Procès de Paul Vergès à Lyon juillet 1947
pour le meurtre d'Alexis de Villeneuve.
- Partie 1 : Rappel des circonstances
et du meurtre d'Alexis de Villeneuve.
- Partie 2 : Reconstitution des évènements par les témoins
de la scène consignés dans les dossiers de la justice.
- Partie 3 : Paul Vergès brise le mur de silence et parle,
Il est interrogé par Thierry Jean-Pierre sur l’affaire de Villeneuve.
- Partie 4 : La condamnation de Paul Vergés.
- Partie 5 : Paul Vergès et le maniement des armes.
- Partie 6 : La presse donne une dimension nationale à l'attentat
d'Alexis de Villeneuve.
Rappel des circonstances et du meurtre
d'Alexis de Villeneuve.
Mai et juin 1946,
élections législatives retour des violences électorales et l’accentuation
d’une fracture entre les deux principaux camps. L’affrontement frontal
est désormais la règle. L’expression " bipolarisation ", est souvent utilisée
pour peindre ces années de tensions politiques. À gauche, un axe communiste
se constitue. Il se construit autour de personnalités qui exercent un
fort ascendant
Raymond Vergès,
Léon de Lepervanche, Jean Hinglo… À droite, le Mouvement Républicain
de Libération, MRP, conduit par
Alexis de Villeneuve.
Sur la première circonscription,
celle de Saint-Denis, les deux leaders politiques du moment s’opposent
: Raymond Vergès, maire de Saint-Denis, haut responsable du Parti communiste
français à la Réunion, sous l’étiquette péi du Comité républicain d’action
démocratique et sociale, et Alexis de Villeneuve, maire et conseiller
général de Saint-Benoît, gaulliste, sous les couleurs du Mouvement républicain
populaire.
Dans la deuxième circonscription
Raphaël
Babet met en avant son étiquette de républicain indépendant, gaulliste
et séduit le camp des travailleurs, Léon de Lepervanche est son adversaire.
11 mai 1946, circulaire
du gouverneur précisant à tous les maires de l’île que " les réunions
électorales ne peuvent avoir lieu sur la voie publique ".
23 mai 1946 et 24 mai
1946, les réunions électorales du MRP, à Saint-Denis comme à Champ-Borne
ou à Saint-André, sont perturbées par des manifestants communistes et
donnent lieux à des échanges de coups et à des lancers de galets.
24 mai 1946, en présence
d’Alexis de Villeneuve, l’un de ses alliés, M.Vauthier, échappe de peu
à une tentative d’attentat perpétrée par un ancien gendarme. Mais l’arme
s’était enrayée. Inquiet, le gouverneur Capagorry, convoque les divers
candidats en lice à une réunion de pacification.
25 mai 1946, réunion
de pacification, elle se tient dans les locaux du gouvernorat, en début
d’après-midi. Le gouverneur Capagorry réunit les quatre candidats pour
leur faire signer un protocole garantissant des élections calmes et honnêtes
Les parties en présence s’engagent à ne plus troubler les rassemblements
concurrents.
25 mai 1946, 16h 30.
L'affrontement entre les manifestants MRP et les contre manifestants communistes
a lieu près de l'angle de la rue de la Victoire et de la rue de l'Église,
aujourd'hui rue Alexis de Villeneuve. Alexis de Villeneuve sort d'une
réunion avec MM. Vauthier, Chatel, père et fils, Sauger et Vallon Hoarau.
