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Histoire île de La Réunion
: Textes, lois, codes, décrets, courriers.
Discours
de M. Jacques CHIRAC, Président de la République, à la salle des fêtes
de Saint-André à La Réunion. Le vendredi 18 mai 2001.
Monsieur le Maire, Mon Cher
Jean-Paul Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les Élus du département
et de la commune Mes chers amis,
Je suis toujours très admiratif
lorsque j'écoute votre maire. Et je voyais tout à l'heure le sourire également
éloquent, à cet égard, de Mme VIRAPOULLÉ à qui je présente mes affectueux
hommages et qui ne semble pas se lasser d'admirer son mari.
Vous avez, cher Jean-Paul,
évoqué avec beaucoup de passion, beaucoup de détermination cette diversité
dans l'unité qui caractérise la société de la Réunion qui, malgré ses
handicaps et qui sont sérieux, a su créer un modèle qui, à condition d'être
accompagné, comme vous l'avez indiqué, a quelque chose d'exemplaire dans
la mesure où il reconnaît l'existence de l'autre, il maintient les différences
sans les opposer. J'ai été très frappé hier en parlant avec les jeunes
du Conseil général jeunes de la Réunion car ils exprimaient parfaitement
cette réalité : ce respect de l'autre. Et c'est encourageant de voir que
c'est un sentiment fortement ressenti aussi par les jeunes et donc, j'adhère
tout à fait à ces valeurs, à ces trois thèmes de valeur que vous avez
à l'instant évoqués.
Merci aussi pour vos paroles
amicales, cher Jean-Paul, auxquelles je suis très sensible et merci à
la population de Saint-André qui nous a réservé un accueil chaleureux.
Je voudrais lui dire du plus profond de mon coeur ma reconnaissance et
lui adresser au travers, notamment de ses élus et de son maire mes sentiments
de fraternité et d'affection.
Ce n'est pas la première
fois, vous l'avez dit, que je viens dans votre commune et c'est toujours
avec plaisir. Cette commune avec sa belle devise que j'ai appris il y
a longtemps "plusieurs races, un seul coeur" : thème que vous déclinez
avec beaucoup de talent. C'est bien cela, "plusieurs races, un seul coeur",
et cela est vraiment un magnifique symbole de la Réunion. C'est aussi
l'illustration émouvante de toute l'histoire de Saint-André qui a véritablement
commencé, vous l'avez évoquée cher Jean-Paul avec la révolte des esclaves
et qui a été marquée par le combat de ce jeune Créole, Auguste Lacaussade,
l'un des plus grands poètes de l'exotisme. Fervent militant, en 1848,
de l'abolition de l'esclavage, il a exprimé avec un infini talent et une
infinie sensibilité sa révolte devant l'une des plus terribles injustices
de son siècle.
Aujourd'hui Saint-André a
su intégrer les différentes composantes culturelles et religieuses de
sa population, et le maire nous en a donné un éclatant exemple. Saint-André
a su mobiliser toutes les énergies vers la réussite de son développement
économique et devenir la première ville de l'est de la Réunion.
Le projet du parc du Colosse
que nous venons de voir qui nous a été présenté sur des tableaux qui sont
très remarquables et parfaitement instructifs m'a fortement impressionné.
Ce projet reflète parfaitement l'intelligence et la cohérence d'une stratégie
de développement durable à la fois ambitieuse, réaliste et innovante.
Je tiens à féliciter tous les partenaires de ce projet qui ont réussi
cette synthèse entre tradition et modernité : la mise en valeur de la
grande filière agricole traditionnelle autour de la canne et de l'usine
de Bois-rouge, la défense du patrimoine culturel et de l'environnement
et le développement des énergies nouvelles, du tourisme, des loisirs,
mais aussi l'amélioration de l'habitat. Tout ce qui fait la personnalité,
la richesse et la beauté de la Réunion, l'eau, les alizés, le soleil,
la terre généreuse tout cela se conjugue ici pour faire de Saint-André
un pôle de développement économique attractif, créateur d'emplois. On
a parlé pour le seul parc, tout à l'heure, de 400 emplois et ceci d'ailleurs
dans des secteurs très variés.
Il faudra certes quelques
années pour mener à bien cet important projet. Mais j'ai la conviction
que la voie qui est tracée est la bonne réponse aux interrogations en
matière de développement à la Réunion.
Pour redonner l'espoir à
la jeunesse réunionnaise, ou pour renforcer cet espoir, il faut inscrire,
son avenir dans le développement d'une économie de production structurante,
qu'il s'agisse de l'industrie locale, du développement des nouvelles technologies
ou du soutien aux activités agricoles traditionnelles.
Je sais qu'à Saint-André
vous êtes particulièrement attentifs à toutes les évolutions qui se sont
dessinées récemment autour de la production sucrière. Votre région constitue
le berceau de la culture de la canne à sucre qui conserve une place essentielle
dans la vie de cette belle commune et aussi dans celle de l'ensemble du
département. La filière canne représente près de 20 000 emplois directs
et indirects et plus de la moitié de la valeur des exportations de la
Réunion.
