Histoire Bourbon île de La
Réunion : Textes, lois, codes, décrets, courriers, récits...
Récit
du Lazariste Philippe Albert Caulier, sur le chemin du volcan le piton
de la Fournaise 1764.
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Albert Caulier :: Année
1764 histoire de La Réunion.
Dans son compte rendu sur
Bourbon en 1764, le lazariste Philippe Ambert Caulier, présent dans la
colonie de 1749 à 1771 offre une description de La Fournaise.
C'est de la Plaine des Cafres
en allant droit à l'Orient ou l'Est, que les curieux s'acheminent au volcan
dont la Fournaise est tout à fait inabordable et même inapprochable à
tout mortel par sa seule configuration ...
Il en coûte d'abord beaucoup
de risques et de fatigue pour se rendre de la Plaine des Cafres à ce volcan,
quoi qu'il n'y ait que cinq à six heures de chemin de traverses à cet
affreux objet de curiosité, il faut ordinairement trois jours de marche
sur ce que nous appelons les branles, pour arriver aux approches qui ne
peuvent être voisines que d'un quart d'heure de cette cheminée d'enfer.
Ces branles ne sont qu'une tissure de racines chargées de mousses qui
forment comme un treillis de plusieurs lieues d'étendue sur un terrain
plus ou moins semé de cavités, dont beaucoup sont assez profondes pour
y donner ample sépulture à des voyageurs indiscrets ou mal guidés. Il
faut donc faire ce trajet les pieds nus, si on ne veut être branlé et
culbuté à chaque pas au risque de se casser les jambes entre ces tissures
ou même de tomber entièrement dans les cavernes qu'elles couvrent. Ce
n'est pas assez de pouvoir compter sur la fermeté de la plante des pieds
comme nos Créoles qui sont comme carmes déchaux nés et qui embrassent
ces racines de leurs pieds et orteils, presque aussi bien que les Européens
pourraient faire avec les mains. Il faut encore être durci au froid, qui
est tel, si piquant et si interne dans les hauts de notre île, à cause
des brumailles qui font la voûte de l'atmosphère, qu'il y a danger de
mort certaine si on a à souffrir longtemps sans feu et sans abri. Arrivé
qu'on est à portée du volcan, nouveaux dangers et difficultés, encore
plus insurmontables...
Ce vaste bassin qui entoure
le volcan est encore bordé jusqu'à une distance considérable de morceaux
de cendres, afin que le curieux mortel ne puisse jamais voir de près cette
bouche infernale. Il faut par conséquent réputer pour non véridiques ceux
qui, de bouche ou par écrit, se vantaient d'avoir des connaissances visuelles
plus détaillées et plus merveilleuses.
Le voyageur téméraire qui
entreprendrait de pousser ses recherches au-delà, ne reviendrait certes
jamais réciter les nouvelles à d'autres. Il en résulte de tout mon écrit
que c'est témérité et vertige dans des Européens d'acheter si chèrement
la curiosité de ne rien voir qui vaille le voyage. Les Créoles y vont
assez, mais c'est la chasse des Noirs fugitifs qu'on appelle Noirs Marrons.
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