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Nombre
de familles réunionnaises, au début des années 1950,
vivent dans le marasme le plus total, la misère fait des ravages. Nombre
de gens survivent avec peine sur des lopins de terre dérisoires qui ne
suffisent pas à nourrir une famille. Pourquoi ne pas offrir à quelques
centaines de familles, les plus démunies, des moyens d'existence décent
?. Cette idée naquit dans le cerveau du député maire de Saint-Joseph,
Raphaël
Babet, une idée simple et généreuse. La terre existe, pas loin, à
Madagascar où d'immenses espaces sont encore vierge de tout occupant.
Le conseil général s'enthousiasme
pour le projet, le Crédit agricole se dit prêt à s'engager dans l'aventure,
Raphaël Babet présente au FIDOM son idée. Elle rencontre un écho favorable.
Car, sous la pression des élus et des responsables du département, Paris
s’intéresse au dossier et décide non seulement de financer cette implantation,
mais encore de la piloter.
1950. Une société d’État
est créée, le Bureau d’études pour la production agricole (BDPA) présidé
par Robert Delavignette. Il reçoit la mission de mener à bien une première
expérimentation avec cinquante familles créoles Le site de La Sakay, du
nom d'un fleuve La Sakay baignant la région (à 140 kilomètres environ
dans l’Ouest de Tananarive), est choisi, de grandes surfaces sur les plateaux
du Moyen-Ouest, à mi-parcours entre Tananarive et le canal de Mozambique,
quelques milliers d'hectares où ne se rencontrent que de rares hameaux
isolés et où le sol de latérite ne semble guère prometteur. Le pari semble
de prime abord fou : régénérer des sols de latérite, implanter un noyau
colonisateur où travailleraient de concert des Métropolitains, des Réunionnais
et des Malgaches, mettre au point des structures économiques collectives
viables, etc.
1952,
les premiers volontaires réunionnais 16 familles, débarquent à La Sakay.
En un temps record, le BDPA érige une véritable ville, Babetville. Tout
est à faire, et principalement la formation des colons, peu habitués à
la culture extensive et maniement d'engins lourds. Au début, les volontaires
dorment sous la tente, s'initient à l'agriculture mécanisé, construisent
routes et ponts pendant que des ouvriers venus de La Réunion bâtissent
fermes et bâtiments administratifs. Un vaste plan de régénération des
sols est entrepris et des croisements de race bovines sont opérés avec
le Zébu malgache, résistant et goûteux mais relativement pauvre en viande.
Dix ans plus tard, après l'indépendance de Madagascar, le régime de Philibert
Tsiranana ne remettra jamais en cause les accords de La Sakay, la réussite
est éclatante. Au plus fort du peuplement de La Sakay, plus de deux cents
familles sont installées autour d'un village gonflé par les arrivées successives
de Malgaches venus chercher du travail dans le nouvel Eldorado. Tous en
trouveront et on verra même venir du grand Sud, des Antandroy, meilleurs
gardiens de bétail de Madagascar. A côté du village indigène d'Ankadinondry
se dressent les villas des enseignants et du personnel administratif de
la SPAS, Société Professionnelle et Agricole de La Sakay. Sur les fermes,
les cultivateurs disposent de plus de cent hectares, dont 50 entièrement
cultivables. Ils y font pousser du riz, du manioc, du maïs, du soja, de
l'arachide, ainsi que des cultures vivrières. Chaque fermier entretient
également un cheptel porcin et bovin.
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La
SPAS achète toutes les productions des fermiers. Deux système d'exploitation
prévalent. Soit le fermier perçoit un salaire et en contrepartie, doit
fournir un certain contingent de produits agricoles et de porcins : soit
il exploite directement sa ferme avec tous les risques que cela comporte.
Gros travailleurs, les Créoles choisissent presque tous la seconde formule
et la plupart, au bout de quelques années, ont largement remboursé leurs
dettes et jouissent de comptes en banque florissants. Presque tous sont
propriétaires de leur matériel agricole.
A babetville, un Crédit agricole mutuel gère
les revenus des fermiers pendant que la SPAS développe ce qui deviendra
la deuxième porcherie du monde ! Une laiterie alimentée par les fermiers
fournit presque exclusivement Tananarive en lait, beurre, fromage, yaourt,
crème fraîche...
Une antenne du Bumidom ouvre
un atelier de préformation professionnelle à l'intention de jeunes Réunionnais
venus y effectuer des stages avant de se rendre en France. A ces réalisations
s'ajoutent un atelier mécanique et une menuiserie. Toutes ces composantes
sont dirigées par des Réunionnais mais la quasi totalité du personnel
subalterne est malgache, avec des salaires dix fois supérieurs à ce qui
se pratique dans la grande île. Une infirmerie est gérée par un médecin
militaire et enfin un cercle restaurant accueille chaque week-end des
Tananariviens en villégiature comme des Réunionnais venus chasser la sarcelle
et l'oie sauvage.
Le vice-rectorat a monté
une importante structure scolaire. Chaque zone de culture est pourvue
d'une école primaire avec un ou deux instituteurs. A babetville, l'affaire
prend une autre tournure avec une dizaine de classes primaires et un collège
d'enseignement secondaire où élèves créoles et malgaches fraternisent.
Les enseignants viennent essentiellement de La Réunion et quelques-uns
de métropole. Le taux de réussite aux examens du Certificat du BE et du
BEPC parlent : jamais moins de 90 % de réussite !
Pendant 20 années, La Sakay
va vivre un véritable âge d'or, la SPAS étant devenue la première entreprise
réunionnaise.
1972, la situation se dégrade
très vite. En mai une mini révolte estudiantine signe le glas de la démocratie
malgache. Peu après, un régime militaire s'installe, vite pris en main
par Didier Ratsiraka, aidé par les Soviétiques, les Libyens et les Nord-Coréens
Nationaliste à outrance, Didier Ratsiraka extrait son pays de la zone
franc et procède à la nationalisation forcée de tout ce qui appartient
aux étrangers. Dès 1975, les créoles sont invités à préparer leurs bagages.
Le dernier réunionnais quitte le paus en 1978. Certains fermiers, ne supportant
pas l'idée de quitter ce pays qu'ils avaient fini par considérer comme
le leur, choisiront le suicide.
Malgré les promesses successives,
les fermiers de La Sakay n'ont jamais été indemnisés. La plupart accepteront
l'exil en France métropolitaine quelques-uns rentreront à La Réunion.
Ils avaient tout réussi, ils avaient tout perdu. Mais les grands perdants,
au bout du compte, sont peut être les Malgaches eux-mêmes, qui voyaient
s'envoler salaires et avantages dont ils bénéficiaient au même titre que
les Créoles.
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