Il commence à haranguer ses troupes depuis une terrasse située au tout
début de la rue de l'Eglise. Les contres manifestants communistes et des
femmes du CRADS, parti de Raymond Vergès, arrivent de la maternité et
de la poste, de l'autre côté de la rue de la Victoire ; il frappent sur
des bidons vides pour couvrir la voix de l'orateur MRP. Alexis de Villeneuve
tente d'obtenir l'aide de la police pour arrêter les perturbateurs. Ils
descend de la terrasse pour les affronter, entouré de ses partisans. Injures
et coups sont échangés. Dans la mêlée qui s'en suit et dans le vacarme
qui l'accompagne, des coups de feu claquent et Alexis de Villeneuve s'écroule,
frappé mortellement en pleine poitrine. La confusion est grande. En dépit
de multiples témoins, dont de nombreux agents de la force publique qui
sont sur les lieux, brigadier J. Barne, inspecteur principal Belon, agent
T. Simon, maréchal des logis chef Payet, les faits ne seront pas clairement
établis. Un seul élément est sûr et incontestable : une arme a été découverte
par le gendarme Cros dans la poche d'un certain Raymond Orré. Ce dernier
a été intercepté, alors qu'il tentait de sortir de la foule en dissimulant
un revolver. Le fils de Raymond Vergès et ses camarades sont accusés d'être
les auteurs et complices de ce crime. Raymond Orré arrêté en possession
de l'arme, revolver 6.35 n° 77548, Bourdageau rédacteur en chef de Témoignages
et Quessoi. Dans la soirée alors que le docteur Vergès échappe de justesse
à un guet-apens qui lui est tendu sur la route de la Montagne, son fils
Paul Vergès, revenu dans l’île le 13 mai 1946 après avoir participé
à la libération de la France, est arrêté.
Reconstitution des évènements
par les témoins de la scène consignés dans les dossiers de la justice.
Paulo Lallemand, sous-brigadier
de police au 2e arrondissement de Saint-Denis, décrit avec précision le
premier acte du drame : "Nous nous tenions à 16h30 auprès du jet d’eau,
place de la Cathédrale, quand MM. Alexis de Villeneuve, Vauthier, Chatel
(père et fils), Sauger et Wallon Hoareau sont sortis de l’étude de ce
dernier... Aussitôt apparurent des cours de la Maternité et de la Poste
une foule de femmes ayant à leur tête les sieurs Bourdageau, Vergès (fils)
et Quessoi Émile ; ils étaient porteurs de vieux fers-blancs, de caisses
et de bâtons et descendaient la rue de la Victoire en toute hâte, jusqu’à
proximité de la rue Édouard, où les attendait M. Roufli, qui était porteur
d’un appareil photographique. Là, ce fut un véritable tintamarre ...Alexis
de Villeneuve tente alors d’obtenir de la police qu’elle fasse dégager
le parti d’opposant qui entend l’empêcher de parler. "
Le brigadier Barne Joseph
décrit la façon dont Alexis de Villeneuve s’engage dans la mêlée qui lui
sera fatale : "S’adressant alors aux sieur Deville, Joseph il a dit ceci
: Marmaille amène les hommes, nous allons les baiser !" Et de fait, selon
le maréchal des logis-chef Delis, "Le sieur Alexis de Villeneuve avait
l’attitude d’un homme décidé, les bras quelque peu levés et semblait donner
un ordre de marche. Aussitôt le contact une bagarre s’en est suivie"
L’inspecteur principal Belon
Alix était au plus près de l’échauffourée : "Je suis parvenu à maîtriser
quelques femmes, mais des coups continuaient à être échangés entre MM.
de Villeneuve, Forest et les femmes. Tout à coup j’ai reçu un coup de
poing au flanc droit de la part de M. de Villeneuve, je suis resté un
moment quelque peu ahuri soudain un bruit strident, semblable à celui
d’une détonation est parvenu jusqu’à moi"
Selon l’agent Tranquillin
Simon : "J’ai entendu deux détonations. Des gens disaient Bourdageau et
le fils Vergès ont tiré les coups de revolver". Un autre de ses collègues
déclare : "MM. Ludovic Revest et Dominique Sauger prétendaient que les
coups de feu avaient été tirés par le fils du docteur Vergès. En ce qui
me concerne je n’ai pas remarqué sa présence. Seul le nommé Bourdageau,
déjà nommé avait été remarqué par le groupe des femmes".
Le maréchal des logis-chef
Payet prend la suite : "J’ai entendu parmi le bruit, deux coups de feu.
