Bertrand
n'a guère qu'une dizaines d'années de présences dans
la colonie, il a épousé en 1789, une créole, Henriette
Delestrac, fille d'un des plus gros possesseurs d'esclaves de Saint-Denis.
Le couple donne naissance à une fille l'année suivante,
Lucie.
Louis-Marie Bertrand est
étroitement mêlé à la vie intellectuelle et
politique de Bourbon. Il fréquente, La Parfaite Harmonie, principale
loge maçonnique de Saint-Denis. Il y côtoie le gouverneur
David
Charpentier de Cossigny, et l'ordonnateur Duvergé. Il s'est
engagé très tôt et intenséments dans la Révolution
bourbonnaise. Il figure parmi les quatres personnes choisies par l'assemblée
paroissiale de Saint-Denis, le 27 décembre 1789,
pour constituer un Comité permanent chargé d'obtenir des
administrateurs, la réunion rapide d'une Assemblée générale.
Elu par le chef-lieu à cette Assemblée, il participe activement
à ses travaux.
15 août 1791,
Louis-Marie Bertrand premier Député de Bourbon à
l'assemblée nationale débarque le 15 aôut 1791 à
l'Orient. Début septembre il est à Paris. Immédiatement
il se présente devant le Comité Colonial de la Constituante
qui reconnaît la validité de ses pouvoirs mais luis conseille
d'attendre la législatire suivante pour exercer son mandant. Il
est arrivé à Paris trop tard pour siéger dans cette
Assemblée.
Louis-Marie Bertrand doit,
pour qu'il fût statué sur son cas, écrire au président
de l'Assemblée la lettre suivante:
" A l'Assemblée nationale.
Monsieur le Président,
J'ai eu l'honneur de vous
écrire, le 17 de ce mois, pour vous prier de Consulter l'Assemblée
sur le bureau qui doit vérifier les pouvoirs que m'a donnés
la colonie de Bourbon pour la représenter dans le sein de l'Assemblée
nationale; elle a renvoyé mon adresse au comité colonial;
ce comité n'est pas formé, et la formation peut encore entraîner
de grandes longueurs. Je suis porteur des pétitions de la colonie
de Bourbon et du plan de constitution qu'elle a préparée
pour son régime intérieur, conformément aux décrets
des 8 et 28 mars 1790. rendus pour les colonies; mon admission dans le
Corps législatif est instante; je demande à l'Assemblée
nationale la permission de paraître à la barre pour mettre
sous ses yeux les motifs pressants qui me déterminent à
faire promptement vérifier mes pouvoirs.
Je suis avec respect, Monsieur le Président, Votre
très humble et très obéissant serviteur,
BERTRAND, député de l'île de Bourbon.
"
La validation de ses pouvoirs fut très
discutée. Enfin, l'on fit droit à sa réclamation;
Merlet (de Maine-et-Loire) proposa de déclarer que " les pouvoirs
du député de l'île de Bourbon étaient valides
et qu'il pouvait prendre place parmi les représentants de la nation
", et l'Assemblée rendit, malgré une observation du
député Tartanac, un décret le 29 mars 1792
ainsi conçu :
- " L'Assemblée nationale, après
avoir entendu le rapport de son comité central, relatif à
la députation de l'île Bourbon, déclare les pouvoirs
de M. Bertrand, son député, vérifiés et valides;
décrète qu'il sera admis parmi les représentants
de la nation. "
Une victoire importante pour
l'île Bourbon, elle a enfin son député. Bertrand pendant
son mandat lutte en particulier pour maintenir la parité entre
la représentation de so, île et celle de l'île de France.
Non sans mal, tant la position sulbaterne de Bourbon dans l'ensemble insulaire
des Mascareignes apparaît comme une sorte de postulat. " J'ai
dû insister, écrit-il, pour que l'isle Bourbon, dont la population
blanche et noire et l'étendue du territoire excèdent beaucoup
celles de l'isle de France, ait autant de députés que cette
colonie " à la convention. C'est chose faite par le règlement
du 22 août 1792 octroyant à chaque île deux députés.
Leur élection se déroule à Bourbon début octobre
1793 et, tirant la leçon de la douloureuse expérience vécue
par Bertrand, l'Assemblée coloniale demande à Paris, le
4 novembre, que les élus soeint automatiquement intégrés
à l'Assemblée qui aurait éventuellement succédé
à la convention.
Le cas en fait, ne se produira
pas et l'île aura des représentants tant à la Convention
qu'aux Conseils du Directoire.
Bertrand suit avec assiduité
les séances de l'Assemblée et du Comité colonial,
multiplie les visites et les lettres aux ministres de la Marine et des
Colonies, travaille de concert avec les représentants de l'île
de France et les commissaires civiles nommés pour les colonies
orientales. Un homme m'aide beaucoup, Beurmonville, le futur ministre
de la guerre, qui a vécu plusieurs années à Bourbon
et a été un des éléments les plus actifs de
la maçonnerie locale.
Au départ Bertrand
dispose d'un texte de référence, les Pétitions de
la colonie du 21 avril 1791, véritable cahier de doléance
local, sur lesquelles il essaiera à plusieurs reprises, mais en
vain, de faire prononcer la législative. Mais il lui faut vite
et durablement prendre beaucoup d'initiatives. Durant de longs mois en
effet, aucune nouvelle lui parvient de Bourbon.
Louis-Marie Bertrand est
l’unique représentant officiel des colonies admis à
siéger durant la Législative qui s’étalera
finalement sur une année. Il obtient en octobre 1792 du ministre
de la Marine et des Colonies une imprimerie, de laquelle sortira le premier
journal de l’île Bourbon, qui prendra le 19 mars suivant le
nom de la Réunion.
Après la session de
la Législative, il remplit, à l'île Bourbon, les fonctions
de procureur-général syndic (25 pluviôse an II), de
président du tribunal criminel (26 prairial an XII), de président
du tribunal d'appel (27 thermidor an VI), et de président du tribunal
de première instance (an XII).
Louis-Marie Bertrand quitte
La Réunion pour la France, où il termine sa carrière
comme conseiller à la cour impériale de Limoges.
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