L'île
a une fonction de rafraîchissement pour les vaisseaux français engagés
dans le commerce aux Indes, mais également la fonction d'une colonie de
rapport avec notamment le café.
De Courchant devait suivant
les ordres de la Compagnie inciter les habitants à pratiquer une polyculture
riche : poivre, coton, cannelle... mais aussi également les convier à
se livrer au commerce d'Inde en Inde que la Compagnie ne faisait pas elle
même mais qu'elle souhaitait voir les colons entreprendre.
L'économie de Bourbon
soutenue par la piraterie.
Le 12 novembre 1720,
un vaisseau Anglais le Crooker, arrive à Saint-Denis. Le capitaine Baker
se dit chargé d'une mission par le pirate Thomas Congdom négocier l'amnistie
offerte par le Roi de France aux forbans pour lui et son équipage, en
effet le pirate Congdom après la prise d'un vaisseau arabe qui lui rapporte
1,3 millions de roupies, décide de prendre sa retraite.
Baker précise, devant le
Conseil provincial réuni par de Courchant, qu'il amènerait en sus 60 esclaves
de Guinée et qu'en cas de refus, il attaquerait Bourbon.
Le Crooker repart le 30 novembre
1720 avec la réponse du Conseil provincial, Bourbon accepte d'accueillir
les forbans. En retour, les pirates doivent déposer " leurs armes
et munitions de guerre et renoncer pour toujours à leur désordre, de garder
fidélité au Roy de France dont ils se reconnaissent les sujets ".
Moyennant cela, ils pourront se retirer " sous le gouvernement de
Bourbon où ils jouiront des mêmes avantages, droits et prérogatives des
habitants de cette isle sans distinction ".
De Courchant veut transformer
cette calamité en aubaine. Il organise les conditions d'accueil des forbans
chez l'habitant contre rémunération. " Chaque forban devra donner
15 piastres pour son logement et sa nourriture ; s'il a un noir, il devra
donner 5 écus de plus. "L'habitant qui loge un ou plusieurs forbans leur
fournira à chacun un lit convenable garni au moins d'un bon matelas, d'un
oreiller avec sa souille et d'une couverture ; ces lits doivent être dans
une caze ou de bois ou de feuilles construite de manière qu'elle soit
pour le moins distinguée de ce qui se nomme hangard ou ajoupa et que les
injures du temps ne le puissent pénétrer ".
Chacun redoute l'arrivée
de 135 pirates sanguinaires sur l'île et les volontaires pour l'accueil
son peu nombreux. Le gouverneur est obligé, le 22 janvier 1721,
de désigner autoritairement 36 habitants qui recevront les 135 pirates.
Finalement, à leur arrivée
début février 1721, ils ne sont que 32, dont le fameux Congdom. La vue
du faible nombre d'hommes et la profusion d'or changera l'attitude de
la population. Les pirates seront accueillis à bras ouvert. Tout cet or
circulant dans l'île crée une économie artificielle où les prix deviennent
extravagants. Cet exemple est révélateur de l'intégration réussie des
forbans dans l'île. Il faut dire que ce sont bien souvent eux qui introduisent
du numéraire à Bourbon, soit en s'installant fortune faite, soit en achetant
des vivres ou des armes aux habitants.
Conglom partira pour la France
en novembre 1722,
sur la Vierge de la Grâce.
1721, la Bataille
de Saint-Denis.
20
avril 1721. Le navire la Vierge du Cap ' Virgen de Cabo ' fait
escale à Bourbon. Ce navire de 800 tonneaux avec ses 70 pièces
de canons, navire amiral de la flotte Portugaise venant de Goa ( Malabar
) voguait vers Lisbonne ( Portugal ). Pris dans une tempête, le
vaisseau portugais est contraint de relâcher dans le port de Saint-Denis
pour réparer ses très importantes avaries : sa mature et
son gouvernail sont endommagés, sa coque a souffert, il ne lui
reste plus qu''une vingtaine de canons seulement, les autres, près
d'une cinquantaine, sont passés par dessus bord pendant la tempête
ou sont inutilisables.
Le navire transporte une
très riche cargaison d'or, d'épices, d'étoffes, de
bois précieux, des pierres fines, des bijoux d'or ou d'argent...
ainsi que des passagers de marque. En effet, Luís Carlos Inácio
Xavier de Meneses, comte d'Ericeira, vice-roi des Indes est à bord,
ainsi que Dom Sebastian de Andrado, archevêque de Goa.
La Vierge du Cap mouille
donc à quelques encablures dans la rade de Saint-Denis, arrimée
fermement à ses 2 ancres massives. Une chaloupe est mise à
la mer et le Gouverneur de Goa descend à terre, invité à
dîner par le Gouverneur de Bourbon Joseph de Beauvollier de Courchant.
Pendant les jours qui suivent,
l'équipage et les charpentiers marins s'affairent à réparer
le navire. Les charpentiers découpent des pièces de bois
afin de consolider la structure de la coque et le gouvernail, les gréements
du navire ayant également soufferts, les matelots s'occupent activement
à la réparation des voilures, le cordage usé est
changé et les mâts endommagés sont remplacés
par du bois transporté depuis l'île. A ce moment là,
Le navire est un véritable enchevêtrement de charpentes marines,
la Vierge du Cap est incapable de la moindre manoeuvre.
Pendant une vingtaine de
jours, le navire est immobilisé tandis que s'affairent les charpentiers.
La majorité de l'équipage est à terre ainsi que le
vice-roi et l'archevêque qui bénéficient tous deux
de l'hospitalité du gouverneur.