Pour cette raison, et aussi
parce qu'elle est au coeur de votre histoire et de votre patrimoine, la
canne doit être défendue et mise en valeur. Nous devons veiller au bon
fonctionnement de l'organisation communautaire du marché du sucre, nous
en avons parlé hier, et ne pas hésiter à réclamer des mesures dérogatoires
exceptionnelles, si les conditions d'accès à ce marché de produits issus
de pays à très faibles coûts salariaux menaçaient de le déséquilibrer.
C'est le sens des interventions que j'ai faites personnellement auprès
des commissaires compétents et du Président de la Commission. C'est le
sens des très fermes interventions faites par le ministre français de
l'Agriculture, notamment lors des dernières réunions agricoles. Soyez
certains de notre détermination en ce domaine.
Vous pouvez également compter
sur mon engagement pour continuer à défendre le traitement spécifique
des régions ultrapériphériques de l'Union européenne dont fait partie
la Réunion et je voudrais vérifier ce beau titre, cher Jean-Paul, que
vous m'avez donné, tout à l'heure, en me qualifiant d'avocat affectueux
et tenace de la Réunion. J'en suis très fier. C'est cette défense des
intérêts de ces régions ultrapériphériques dont dépend la Réunion, c'est
tout le sens de ma rencontre hier avec les Présidents de ces régions qui
nous ont permis de faire le point sur les grands dossiers européens qui
intéressent très directement chacun d'entre eux et notamment vous-mêmes,
qu'il s'agisse de l'OCM sucre, du régime de l'octroi de mer, qui est essentiel
pour cette région et les DOM en général car il est le seul à même de maintenir
une industrie locale autonome, ou de la fiscalité du rhum traditionnel.
L'Europe est une chance pour
la Réunion et vous devez être fiers de cette dimension européenne de votre
département, membre de la France, de l'océan Indien et de l'Europe. L'Europe
doit vous aider à construire votre avenir en prenant en compte vos handicaps
géographiques qui existent et en confortant vos initiatives. Je me réjouis
qu'elle vous apporte son soutien financier pour le projet qui vient de
m'être présenté et vous pouvez être assurés que là aussi, je serai un
avocat vigilant pour ce qui concerne la suite des financements nécessaires
à la mise en oeuvre de ce projet.
Monsieur le Maire, je connais
votre passion et votre engagement en faveur de la jeunesse qu'il faut
former et motiver, pour qu'elle retrouve le chemin de l'espoir et de l'enthousiasme.
Je salue aussi votre combat pour faire reculer un assistanat humiliant
et donner à chacun la possibilité de retrouver sa dignité dans le travail.
Et j'ai été encore fortement impressionné par vos dernières déclarations
dans ce domaine en particulier dans mon bureau à Paris il y a peu. Je
tiens à vous rendre hommage, devant vos concitoyens de Saint-André, pour
le travail considérable que vous n'avez jamais cessé de mener dans ces
différents domaines, même lorsque la vie dressait devant vous des obstacles.
Je pense plus particulièrement à votre action au Conseil général, dont
je voudrais saluer amicalement le Président pour mener à bien cette belle
initiative des collèges de la vocation que j'évoquais hier à Saint-Denis
et que nous coprésidions le Président du Conseil général "jeunes" et moi-même.
Cela a été un moment particulièrement fort et instructif. Vous m'en aviez
parlé, je n'ai pas été déçu. Je pense aussi à votre contribution essentielle,
je dis bien essentielle, à l'action du précédent gouvernement pour préparer
et mettre en place le dispositif de la loi Perben comme pour aboutir à
cette rédaction difficile de l'article 299.2 du Traité d'Amsterdam. Un
article, je peux en témoigner qui vous doit beaucoup dans sa conception
et parce que vous nous avez donné la foi et la volonté d'aboutir à un
résultat auprès d'un certain nombre de nos collègues qui, en dehors des
Espagnols et des Portugais, n'ont pas évidemment les mêmes raisons que
nous de nous intéresser à ces frontières externes que sont les régions
ultrapériphériques et qui représentent, j'espère que chacun le comprendra
de plus en plus dans l'Union européenne, une chance exceptionnelle non
seulement pour l'Espagne, le Portugal et la France, mais également pour
l'Europe dans son ensemble. C'est ce que j'ai voulu évoquer hier devant
les Présidents des régions ultrapériphériques.
Au moment où vos concitoyens
viennent de vous renouveler régulièrement leur confiance, ce qui n'a pas,
à proprement parler, stupéfié les gens, je tiens à vous souhaiter, ainsi
qu'à toute votre équipe du conseil municipal, que je salue amicalement,
une pleine réussite dans votre action. Ce souhait est inutile mais il
est cordial. Je ne doute pas que vous continuerez à oeuvrer avec efficacité
et succès pour votre superbe commune de Saint-André, mais aussi pour le
département de la Réunion et plus généralement pour notre pays.
Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs,
je vous remercie.
Source : site de la Présidence de la République.
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