Quelques secondes à peine, après ces coups de feu, le gendarme Cros, qui
me suivait m’a soudain prévenu qu’il venait de voir un homme sortir de
la foule, et en essayant de dissimuler un revolver dans sa poche. Nous
l’avons appréhendé et fouillé. Un pistolet automatique se trouvait dans
la poche de son pantalon".
Le fugitif en possession
de l’arme est Raymond Orre, il est dans la soirée déféré devant le procureur
de la République.
Selon l’adjudant-chef Pascal
les autres suspects sont interpellés dans la soirée : "Au cours de la
nuit j’étais chargé par M. le juge d’instruction de la recherche du fils
Vergès et de Bourdageau désignés par la rumeur publique comme étant les
auteurs des coups de feu".
Au cours de l’enquête, il
devait apparaître que les douilles des projectiles tirés lors de l’agression
provenaient bien de l’arme saisie sur Orre. Et que cette arme était dûment
enregistrée auprès des autorités comme appartenant au Dr Raymond Vergès,
qui l’avait reçue au titre de la fonction qu’il exerçait. Quant à Alexis
de Villeneuve, le maréchal des logis-chef Durand le décrit ainsi : "Assis
le dos sur l’arête du trottoir, la face tournée vers l’Est. Les personnes
s’empressaient autour de lui, le relevaient et l’emportaient vers l’étude
de Maître Vallon Hoareau". Il était mort, comme devait le constater le
commissaire Gelis cité par l’adjudant-chef Pascal : "Je voyais le commissaire
Gelis de face, sortant de cette foule, très pâle et l’entendais dire :
C’est fini."
Paul Vergès brise le mur
de silence et parle, Il est interrogé par Thierry Jean-Pierre sur l’affaire
De Villeneuve.
"J’étais renvoyé devant cette
cour d’assises, pour meurtre avec préméditation autrement dit assassinat.
J’ai fait de la prison et la Cour m’a finalement reconnu coupable de coups
et blessures avec cette circonstance que les coups portés et les blessures
faites sans intention de donner la mort, l’ont pourtant occasionnée.
Ils m’ont collé cinq ans
de prison avec sursis et nous ont tous libérés sans même nous infliger
une peine équivalente à la détention que nous avions effectuée. Cette
décision était absolument incohérente car enfin, de deux choses l’une
: ou bien le jury considérait que j’avais voulu éliminer De Villeneuve
et cela valait vingt ans de prison, ou bien il n’en avait pas la conviction
et il devait m’acquitter".
Selon le président du PCR,
la réalité des faits, celle qui fait qu’Orre s’est retrouvé avec l’arme
à la main, est la suivante : " des coups de feu ont retenti. J’étais alors
dans la mêlée, assez loin de De Villeneuve. Je me suis approché et ai
désarmé un type qui tenait un revolver. J’ai fait passer l’arme à un camarade,
Orre, en lui disant qu’ils tiraient sur nos femmes"
Cette version, Paul Vergès
l’a soutenue lors du procès lyonnais : "J’ai vu à ma droite une main noire
avec un revolver. J’ai désarmé cette personne. Je me suis retourné et
la seule personne que j’ai reconnu à côté de moi était Orre que j’avais
connu jadis à l’école. Je lui ai dit : "Orre, prend ce revolver on
tire sur nos femmes. Toute la foule alors refluait. J’ai été emporté jusqu’à
la maternité. J’ai vu alors Léger et lui ai dit : "J’ai pris le revolver
de Villeneuve... L’homme au revolver ne faisait pas partie du groupe Vergoz
des partisans de Villeneuve" Interrogé alors par le président de la cour
d’assises sur le fait qu’il n’ait pas conservé l’arme, Paul Vergès répond
: "Parce que je me sentais menacé par le groupe Vergoz et je voulais avoir
les mains libres".
Paul Vergès admet donc qu’il
a bien eu l’arme du crime entre les mains. De là à ce qu’il en accepte
la responsabilité Thierry Jean-Pierre pose la question :
Avez-vous tué Alexis de Villeneuve
?
