Proclamation
du gouverneur à l'occasion des évènements de Paris de 23, 24 et 25 février
1848.
" Habitants de Bourbon,
Des journaux et des lettres
particulières, arrivés ce matin par la voie de l'Inde, annoncent que d'importants
évènements se sont accomplis en France, dans les derniers jours de février.
Bientôt sans doute des communications officielles nous en apporteront
le récit exact.
Dans ces circonstances le
devoir de chacun est indiqué par l'intérêt de tous. Veiller au maintien
de l'ordre et la tranquillité publique, assurer les approvisionnements,
ménager les ressources du pays : telle est toujours et sous tous les régimes,
la tache de l'administration locale ; elle la remplira avec zèle et dévouement.
Votre excellent esprit, la
haute intelligence que vous avez de vos intérêts véritables m'assurent
que vous remplirez aussi la votre, et que ma voix sera entendue quand
je vous demanderais, au nom de tout ce que vous avez de plus précieux
à conserver, de rester calmes; d'arrêter tout ce qui pourrait amener des
désordres qu'il vous importe tant de prévenir.
Habitants de Bourbon, vous
connaissez les sentiments qui m'animent ; vous savez que le bien de votre
pays n'a jamais cessé d'être le but constant de mes efforts, il en sera
aussi la récompense tant que votre confiance et votre sagesse me prêteront
la fore nécessaire pour l'accomplir.
Saint-Denis, 24 mai 1848.
Le Gouverneur Graëb ".
Les premiers décrets du gouvernement
provisoire parviennent à Bourbon le 8 juin 1848.
Le 9 juin 1848, La République
est proclamée à Saint-Denis. Conformément à la décision prise à Paris,
le 10 mars 1848, l'île Bourbon reprend le nom de Réunion,
qui lui avait été attribué par la Convention.
Discours du 9 juin 1848,
du gouverneur Graëb :
" Habitants de la colonie,
soldats,
Une grande révolution vient
de s'accomplir en France. La monarchie fondée en juillet n'existe plus,
la République Française est proclamée.
Un gouvernement provisoire,
composé d'hommes aussi éminents par leurs lumières que par leur patriotisme,
est sortie de la victoire de la Garde Nationale et du peuple de Paris.
Le vieux drapeau, dont les trois couleurs ont fait, avec nos pères, le
tour du monde, reste debout comme le symbole des idées d'ordre, de liberté,
d'égalité et de fraternité, au nom desquelles la révolution s'est accomplie.
Le respect des propriétés, le maintien de la législation existante forment
la base de toutes les résolutions du gouvernement provisoire.
Grâce à ces sages précautions,
les affaires un moment suspendues ont repris leur marche accoutumée, les
administrations publiques ont continué de pourvoir aux besoins de tous
les services, le cours de la justice n'a point été interrompu, et tout
justifie la devise de la nouvelle République Française : l'ordre dans
la liberté.
Aussi l'adhésion de la magistrature,
de l'armée, de toutes les cités de la France a-t-elle salué l'aurore d'un
gouvernement dont tous les actes sont empreints d'un caractère de générosité,
de justice et de modération sans exemple.
Organe du gouvernement provisoire
de la République Française et dépositaire de son autorité dans la colonie,
je réclame de vous la même adhésion. Montrez-vous les dignes enfants de
la France en vous associant à ses glorieuses destinées.
Les liens qui vous unissent
à la mère patrie doivent se resserrer de plus en plus aujourd'hui puisque
vous êtes appelés désormais à prendre une part directe aux conseils de
la nation, par l'organe des représentants librement élus d'après le mode
que déterminera l'Assemblée nationale.
C'est à cette assemblée souveraine
qu'est réservée la mission de constituer de manière définitive la forme
du gouvernement qui doit nous régir.
Vous attendrez avec confiance
les institutions qu'elle est appelée à donner à la France et à ses colonies.
Vous continuerez à l'exemple de vos frères de la Métropole à respecter
les lois en vigueur, à conserver votre patriotisme.
Habitants de la Colonie,
l'attitude que vous avez conservée depuis quinze jours, l'ordre et le
calme qui n'ont pas cessé de régner, le concours éclairé que j'ai rencontré
dans le sein du Conseil Colonial, me sont un sûr garant de votre complète
adhésion et de votre obéissance au Pouvoir dont je suis le représentant
parmi vous.
Vive la République ! vive
la France !
Saint-Denis 9 juin 1848.
Le Gouverneur, signé Joseph Graëb ".
Le nouveau régime s'installe
vite : les titres de noblesses sont abolis, l'amnistie est décrétée pour
les faits politiques et de presses, les fonctionnaires sont déliés de
leur serment au Roi et le collège royal devient, lycée de l'île de La
Réunion.
L'annonce dans la colonie
de la nomination de Sarda Garriga comme commissaire général de la République
envoyé pour proclamer l'émancipation générale des esclaves fournit aux
adversaires de l'abolition une occasion de légitimer leur mouvement de
contestation. Ils préconisent la résistance et proposent de repousser
à la mer le représentant du gouvernement français envoyé pour appliquer
l'abolition de l'esclavage.
14 octobre 1848 Joseph Graëb
laisse un mémoire sur la situation de la colonie, pour la remise
du Gouvernement de l'île de La Réunion au Citoyen Commissaire
Général de la République Française, Sarda
Gariga. Extrait concernant un portrait de la population :
" La population coloniale
se compose aujourd'hui des éléments les plus disparates.
D'un côté, la classe blanche dans laquelle se trouvent compris,
légalement mais non socialement, les gens de couleur ; de l'autre,
la population esclave à laquelle il convient, afin de ne faire
que deux grandes catégories; d'adjoindre les travailleurs libres
venus de l'Inde, de la Chine ou d'autres points.
Au premier rang de la race
blanche figurent les habitants, le haut commerce, les fonctionnaires publics
et tous ceux qui exercent des professions libérales. Dans cette
fraction, les européens sont presque aussi nombreux que les créoles.
Viennent ensuite les petits
habitants, les petits commerçants et les petits industriels. Ici
l'élément européen commence à entrer dans
une proportion moins forte ; ici paraît la classe de couleur. Viennent
enfin les arisans, les ouvriers, les échopiers,pour la plupart
créoles, petits blancs ou gens de couleur. "
Le 14 octobre 1848, Joseph
Napoléon Sébastien Sarda-Garriga débarque de l'Oise et arrive comme Commissaire
général de la République. Le Gouverneur Graëb quitte La Réunion.
Joseph Graeb est nommé contre-amiral
le 23 janvier 1850.
Commandant de la légion d'honneur,
il est blessé à la tête à la bataille de Trafalgar, il a commandé notamment
"La belle Poule". 132 mois à la mer en guerre. 32 mois dans les colonies.
16 mois prisonnier de guerre. Il décède le 9 septembre 1850.
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