de banques locales et de la diminution du tarif de vos....

Depuis longtemps déjà les bras font défaut à votre agriculture ; ce sera l’objet de mes constances préoccupations.

Bientôt la Colonie sera appelée à élire ses représentants ; que leur vie soit soumise à un examen équitable et sévère. De cette épreuve solennelle sortiront, je n’en doute pas, des hommes sincèrement dévoués à la République et aux fortes institutions qu’elle vous prépare. Fonctionnaire de tous rangs, vous aurez à me seconder. J’ai le droit de vous demander du zèle sans hésitation, car la République veut être servie avec dévouement et sans arrière pensée, je donnerai l’exemple, en la servant moi même avec bonté connu sans faiblesses.

Ministres du Christ, nous avons à accomplir une œuvre de moralisation et de civilisation. Que le zèle dont vous avez donné tant de preuves dans votre rude apostolat se ravive, s’il en était besoin, au souvenir de ce prélat que la République vient d’écrire au nombre de ses saints. J’ai foi en vous, comptez sur moi.

Je salué la vue de ce pays avec bonheur. Mon âme en proie aux émotions les plus vive, s’est ouverte à l’espérance de faire votre bien. Permettez donc, mes chers compatriotes, qu’en acclamant ces paroles : Vive la République, je vous remercie avec affection de l’accueil cordial que j’ai reçu de vous.

Grâce à la confiance que le digne gouverneur auquel je succède, avait su vous inspirer, grâce à la patriotique résignation des maîtres et aussi à la sagesse et au bon sens de la population esclave, j’ai trouvé votre Colonie calme et tranquille ; je n’ai entendu partout que des paroles de concorde et de fraternité. Gloire et merci à vous tous, mes chers concitoyens ! Cette paix est votre courage, c’est à vous que vous devez la sécurité de vos familles.

Le concours que toutes les classes de la population m’ont si spontanément offert m’est un gage certain que l’alliance de l’ordre et de la liberté secondée par le travail est enfin fondée dans votre belle Colonie. Remercions-en l’auteur de toutes choses, et soyons toujours dignes de la protection qu’il accorde à vos heureux ------ en consolidant par nos efforts fraternels, l’établissement de la nouvelle société coloniale.

Vive la République ! Vive la Colonie !

Le commissaire Général de la République. Sarda-Garriga. Saint-Denis, île de la Réunion, 17 octobre 1848. "

18 octobre 1848, Sarda Garriga publie un décret annonçant l'abolition de l'esclavage pour le 20 décembre 1848.

19 octobre 1848, Joseph Alexandre Massot Procureur Général de la République préside avec le Commissaire général de la République Joseph Sarda Garriga, la séance officielle d’enregistrement du décret d'abolition de l'esclavage en France adopté et signé sous l'impulsion de Victor Schoelcher, le 27 avril 1848.

24 octobre 1848, le travail est rendu obligatoire. Sarda Garriga publie un important décret : la liberté est assortie de devoirs.

Au nom du peuple français, Le commissaire général de la République.

Considérant que la liberté ne peut subsister sans le travail ;

Considérant que le travail est obligatoire pour tous, et que la société a droit d'intervenir pour veiller à ce qu'aucun individu ne puisse se soustraire à cette loi providentielle ;

Considérant qu'il est à désirer que la partie valide des ateliers puisse assurer, au moins provisoirement, la subsistance, le logement et l'entretien des orphelins abandonnés, des vieillards et des infirmes, conformément à l'esprit du décret du 27 avril 1848, jusqu'à ce qu'il ait été pris les moyens de les recueillir et de pourvoir à leurs besoins ;

Considérant qu'il importait de prendre des mesures, tant dans l'intérêt des propriétaires que dans celui des personnes non libres, afin de maintenir le travail, soit sur les habitations, soit dans les ateliers, soit dans la domesticité, et d'assurer l'alimentation des travailleurs pour le moment où le décret d'affranchissement du 27 avril 1848 recevra sa pleine exécution ;

