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novembre 1956, l'intervention militaire soviétique en Hongrie est
l'occasion pour le préfet de relancer une dynamique anticommuniste.
Face à Témoignages qui, condamnant le " fascisme en
Hongrie " apporte son soutient à l'URSS, Perreau-Pradier fait
un appel à la radio, de même que l'évêque Monseigneur
Cléret de Langavant, pour appeler les Réunionnais à
la solidarité avec les Hongroies. 1 611 700 F sont collectés
en faveur des victimes des évènements de Hongrie.
1956, Le
Maloya est interdit sur l’île par l’administration
française. Accaparé et porté par le parti Communiste
Réunionnais, le maloya sera victime de la censure et des réactions
hostiles d'une grande partie de la population, jusqu'à sa reconnaissance
officiel en 1981.
30 août 1957, victime d'un arrêt
cardiaque, le député du Rassemblement des gauches républicaines,
Raphaël Babet décède dans sa ville de Saint-Joseph.
Le préfet anti-communiste Perreau-Pradier, met tout en oeuvre pour
contrer le partie communiste qui a les deux autres sièges de la
députation avec Paul Vergès et Raymond Mondon. Le remplacement
de Babet doit s'effectuer par une législative partielle en novembre.
Dans ce scrutin à la proportionnelle le contrôle des mairies
est décisifs.
Perreau-Pradier s'attache
tout d'abord à reprendre la maire de Saint-André suite au
décès du maire Raymond
Vergès, le 2 juillet 1957. Obtenant tout d'abord la démission
de huit conseillers non communistes, le préfet nomme une délégation
spéciale autour d'Armand Barau, directeur de l'usine sucrière
de Bois Rouge. Puis il soutient la candidature de Jean Ramassamy qui enlève
la mairie par un véritable coup de force électorale le 15
septembre 1957. La liste communiste dirigée par Paul Vergès,
avec seulement 2,3 % des voix, n'obtient aucun conseiller.
14 novembre 1957, soit trois jours avant
l'élection législative, Perreau-Pradier dissout la municipalité
communiste de La Possession et la remplace par une délégation
spéciale.
17 novembre 1957, législative
partielle, Marcel Cerneau obtient 67 452 voix sur 93 414 suffrages exprimés,
il est élu député face au communiste Jean Hinglo.
Les communistes déposent un recours en annulation de l'élection
législative. L'assemblée nationale débat de la question
le 18 février 1858.
18 février 1958, l'Assemblée
nationale débat de la question des élections législatives
de La Réunion du 17 novembre 1956, en effet les communistes demandent
l'annulation des élections. Législative partielle, Marcel
Cerneau obtient 67 452 voix sur 93 414 suffrages exprimé, il est
élu député face au communiste Jean
Hinglo.
Le rapporteur chargé
des opérations électorales, Joseph Fontanet, intervient
le premier pour reconnaître que les conditions d'un scrutin incontestable
étaient loin d'être réunies :
" il est, certes, regrettable
que les chiffres décomptés dans certains bureaux de vote
apparaissent peu vraisemblables, et tendent à laisser peser une
présomption d'irrégularité sur certains résultats
locaux. Cependant de tels résultats peuvent être observés
aussi bien dans les communes favorables à M. Hinglo que dans les
communes favorables à M. Cerneau ".
Joseph Fontanet demande la
validation.
Succédant au député
communiste de La Réunion Raymond Mondon, les députés
métropolitains communistes Robert Ballanger, Duclos et Maurice
Kriegel Valrimont attaquent violemment Marcel Cerneau et fustigent le
rôle tenu par le préfet de La Réunion, Perreau-Pradier.
Emmanuel d'Astier de la Vigerie
conclut les débats en rappelant à l'assemblée le
rôle de juge impartial qu'elle se doit de tenir en la matière
:
" J'ai remarqué
que M. Cerneau et M. Ballanger sont d'accord au moins sur un point, à
savoir que les élections de La Réunion ont été
parfaitement truquées. L'un dit qu'elles ont été
truquées au profit des communistes ; l'autre qu'elles l'ont été
au profit de M. Cerneau. Je m'étonne qu'ils ne se rejoignent pas
dans la seule conclusion logique : la nomination d'une commission d'enquête
pour savoir si réellement ces élections ont été
truquées ou non ".