Non. Mais on m’a dit qui
l’aurait tué. deux ou trois ans après les faits - vous connaissez la Réunion
- les langues ont commencé à se délier. De Villeneuve aurait été victime
de quelqu’un de très lié à son entourage mais aussi très proche de la
police. On a retrouvé son cadavre un beau jour sur le bord d’une route.
Il avait été empoisonné.... Lorsque je l’ai appris, j’avais déjà été condamné.
je n’avais qu’une envie : en finir avec cette histoire".
Révélation dans le livre
de E. Rousse, le nom de l'assassin que Paul Vergés déclarait connaître,
mais sans le livrer à Thierry Jean-Pierre. Ce serait un des bras forts
d'Alexis de Villeneuve lui-même, Noël Saint-Alme qui était chargé de la
protection rapprochée du leader de droite. Hospitalisé pendant le procès
où il devait témoigner, Saint-Alme meurt peu de temps après, le 2 août
1947, d'une crise de démence, empoissonné selon Paul Vergès. Toujours
selon E. Rousse, il aurait avoué peu avant sa mort à des religieuses "
ce n'est pas Villeneuve que je voulais tuer ". Source : Qui
a tué Alexis de Villeneuve ? Par Eugène Rousse. Éditions Les deux mondes.
Numéro ISBN 2-910924-10-6. Dépôt légal : Juillet 2000.
La condamnation de Paul
Vergés
Paul Vergès, alors âgé de
21 ans, est condamné en juillet 1947 à 5 ans de prison "pour avoir volontairement
porté des coups et fait des blessures à Alexis de Villeneuve, avec cette
circonstance que les coups portés et les blessures faites sans intention
de donner la mort l'ont pourtant occasionnée. Mais attendu que Vergès
était au moment des faits sans antécédents judiciaires, la Cour et le
jury disent qu'il sera sursis à l'exécution des peines qui viennent d'être
prononcées".
La Cour de Cassation a affirmé
que la condamnation de Paul Vergès par la Cour d'Assises de Lyon après
la mort d'Alexis de Villeneuve ne pouvait être évoquée que dans un cadre
historique. En conséquence, Paul Vergès est habilité à poursuivre et à
faire condamner tous ceux qui le feraient dans un but polémique.
Paul Vergès et le maniement
des armes
Dans le livre de T. Jean-Pierre,
Paul Vergès raconte une anecdote. A Mirabeau durant les combats autour
de la poche de Saint-Nazaire, Paul Vergès, à la tête de sa compagnie,
se trouve mêlé à une affaire de prostituées tondues. Il y a plusieurs
dizaines d'hommes agressifs et comme le note le narrateur, " ce n'était
pas évident, j'avais dix-neuf ans, de s'imposer à eux... Le plus agressif
d'entre eux était un inspecteur des renseignements généraux qui m'a tenu
tête devant tout le monde. Je me suis souvenu, à ce moment-là de ce qui
était arrivé à un de mes camarades de la promotion précédente, un certain
Taylor, qui placé dans la même situation, avait descendu le type qui l'emmerdait
et était passé ensuite devant le conseil de guerre. J'ai regardé froidement
l'inspecteur, j'ai pris ma carabine américaine et je lui ai tiré entre
les jambes en lui disant, la prochaine fois, ce sera plus haut. Cela l'a
définitivement calmé." Paul Vergès n'a pas raconté cette anecdote
devant le jury Lyonnais.
La presse donne une dimension
nationale à l'attentat d'Alexis de Villeneuve.
La
presse donne une dimension nationale à l'attentat d'Alexis de Villeneuve.
L'organe de presse de MRP, et celui du PCF
s'affrontent autour de l'évènement.
29 mai 1946, La Croix du
29 mai publie, un communiqué du centre national du MRP : " Un candidat
MRP assassiné à La Réunion au cours d'une réunion électorale."
29 mai 1946, Le Monde publie
un article : " Le gouverneur de l'île a dissous la municipalité de
Saint-Denis... le fils du député maire communiste, M. Vergès, a été arrêté,
en même temps qu'un certain nombre de militants du parti... ".