Considérant dès lors qu'il convient d'autoriser dès aujourd'hui des engagements entre les personnes libres et celles encore non libres, pour que le 20 décembre prochain, époque de la libération complète, le travail puisse continuer sans perturbation pour les industries et sans misère pour les libérés, et de pouvoir ainsi provisoirement aux besoins divers de l'agriculture et de l'industrie ;

Vu les articles 1 et 2 du décret du 27 avril 1848, réglant les attributions des commissaires généraux de la République dans les colonies ;

Sur le rapport du directeur de l'intérieur,

Le conseil privé entendu,

Arrête :

Art. 1. Les propriétaires et chefs d'ateliers sont autorisés à contracter des engagements avec les personnes non libres, majeures ou mineures, pour le travail des habitations, des ateliers purement industriels ou de la domesticité.

Art. 2. Les personnes non libres seront tenues de se pourvoir d'engagements de travail d'ici au 20 décembre prochain.

Art. 3. La femme qui justifiera d'un mariage contractée conformément à la législation existante, et dont le mari aura pris un engagement de travail, ne sera pas personnellement assujettie à l'engagement.

Art. 4. Les engagements seront librement discutés et stipulés entre les contractants, devant l'officier public chargé de les constater, soit quant à leur durée, soit quant à la quotité des salaires, portions de revenus ou autre conditions, notamment celle de donner une somme de travail pour l'entretien des orphelins, vieillards et infirmes.

Art. 5. Les engagements seront transcrits sur un livret contenant le signalement de l'engagé, ses nom, prénom, lieu de naissance et qualités, ainsi que ceux de l'engagiste.

Art. 6. Le livret constatera aussi les payements qui seront effectués à l'engagé. Cette constatation sera faite par les officiers publics chargés des engagements, par les commissaires de police, sous-officiers, brigadiers de gendarmerie et brigadiers de police.

Art. 7. Les engagements seront contractés, soit devant le maire de la commune, ses adjoints, ou des conseillers municipaux spécialement délégués à cet effet, soit devant le juge de paix du canton ou son suppléant.

Art. 8. Les engagements et payements transcrits sur le livret seront signés par un des officiers publics ou un des fonctionnaires chargés de les constater. Le livret restera en la possession de l'engagé. Il sera remis à l'engagiste une feuille volante, signée par l'officier public ou le fonctionnaire, constatant l'engagement et les payements effectués.

Art. 9. Les engagements qui auront lieu entre les personnes libres et celles encore non libres devront contenir l'obligation formelle, de la part de l'engagiste, de pourvoir à l'alimentation, au logement, à l'habillement, aux soins médicaux et frais d'inhumation, à peine de nullité de la convention. Le montant des dépenses ci-dessus indiquées pourra être précompté sur les salaires ou portions de revenus afférents à l'engagé, suivant les conventions.

Art. 10. La durée des engagements ne pourra être de plus de deux ans pour les cultivateurs et personnes attachées à la manipulation du sucre, et de plus d'un an pour les ouvriers domestiques.

Art. 11. Les engagements ainsi faits devront être exécutés à partir du jour de l'entière libération des personnes non libres : les tribunaux devront les maintenir comme conventions légales.

Art. 12. Le livret devra être exhibé à tout agent de la force publique qui le requerra.

Art. 13. Le défaut de livret, de la part des gens de travail et domestiques, donnera lieu contre eux à une présomption de vagabondage ; en conséquence, ils pourront être poursuivis en conformité du décret du 27 avril 1848 sur le vagabondage, s'ils ne justifient, devant le maire ou le juge de paix, qu'ils sont employés ou qu'ils ont des moyens suffisants d'existence.

Art. 14. Sont exempts de la formalité du timbre et de l'enregistrement, tous les engagements qui seront contractés en vertu du présent arrêté.

Art. 15. Le directeur de l'intérieur et le procureur général près de la cour d'appel sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté, qui sera publié, enregistré et inséré au Bulletin officiel de la colonie.

Fait à Saint-Denis, le 24 octobre 1848. Signé : Sarda Garriga.