L'Assemblée se range
finalement, par 199 voix contre 179, à cet avis et décide
de l'envoi d'une commission parlementaire.
15 mars 1958, la commission
d'enquête de dix députés arrive à La Réunion.
Elle repart le 23 mars 1958, elle n'a jamais rendu ses conclusions du
fait des évènements de mai, juin 1958. Le 1er août
1958, Marcel Cerneau est reconnu comme député légitime
à l'unanimité moins deux voix.
29 mai 1958, le président
de la République, René Coty, fait appel " au plus illustre
des Français ". Charles de Gaulle accepte de former un gouvernement,
qui est investi par l'Assemblée nationale le 1er juin, par 329
voix sur 553 votants. Le général de Gaulle devient ainsi
le dernier président du Conseil de la IVe République. Les
députés lui accordent la possibilité de gouverner
par ordonnance pour une durée de six mois, et l'autorisent à
mener à bien la réforme constitutionnelle du pays.
Les réactions à
La Réunion concernant les évènements de mai 1958.
Le préfet Perreau-Pradier
en parle dans un rapport :
" Les évènements
... provoquèrent un clivage immédiat de la population en
deux fractions : communistes d'une part et tous ceux, d'autre part, que
leur anticommuniste faisait se regrouper, de plus ou moins bonne grâce,
sous l'étiquette de Gaullistes. L'opinion publique, d'abord calme,
s'échauffa peu à peu au cours de la semaine qui suivit les
évènements d'Alger, et les sentiments de chacun prirent
une allure passionnée, lorsque furent connus les évènements
d'Ajaccio ; je lançai un appel au calme et interdis les réunions
publiques ; le résultat fut immédiat et le calme rétabli
fut très rapidement consolidé par l'investiture accordée
par l'Assemblé nationale au gouvernement du général
de Gaulle..." .
12 février 1959, le gouvernement démet
de ses fonctions le Conseil municipal de Saint-Paul et nomme une délégation
spéciale.
Article du Journal réunionnais
témoignages du samedi 14 février 1959 :
"... Sur le rapport
du préfet Perreau Pradier, le conseil des ministres a décidé
la dissolution de la municipalité de Saint-Paul à trois
semaines du scrutin du 8 mars ! ... La nouvelle que chacun attendait a
été diffusé par la radio hier matin : le conseil
des ministres, réuni jeudi sous la présidence du Général
de Gaulle, Président de la République a décidé,
sur rapport du ministre de l'intérieur, la dissolution du conseil
municipal de Saint-Paul. Ainsi par la pression, la corruption ou l'abus
de confiance, des démissions ont été obtenues ou
extorquées depuis plusieurs semaines à Saint-Paul. Malgré
les plaintes et protestations des intéressés, le préfet,
n'ordonnant aucune enquête, considérait les démissions
comme définitives. Mais il n'en restait pas moins que quinze conseillers
de la majorité sur dix-neuf. C'est à dire 80 % avaient manifesté,
il y a quelques jours, au Président de la République et
au ministre de l'Intérieur leur volonté de conserver leur
mandat. Et ils étaient 15 conseillers sur un Conseil Municipale
de 27 membres soit 55 %. C'est à dire plus que la moitié
du Conseil, minimum exigé par la loi pour le maintient en place
d'une municipalité...".
19 septembre 1960, arrêté
qui désigne le préfet de La Réunion pour administrer
les îles Éparses : " Jusqu’à une date qui
sera fixée par un arrêté ultérieur, l’administration
des îles Tromelin, Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da
India est confiée au préfet du département de La
Réunion en tant que délégué du Gouvernement
de la République. À ce titre, le préfet relève
directement du ministre d’État ".
15 octobre 1960. Ordonnance
Debrè. Prise par le Premier ministre Michel
Debré, en vertu de la loi du 2 février 1960, l'ordonnance Debré
est une ordonnance qui autorise les pouvoirs publics français à
procéder à l'exil forcé en métropole des fonctionnaires
de l'outre-mer troublant l'ordre public. L'ordonnance pose que :
" les fonctionnaires
de l'État et des établissements publics de l'État
en service dans les DOM dont le comportement est de nature à troubler
l'ordre public peuvent être, sur la proposition du préfet
et sans autre formalité, rappelés d'office en Métropole
par le ministre dont ils dépendent pour recevoir une nouvelle affectation.