29 mai 1946, l'Aube titre
à la une : " Le lâche assassinat de notre camarade de Villeneuve
soulève une vague d'indignation. Châtier les coupables ne suffit pas.
Il faut écarter de notre vie politique tous les semeurs de haine entre
Français. "
30 mai 1946, à la une de
Combat " Les élections à l'ombre des revolvers. ... dans l'île
de La Réunion au nom prédestiné, le candidat MRP est abattu à coups de
revolvers par ses adversaires communistes. "
30 mai 1946, l'Aube titre
à la une : " Assez ! L'Humanité ne se contente plus de couvrir les
assassins de notre camarade de Villeneuve. Elle ose exploiter leur crime.
"
Juillet 1947. Le procès
de Lyon est couvert par les plus grands titres de la presse.
15
juillet 1947, le Monde : " Le drame qui ensanglanta
les élections de La Réunion va trouver son épilogue... si cette affaire
a été envoyée devant une juridiction métropolitaine, c'est pour éviter
qu'un drame né de passions politiques exacerbées ne suscite de nouveaux
incidents dans le climat qui règne à La Réunion entre partis opposés.
Cet état de fièvre et de trouble ne cesse de se développer depuis la libération...
Les chefs de file communistes Bourdageau et le jeune Paul Vergès déchaînaient
leur campagne électorale au mépris des lois. Le 22 mai, ils prirent si
violemment à partie leurs adversaires que, poursuivis pour coups et blessures,
ils furent condamnés ultérieurement, le premier à deux mois de prison,
le second à 200 francs d'amende... si des mobiles politiques n'en constituaient
pas le fond, et si la cause de Paul Vergès n'était pas défendue par son
parti, qui s'en prend à l'esprit provocateur du MRP. M. Kriegel-Valrimont,
que le parti communiste avait dépêché à La Réunion pour mener une enquête
officieuse, se rendra à Lyon pour soutenir Vergès devant ses juges. Actuellement,
dans la ville, des réunions communistes se déroulent en faveur de l'accusé.
M. Vienney, avocat parisien qui assistera Vergès, saura mettre en valeur
tous les arguments susceptibles d'impressionner les jurés. Il aura en
face de lui le nouveau bâtonnier du barreau de Paris, M. Maurice Ribet
représentant la partie civile...".
16
juillet 1947, L'Humanité : " Épilogue à la
provocation de La Réunion. Paul Vergès innocent comparaît aux assises
de Lyon... Faudra-t-il donc toujours qu'on nous donne raison trop tard
? ...".
18
juillet 1947, L'Aube, titre à la une : " Paul
Vergès répond du meutre d'Alexis de Villeneuve."
18 juillet 1947, L'Humanité
: " Paul Vergès innocent doit être acquitté... l' exploitation éhontée
qui a été faite de cette affaire, tant sur le plan local par le gouverneur
Capagorry que sur le plan national par le MRP...".
19 juillet 1947, le Monde
: " Paul Vergès se défend, non sans habileté d'avoir assassiné M.
de Villeneuve.. Paul Vergès est-il sincère, ou son intelligence d'une
indéniable souplesse se prête-elle à dissimuler habilement la vérité sous
une version apparemment plausible ? Son sang froid imperturbable reste
troublant. Ses origines orientales expliquent-elles le calme déconcertant
avec lequel il se déclare innocent ? On souhaiterait qu'il apportât plus
de sentiment et moins de logique dans sa défense, qui ne manque toutefois
pas de dignité...".
18 juillet 1947, L'Humanité
: " Dès la première audience, l'innocence de Paul Vergès éclate...".
20 juillet 1947, L'Aube :
" Interrogatoire parfois dramatique des accusés. Vergès prétend avoir
désarmé le meurtrier que personne n'a remarqué et dont il ne peut donner,
lui-même le moindre signalement.
19
juillet 1947, le Populaire : " ( Article
donne la parole à Paul Vergès ) Je n'ai pas tué. Je ne connais pas le
meurtrier... L'article souligne ... Tout laisse donc penser que le meurtrier
se trouve dans le box, mais rien ne prouve que ce soit Paul Vergès plutôt
que les trois autres... ".