Cet arrêté devint la base de tous les actes suivants de l'administrations du commissaire général. Il en marqua définitivement le caractère. Dès mors l'opinion de la colonie, éclairée sur ses intentions, se rallia à lui, l'entoura de ses sympathies ; la confiance et le concours de tous lui furent acquis. Les blancs, rassurés, virent que le travail ne serait pas interrompu, que les fortunes et les positions ne seraient pas, comme ils l'avaient craint, subitement bouleversées. Ils surent gré au commissaire général des efforts qu'il allait tenter pour que l'ordre et la propriété sortissent intacts de cette redoutable transformation qui allait s'accomplir. Ils attendirent avec plus de résignations les résultats de cette grande épreuve. Les noirs acceptèrent avec joie ce don de leur liberté que leur faisait la métropole ; ils comprirent que l'obligation du travail qui leur était imposée était dans leur intérêt.

13 novembre 1848, Sarda-Garriga entame sa première campagne d'explication dans l'île. Le commissaire général résolut de parcourir successivement toutes les parties de la colonie, afin d'expliquer lui-même à la population noire la nature de l'arrêté du 24 octobre, et de combattre l'interprétation erronée que l'ignorance ou la malveillance pourraient tenter de lui donner. En conséquence, il partit de Saint-Denis le 13 novembre 1848, et commença sa tournée dans l'arrondissement Sous-le-Vent.

Récit de Sarda Garriga de sa tournée du 13 novembre au 7 décembre 1848 dans l'île pour expliquer l'arrêté du 24 octobre 1848.

18 novembre 1848, un décret exige qu'un nom patronymique soit conféré aux 62 000 esclaves à libérer. Une armée de scribe s'attela à cette énorme tâche, 66 registres spéciaux furent ainsi constitués. L'affranchi se voyait imposer un patronyme, pour qu'il ne l'oublie pas, on donnait à chaque esclave un petit papier sur lequel était inscrit son nouveau nom, mais la quasi-totalité ne saint pas lire. Cette pièce administrative devait être présentée à l'autorité civile en cas de mariage de l'affranchi. Le nouveau citoyen n'a pas à choisir son nom qui est la prérogative de l'inscrivant et non de l'inscrit. Les inscrivants étaient des maires, des adjoints, des conseillers municipaux désignés à cet effet ou des agents spéciaux nommés par le maire. Le pouvoir colonial s'arrogeait le droit de nommer lui même selon ses propres critères les nouveaux libres. Les agents spéciaux vont se déplacer sur tout les domaines de l'île pour identifier les esclaves de la colonie. Deux mois après l'application du décret leur mission est presque terminée. La question des Noirs en état de marronnage n'avait pas été prévue dans l'arrêté. La feuille hebdomadaire de l'île de La Réunion du 6 décembre 1848 constate l'existence de Noirs marrons qui n'ont pas reçu de patronymes et pour lesquels leurs propriétaires réclamaient le droit à l'indemnité. Pour résoudre le problème, il sera donné à chaque Noir marron un patronyme malgré son absence, à condition que son propriétaire ait fait initialement la déclaration de marronnage. Le directeur de l'Intérieur était persuadé que les Noirs marrons reviendraient dans les zones habitées dès qu'ils connaîtraient la nouvelle de l'abolition de l'esclavage.

7 décembre 1848, Sarda Garriga est de retour à Saint-Denis, la capital est alors le théâtre de manifestations de lycéens, le proviseur du lycée de Saint-Denis Théodore Drouet est républicain, ce qui ne plaît guère à ses élèves, issus de classe aisée, donc conservatrice, ni à leurs parents.

19 décembre 1848. Ne parvenant pas à calmer les jeunes lycéens, Sarda Garriga est obligé de fermer le lycée du 19 décembre 1848 au 1 er février 1849.

20 décembre 1848, au matin Sarda Garriga affiche la proclamation 62 000 esclaves deviennent libres. Les esclaves pour fêter leur émancipation, n'ont pris qu'un jour de liberté, ils ont été enlever au marché le poteau où ils étaient fouettés.



Texte de la proclamation du 20 décembre 1848 signé par SARDA-GARRIGA.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ 20 DÉCEMBRE 1848. AUX TRAVAILLEURS.

Mes amis.