Cette décision de rappeler est indépendante des procédures
disciplinaires dont ces fonctionnaires peuvent faire l'objet. Elle est
notifiée par l'intermédiaire du Préfet qui peut prendre
toutes mesures nécessaires à son exécution. "
30 mai 1961, Jean Perreau-Pradier
fait procéder le mardi à la saisie du journal communiste
" Témoignages" pour la simple raison que le mot "autonomie"
y figure dans la phrase suivante : " Les candidats communistes dénoncent
le colonialisme et réclament l’autonomie ". Le Journal
Témoignages fait l’objet de pas moins de 13 saisies, du 30
mai 1961 au 2 mars 1963, sur ordre du préfet Jean Perreau-Pradier.
Ces saisies de “ Témoignages ” sont autant d’expressions
d’un " abus de pouvoir caractérisé et illégal
", reconnaît le Conseil d’État dans un arrêt
rendu le 1er décembre 1965.
1961, Le préfet de
La Réunion, Jean François Pierre Perreau-Pradier, applique
l'ordonnance Debré. Il renvoie en métropole de 1961 à
1962 treize fonctionnaires communistes agitateurs :
En février 1961 :
- Boris Gamaleya, professeur de collège
et son épouse Clélie Gamaleya, professeur certifiée
de Lettres.
En août 1961 :
- Bernard Gancarski, professeur de l'Enseignement
Technique.
- Georges Thiebaut, inspecteur des Douanes.
- Gervais Barret, professeur de collège et son épouse Nelly
Barret, institutrice.
- Jean-Baptiste Ponama, professeur de collège.
- Jean Le Toullec, adjoint technique de l'Équipement.
- Joseph Quasimodo, agent du Trésor.
- Max Rivière, professeur de collège.
- Pierre Rossolin, inspecteur des PTT.
- Roland Robert, professeur de collège.
En 1962 :
- Yvon Poudroux, agent de la Direction Départementale
de l'Équipement.
A noter également
que le 16 juin 1961, Paul Vergès est inculpé pour atteinte
à la sûreté de l'État pour avoir réclamé
l'autonomie de La Réunion.
1 er janvier 1962, le préfet de La Réunion,
Jean Perreau-Pradier est décoré de la Légion d'honneur
par Michel Debré.
Juillet 1962, le communiste
Robert Balanger, président du groupe parlementaire PCF, évoque
officiellement le question de l'autonomie dans les DOM. Lors d'une question
posée au premier ministre Georges Pompidou, il s'interroge :
" Constatant la faillite de la départementalisation ou de
l'assimilation adaptée, le gouvernement envisage-t-il de déposer
un projet de loi tendant à permettre à la Guadeloupe, Martinique,
Guyane et Réunion de gérer elles-mêmes et démocratiquement
leurs propres affaires et d'entretenir avec la France de nouveaux rapports
débarrassés de tous liens de caractère colonial ?
".
20 juillet 1962, le Journal
de l'île de La Réunion ( JIR ) avec l'appui du préfet
proteste violemment. Le directeur du Journal dans un éditorial
accuse les communistes et leur reproche de " vouloir arracher leur
qualité de Français aux 360.000 Réunionnais ".
Une campagne de cartes postales est lancée. Le texte est le suivant:
" Les Réunionnais ne permettront pas au député
communiste Robert Ballanger de commettre son crime contre leur île.
Nous voulons rester département FRANÇAIS. La carte est à
adresser au Président de La République.
Novembre 1962, les élections législatives
se déroulent dans un climat particulièrement houleux. Dans
la première circonscription se présente le leader communiste
Paul Vergès opposé à deux candidats Gabriel
Macé ( Républicain Indépendant ) et David Moreau ( UNR
).
Bureaux de vote fermés, lignes téléphoniques
coupés, irrégularités, il est évident que
cette élection de la première circonscription va être
invalidée.
Sont élus comme députés
:
- dans la première circonscription
Gabriel Macé.
- dans la deuxième circonscription
Marcel
Vauthier ( MRP ) .