20 juillet 1947, le Monde
: " Les accusés font obstruction à la manifestation de la vérité...".
20 juillet 1947, le Populaire
: " Les passions politiques risquent de fausse l'affaire Vergès...".
20 juillet 1947, L'Aube :
" Déposition violente et partisane de M. Kriegel-Valrimont qui s'appuie
sur des arguments politiques pour innocenter l'accusé... et accabler la
victime...".
21 juillet 1947, le Populaire
: " Les témoins de l'accusation se contredisent, sans cesse, les
uns les autres. Certaines dépositions sont visiblement dictées par la
haine... ".
22 juillet 1947, L'Aube :
" Les dessous d'une odieuse machination qui devrait innocenter l'accusé...
s'il ne s'agissait pas d'un crime, le défilé de ces créoles à l'accent
chantant ne manquerait pas de charme...".
22 juillet 1947, L'Humanité
: " Les camarades de combat de Paul Vergès exaltent son sang-froid
et sa noblesse de cœur...".
23 juillet 1947, le Monde
: " Le seul accusé qui semble indiscutablement compromis par les
débats et le chef communiste de l'île, Bourdageau, dont les violences
et les excitations paraissent indéniables... ".
23 juillet 1947, L'Humanité : " Aujourd'hui
Paul Vergès et ses camarades doivent sortir libres des Assises de Lyon...".
24 juillet 1947, le Monde
: " Le rôle de la défense s'annonce plus facile. Sans avoir besoin
de rechercher un coupable, elle n'aura qu'à plaider la confusion dans
laquelle se sont déroulés les évènements de La Réunion et dont les débats
donnent une image fidèle... Pas une fois depuis le début du procès, même
aux instants les plus critiques du débat, il ( Paul Vergès ) n'a protesté
contre l'inculpation qui pèse sur lui avec ce ton de chaleur et d'indignation
que l'on attend d'ordinaire d'un innocent et qui vaut mieux que n'importe
quelle dialectique...".
24 juillet 1947, le Populaire,
titre : " Paul Vergès coupable sans préméditation ".
24 juillet 1947, L'Aube :
" Paul Vergès a bien assassiné Alexis de Villeneuve. Le verdict de
Lyon le reconnaît coupable, mais ne lui inflige que cinq ans de prisons
avec sursis ! .... la cour a exprimé la raison de son extrême indulgence
: la conduite héroïque de l'accusé durant la guerre... ".
24 juillet 1947, L'Humanité
: " Paul Vergès est libre ! c'est l'aveu de l'innocence. Mais cédant
à la pression de la réaction, le tribunal de Lyon le condamne à cinq ans
de prisons avec sursis... ".
25 juillet 1947, le Monde
: " Verdict de conciliation pensent les uns, jugement bâtard estiment
ceux qui aspirent à une vérité plus absolue. De gauche à droite, les opinions
varient : il fallait ou acquitter Paul Vergès innocent ou frapper d'une
peine ferme l'accusé convaincu d'assassinat. Il fallait en tout cas punir
les fauteurs de troubles, le procès ayant manifestement montré que Vergès
et Bourdageau ... portèrent une lourde responsabilité dans les violences
qui illustrèrent la campagne électorale au cours de laquelle M. de Villeneuve
trouva la mort...".
Le Monde, c'est le journaliste
Charles Vergely qui suit le procès pour le monde. Retour
Le Populaire, Suzanne
Benoîst envoyée spécial du journal. Retour
L'aube, organe de presse
du MRP. Envoyé spécial Georges Bouyx. Retour
L'Humanité. Envoyé
spécial Georges Royer. Retour
MRP. Mouvement Républicain
de Libération. Retour
PCF. Partie Communiste
Français. Retour
Source : Vergès père, frères
& fils Par Robert Chaudenson. Michel Debré et l'île de la Réunion
Par Gilles Gauvin. Journal de l’Ile de la Réunion du Jeudi 25 mai 2000.
|