Les décrets de la République française sont exécutés : Vous êtes libres. Tous égaux devant la loi, vous n'avez autour de vous que des frères.

La liberté, vous le savez, vous impose des obligations. Soyez dignes d'elle, en montrant à la France et au monde qu'elle est inséparable de l'ordre et du travail.

Jusqu'ici, mes amis, vous avez suivi mes conseils, je vous en remercie. Vous me prouverez que vous m'aimez en remplissant les devoirs que la Société impose aux hommes libres.

Ils seront doux et faciles pour vous. Rendre à Dieu ce qui lui appartient, travailler en bon ouvriers comme vos frères de France, pour élever vos familles; voila ce que la République vous demande.

Vous avez tous pris des engagements dans le travail : commencez-en dès aujourd'hui la loyale exécution.

Un homme libre n'a que sa parole, et les promesses reçues par les magistrats sont sacrées.

Vous avez vous-même librement choisi les propriétaires auxquels vous avez loué votre travail : vous devez donc vous rendre avec joie sur les habitations que vos bras sont destinés à féconder et où vous recevrez la juste rémunération de vos peines.

Je vous l'ai déjà dit, mes amis, la Colonie est pauvres beaucoup de propriétaires ne pourront peut-être payer le salaire convenu qu'après la récolte. Vous attendrez ce moment avec patience. Vous prouverez ainsi que le sentiment de fraternité recommandé par la République à ses enfants, est dans vos cœurs.

Je vous ai trouvés bons et obéissants, je compte sur vous. J'espère donc que vous me donnerez peu d'occasion d'exercer ma sévérité; car je la réserve aux méchants, aux paresseux, aux vagabonds et à ceux qui, après avoir entendu mes paroles, se laisseraient encore égarer par de mauvais conseils.

Mes amis travaillons tous ensemble à la prospérité de notre Colonie. Le travail de la terre n'est plus un signe de servitude depuis que vous êtes appelés à prendre votre part des biens qu'elle prodigue à ceux qui la cultivent.

Propriétaires et travailleurs ne feront plus désormais qu'une seule famille dont tous les membres doivent s'entraider. Tous libres, frères et égaux, leur union peut seule faire leur bonheur.

La République, mes amis, a voulu faire le votre en vous donnant la liberté. Qu'elle puisse dire que vous avez compris sa généreuse pensée, en vous rendant dignes des bienfaits que la liberté procure.

Vous m'appelez votre père; et je vous aime comme mes enfants; vous écouterez mes conseils : reconnaissance éternelle à la République française qui vous a fait libres ! et que votre devise soit toujours Dieu, la France et le Travail.

Vive la République ! Signé SARDA-GARRIGA.

23 décembre 1848. Grâce à l'obligation des engagements, le vagabondage et la mendicité se trouvaient prévenus ; mais il fallait une sanction à cette mesure. Le 23 décembre, le commissaire général rendit un arrêté portant création d'un atelier de discipline, destiné à recevoir les individus condamnés pour vagabondage. Quatre ateliers furent créés ; mais, sur une population de cinquante mille travailleurs, ces quatre ateliers, à eux tous, n'ont jamais réuni plus de quatre-vingts à cent condamnés ; preuve irréfutable du succès obtenu dans l'exécution de l'arrêté du 24 octobre. Ces hommes étaient employés aux travaux des différents services publics, et pouvaient être mis à la disposition des communes sur l'autorisation du commissaire général, et même à celle des exploitations particulières, moyennant le remboursement de la journée des travailleurs.

Fin 1848, La Réunion compte 3 372 immigrants Indiens, 78 immigrants Africains et 728 Chinois soit au total 4 248 immigrants libres dont 4 178 hommes et 62 femmes et huit enfants, 7 garçons, 1 fille.



Naissance en 1848 :

7 février 1848, naissance de Paul Samary. Gouverneur de La Réunion du 19 février 1901 au 31 juillet 1905.

15 juin 1848, naissance à Saint-Denis de Juliette Dodu. Première femme à recevoir la médaille militaire et la légion d'honneur à titre militaire.



Décès en 1848 :




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