- dans la troisième Marcel Cerneau
( Rassemblement démocratique ).
Mais la fraude électorale
est si flagrante que le Conseil Constitutionnel annule les résultats
de la première et de la deuxième circonscription.
21 janvier 1963, le préfet
de La Réunion, Jean Perreau-Pradier annonce dans une conférence
de presse son rappel en métropole et son remplacement par Alfred
Dieffenbacher. Il reste en poste jusqu'au 1 er mars. En réalité
il est muté en métropole en raison de son implication dans
les fraudes électorales.
30 janvier 1963, Paul Vergès,
est en métropole pour défendre son recours administratif
suite à l'élection de novembre 1962, Il se voie interdire
par la police de l'air de quitter le territoire national pour rejoindre
La Réunion. On indique au ministère de l'Intérieur
que cette interdiction a été prise à la demande du
préfet de La Réunion par mesure de sécurité
en vertu de la Loi sur l'état d'urgence.
Le journal Témoignages,
s'indigne : " Ouvriers, planteurs réunionnais, protestez partout
! Imposez le respect de nos droits et de nos libertés de Créoles
contre l'arbitraire colonial. Exigez le retour de Paul Vergès ".
Le Progrès, aux termes plus mesurés, dénonce quand
à lui l'erreur politique grave que constitue une telle mesure.
" La première idée qui vient à l'esprit est
simple : on veut l'empêcher de prendre part aux élections
législatives partielles ".
En métropole la presse
s'empare également du problème. Libération : "
On notera qu'en décrétant ici que La Réunion, réputée
département d'outre-mer, ne fait pas partie du territoire national,
le ministère de l'intérieur se rend coupable d'une atteinte
caractérisée à l'intégrité du dit.
En même temps que d'une inadmissible entrave à la liberté
d'un citoyen contre lequel n'a été relevé aucune
charge légale ".
Le secrétaire général
du P.C.R. porte plainte contre X pour atteinte à la liberté
individuelle, et introduit un recours devant le Tribunal administratif.
Cette mesure permet d'éviter
la présence du leader communiste sur le terrain alors que s'organise
la campagne en vue des législatives partielles. Le secrétaire
général du P.C.R. doit attendre le 22 février 1963
pour voir annuler les poursuites à son encontre, c'est à
dire le jour de l'annulation officielle des élections de novembre
1962. Le 25 février le juge Corbeil rend à Paul Vergès
son billet pour son retour à La Réunion.
De toute évidence,
le gouvernement ne peut se permette de maintenir plus longtemps Paul Vergès
en métropole. Il le peut autant moins que les hautes instances
de l'Etat étaient au courant de l'éventualité d'une
candidature Debré à La Réunion. En effet le 26 février
1963, Georges Repiquet, sénateur de La Réunion est reçu
par le Président de La République, il déclare : "
voici pour mémoire ce que le Général de Gaulle m'a
dit. La Réunion c'est la France. Je n'ignore pas que vous ayez
des problèmes et que ces problèmes vous préoccupent
en raison de leur importance, mais la France est un grand pays et peut
les solutionner. Une chance s'offre à vous pour les résoudre,
c'est la présence de M. Debré. Je serai tout disposer à
conseiller à Debré de poser sa candidature à La Réunion,
à la condition expresse que La Réunion, à l'exception
des communistes souhaite sa candidature ".
1 er mars 1963, le préfet
de La Réunion Jean François Pierre Perreau-Pradier quitte
l'île.
Il est nommé préfet
de l’Aisne rentre en poste le 14 mars 1964 le quitte le 4 décembre
1969.
Perreau-Pradier est par
la suite membre du parti gaulliste, président du comité
UDR. de Vervins en 1973 puis de la Picardie en 1975.
Il est candidat U.N.R. en
mars 1973 aux élections législatives dans la 3e circonscription
de l'Aisne, puis en 1978, il est battu à chaque fois.
Il est candidat aux élections
législatives de juin 1981 dans la deuxième circonscription
de La Réunion, et n'obtient que 2.11 % des suffrages exprimés
au premier tour. Résultats
des élections législatives de juin 1981 à La Réunion.
Jean François Pierre Perreau-Pradier
décède en 1981.
Liste
chronologique des Préfets de l'île de La Réunion
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