Le 26 avril 1721, deux voiles
sont aperçues à l'horizon. Prévenu et en proie à
un sombre pressentiment, le comte d'Ericeira regagne en hâte la
Virgen de Cabo avec une demi-douzaine de compagnons. Les deux navires
arborent le pavillon britannique. La foule se masse sur la plage de Saint-Denis
tandis que les intrus se rapprochent. Arrivés à portée
de tir, les deux navires hissent le pavillon noir.
Ce sont en effet des pirates,
comme le craignait le comte d'Ericeira, et pas n'importe lesquels.
Le premier navire est l'ex-Cassandra
capturé de haute lutte sur les Anglais, lors du combat d'Anjouan.
Il a été rebaptisé en Fantasy par le capitaine John
Taylor, son nouveau commandant ; il est armé de 38 canons et compte
280 hommes d'équipage.
Le second navire, le Victory
est dirigé par l'associé de Taylor, le Français Olivier
Levasseur, dit La Buse. Il y a 36 canons et 200 hommes à bord.
Face à ces prédateurs maritimes, il n'y a qu'un bateau à
l'ancre, servis par une poignée de marins : le gros de l'équipage
est en effet mêlé à la foule sur la plage et ne peut
qu'assister impuissant à la tragédie qui s'annonce.
Les pirates ouvrent le feu
; galvanisés par le comte d'Ericeira, les Portugais répliquent.
Ce qui devait s'annoncer comme une victoire facile devient un combat acharné.
Taylor décide d'en terminer et tente l'abordage ; les hommes du
comte d'Ericeira accueillent les assaillants à coups de mousquets,
de pistolets, de haches et de sabres et les repoussent malgré leur
supériorité numérique. Le Fantasy s'éloigne
et les échanges de bordées reprennent. Â bord de la
Vierge du Cap, la situation est désespérée et les
munitions viennent à manquer. La mort dans l'âme, le vice-roi
doit admettre sa défaite et il fait amener son pavillon.
Les pirates découvrent
alors le butin du Vice-Roi de Goa, de l'Archevêque et des prêtres
revenant des Indes. Olivier Levasseur, capitaine du Victorieux prend dès
lors le commandement de la Vierge du Cap. Il descend à terre et
déclare le comte Ericeira, vice-roi de Goa son prisonnier. Le pirate
exige une rançon pour la libération du vice-Roi. Le gouverneur
de Bourbon, refuse de payer. La Buse ayant pris en sa possession le trésor
de la Vierge du Cap dont une croix incrustées de plus de dix kilogrammes
de diamants laisse finalement libre le Vice-roi sans aucune rançon.
Deuxième prise de possession
de Mauritus, l'île de France ( île Maurice ).
Mauritus est devenue l'île
de France le 20 septembre 1715,
mais reste inoccupée, le Conseil Provincial de Bourbon prend la décision
suivante, le 10 octobre 1721, " ne voyant pas venir venir le bâtiment
de la Compagnie qu'on attend depuis longtemps pour l'habiter, dans la
crainte que quelque nation étrangère ne nous prévienne et ne s'en empare
..., le Conseil a jugé absolument nécessaire de faire incessamment construire
aux frais de la Compagnie une barque de 24 à 25 tx. pour porter sur ladite
Ile de France 12 ou 15 habitants, un aumônier et un chirurgien aux appointements
de la Compagnie, comme aussi de nommer M. Duronguët, major de l'île Bourbon,
pour gouverner celle de France, en attendant que la Compagnie y envoie
une colonie ".
Cette initiative coïncida
avec les premières manifestations d'activité de la nouvelle Compagnie
des Indes : les premiers vaisseaux qu'elle avait armés au début de 1720
pour Pondichéry avaient ordre, à leur retour, de relâcher à l'Ile de France,
où les Directeurs, dans leur dépêche du 24 février, annonçaient leur intention
d'expédier en mars suivant deux bâtiments avec des troupes et des colons.
Ce projet cependant ne fut
pas exécuté en 1720, elle se contenta de charger le capitaine d'un vaisseau
armé à Saint-Malo pour Moka, le Triton de renouveler, lors de son retour,
la prise de possession de 1715. Ce bâtiment parvint à Maurice en septembre
1721 et son capitaine, Dufougeray Garnier, érigea sur l'île aux Tonneliers,
à l'entrée du port Nord Ouest, une croix avec fleur de lis et inscription
latine, puis, sur l'île même, un grand pavillon blanc et un poteau où
était gravé, également en latin, la formule de prise de possession.
Dix jours après, le Triton
repartait pour Bourbon, où étaient enregistrés par le greffe de Saint-Paul
les procès-verbaux des actes accomplis à l'Ile de France, puis appareillait
le 15 novembre pour la France où il arrivait en avril 1723.
Cette seconde prise de possession
n'affaiblissait en rien les raisons qui avaient décidé le Conseil de Bourbon,
à envoyer quelques habitants à l'Ile de France : la construction de la
barque fut donc continuée, c'est par ce petit bâtiment que Beauvoillier
de Courchant et Desforges-Boucher firent passer, les premiers colons de
l'île de France avec Duronguët le Toullec, nommé gouverneur provisoire.
En 1723 Joseph de Beauvollier
de Courchant est promu au gouvernement général de Pondichéry, c'est Antoine
Labbé dit Desforges Boucher qui est nommé gouverneur de Bourbon.
En 1725
de Courchant s'estimant inapte à continuer dans ses fonctions, demande
son rappel. Le décès de Desforges Boucher le 1 er décembre 1725, conduit
la Compagnie à le nommer pour le seconde fois gouverneur de l'île. Mais
il ne rejoint pas son poste pour convenance personnelle.
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