La
Proclamation de la IIIe République à La Réunion, le 3 novembre 1870. Extrait
de l'allocution du gouverneur de Lormel.
" Habitants de La Réunion,
miliciens, soldats,
L'Empire a cessé d'exister.
La République a été proclamée
à Paris, le 4 septembre, au nom du droit et de la défense nationale. Son
avènement s'est accompli sans lutte, sans déchirement et elle est devenue
immédiatement, du consentement de tous, le gouvernement de la France et
par conséquent le nôtre. En vous déclarant ce fait dès qu'il m'a été connu
indirectement, je vous ai demandé d'attendre sa consécration légale, dans
le calme, dans la concorde et avec le respect qui étaient recommandés
à la colonie par ses devoirs patriotiques et que lui prescrivaient plus
hautement encore les cruelles épreuves de notre patrie.
Je ne doutais pas que ces
pensées ne fussent les vôtres. Je vous avais compris et vous m'avez compris.
C'est pourquoi je viens aujourd'hui avec la même confiance dans la communauté
de nos sentiments inaugurer légalement le nouveau gouvernement de notre
pays. Que ne puis-je en même temps vous annoncer sa délivrance ; mais
le jour viendra ; ce ne sera pas en vain que la France aura prodigué tant
d'héroïsme pour repousser l'étranger de son sein et Dieu permettra que
nous la revoyions bientôt asseoir son indépendance sur le respect des
grands principes qu'elle a proclamés la première, son éternel honneur.
Les hommes qui, dans l'élan de leur patriotisme, ont accepté la mission
de la délivrance nationale, n'ont écrit que deux courtes phrases par leur
drapeau : " Chassons l'ennemi et qu'une constituante librement élue
dispose du sort de la France ". Ce programme politique que la France
a accepté est devenu le nôtre. La République de 1870 n'avait plus à accomplir
pour nous le grand acte de l'émancipation ... ".
Le 8 novembre 1870, le gouverneur
de Lormel promulgue le décret organisant des élections à l'assemblée constituante.
La Réunion dispose de deux
représentants et elle est appelée à les élire le 20 novembre alors qu'en
France les autorités ont décidé d'ajourner des législatives pour cause
de guerre mais ce qu'ignore le gouverneur ! Sont élus Alexandre
de La Serve et François
Césaire de Mahy. Ils obtiennent respectivement 12 850 et 12 145 voix
dans un scrutin où l'abstention est proche de 55 %.
Le 3 février 1871, c'est
au tour du décret organisant les élections au suffrage universel des conseillers
généraux, au nombre de 24, et des conseillers municipaux d'être promulgué
par de Lormel. Les élections sont programmées pour le 13 février. Ces
nouveaux conseils voient arriver en force les amis politiques d' Alexandre
de La Serve et de François Césaire de Mahy.
Le 8 mars, les élus du peuple
se réunissent en session. Le Conseil Général doit débattre de l'autonomie
financière des communes, du traitement des instituteurs et institutrices
et de la réorganisation du service de police.
Suite de la mort de son épouse
survenue à Saint Denis le 13 avril 1872, désirant accompagner sa dépouille
en métropole le Gouverneur De Lormel va interrompre ses fonctions du 21
septembre au 22 novembre 1873.
L'administration du gouvernement
De Lormel va être principalement marquée par le développement des écoles
primaires. Paradoxalement, ce mouvement se fait alors qu'il n'y a plus
dans l'île de responsable de l'instruction primaire. Théodore Drouhet
qui avait été nommé le 1er janvier 1866 a été mis à la retraite d'office
en 1869. Cette décision fut prise à la suite d'une enquête sur les finances
du lycée où de nombreuses irrégularités furent découvertes.
Depuis la révocation de Monsieur
Drouhet, le service de l'instruction primaire était assuré par le secrétariat
de la Direction de l'Intérieur. Convaincue de la carence de ce mode de
fonctionnement, la colonie va obtenir l'envoi d'une mission d'évaluation
du système éducatif. C'est l'Inspecteur Général Vian qui est chargé de
ce travail. Vian inspecte les établissements d'enseignement, dans son
rapport, il note que les maîtres laïques ne sont pas formés, contrairement
aux congréganistes. Il préconise la généralisation, à La Réunion, des
mesures scolaires française et la mise en place dans la colonie d'une
nouvelle organisation scolaire identique à celle des départements métropolitains
et, prioritairement, la création d'une école normale.
Les apparitions fréquentes
d'épidémie vont obliger, à la fin de son mandat, le Gouverneur De Lormel
à établir un service sanitaire permanent.
Le Gouverneur Louis Hyppolite
De Lormel quitte l'île, à sa demande, le 18 septembre 1875 et confie à
nouveau l'intérim à Monsieur Laborde jusqu'à l'arrivée du nouveau gouverneur
Pierre Aristide Faron, nommé par décret le 27 août 1875 et qui prend ses
fonction à La Réunion le 19 novembre 1875.
|