Révolte
des lycéens en mai 1866.
Janvier 1866,
Théodore
Drouhet est nommé Inspecteur de l’Instruction publique, en remplacement
de Louis Crivelli, admis à la retraite. Est alors désigné comme proviseur
un professeur de lycée, Monsieur Oscar Klein, c'est le gendre de Monsieur
Théodore Drouhet.
Une décision très contestée
par des notables de la ville, mais aussi par les élèves qui acceptaient
difficilement la rigueur disciplinaire exercée par le tandem Drouhet-Klein.
De leur côté, les professeurs dénonçaient ce népotisme qui leur était
imposé. D’ailleurs, c’est le jour de la cérémonie les installant dans
leurs fonctions, le 8 janvier 1866, que survint le premier incident. Le
professeur de philosophie, Jugand, ami de longue date de Théodore Drouhet,
depuis l’école Joinville où il avait exercé également, fit un discours
pour féliciter les nouveaux promus, au nom de ses collègues. Mais onze
des cinquante-trois professeurs et maîtres répétiteurs envoyèrent une
lettre de protestation au journal conservateur Le Moniteur pour publication.
Des professeurs, Firmin Cazamian et M. de Montforand furent à l’origine
d’une chanson publiée pour ridiculiser et abattre Drouhet et son gendre.
Théodore Drouhet réagit avec subtilité. Il dénonça les faits au directeur
de l’Intérieur et à la Commission d’Instruction publique, en apportant
par un écrit précis, les preuves que ces deux professeurs étaient bien
responsables et exigea des sanctions à leur encontre. Mais à sa grande
déception, les autorités ne suivirent pas ses recommandations. Les enseignants
concernés ne furent accusés que de légèreté et reçurent simplement un
blâme.
Pendant ce temps, les élèves
ne restaient pas inactifs. Ils avaient pris l’habitude de consigner leurs
plaintes dans une sorte de cahier de doléances qu’ils nommèrent L’Indépendance,
Le samedi 5 mai, à 20 heures, dans une salle d’étude, un dictionnaire
fut lancé à la tête d’un surveillant. Une bagarre générale s’en suivit.
Les deux cents élèves du Lycée impérial envahirent la rue pour demander
audience au directeur de l’Intérieur. Compte tenu de l’heure tardive,
il refusa de les recevoir. Théodore Drouhet prit l’affaire en main, il
obtient alors du gouvernement, la révocation d'un professeur, la mise
à la retraite d'office de trois autres et l'expulsion de quelques élèves.
Une fois connues, ces mesures ne firent qu'accentuer le mouvement de révolte.
La presse s'empara des événements et réclama une commission d'enquête
chargée de faire toute la lumière. Puis, dans un souci d'apaisement, le
Gouverneur amnistia les élèves expulsés et cassa l'arrêté du 7 mai. Les
professeurs pourront reprendre leurs activités. M. Klein démissionna de
ses fonctions de Proviseur. Sa démission est acceptée. L'inspecteur Drouhet
se rend en mission en France. Le lycée rouvre ses portes le 11 juin 1866.
Émeute à Saint-Denis du
29 novembre 1868 au 3 décembre 1868.
En fin année 1868, éclate
une vive polémique entre trois journaux le Moniteur, et le journal du
Commerce - journaux libéraux et anticléricalistes et la Malle organe du
parti clérical et des Jésuites. La polémique fait rage quand se répand
dans Saint-Denis, à la fin novembre, des bruits sur une affaire de mœurs
dans laquelle est impliqué Monsieur Charles Buet rédacteur en chef du
journal La Malle, il aurait commis un attentat à la pudeur sur le fils
d'un négociant à Saint-Denis.
Cette nouvelle se répand
comme un éclair et va mettre le feu aux poudres. Elle fournit motif à
une manifestation, le 29 novembre à vingt heures près de trois cents personnes
rassemblées devant la demeure de Monsieur Charles Buet, crient "A bas
Buet !", "A bas la Malle !", "A bas les Jésuites !". Les manifestants
se rendent ensuite devant l'évêché puis devant l'Hôtel de la Direction
de l'intérieur, le directeur de l'Intérieur Charles Gaudin de Lagrange
était connu pour ses liens privilégiés avec le journal la Malle et les
jésuites.
Le lendemain, le 30 novembre
1868, ce sont plus de 2 000 personnes qui manifestent dans les rues de
Saint-Denis, des manifestants sont à nouveau devant la maison de Monsieur
Buet pendant qu'un deuxième groupe s'attaque a la maison du propriétaire
de "La Malle" et qu'un troisième saccage le collège des Jésuites. Les
forces de l'ordre interviennent, charge les manifestants à la baïonnette,
le calme ne revint qu'à une heure du matin. Bilan : l blessé grave et
8 arrestations.
Le 1er décembre est une journée
calme. Les dionysiens encore sous le choc de l'émeute de la nuit précédente
font circuler des pétitions réclamant notamment : - le renvoi de Mr Gaudin
de la Grange - l'expulsion des Jésuites.
Le 2 décembre souhaitant
calmer les esprits, le Gouverneur décide d'organiser une démonstration
de force. Il donne l'ordre de convoquer la milice pour seize heures trente
pour la passer en revue. Mais estimant son ordre mal compris il reporte
à vingt heures ce même 2 décembre la convocation de la milice. C'est le
premier contre-ordre du Gouverneur Dupré.
Se rendant compte de l'heure
tardive, le Gouverneur, une fois à son hôtel, décide de reporter la convocation
au lendemain 3 décembre. C'est le deuxième contre-ordre du Gouverneur.
Cette série d'ordres et de contre-ordres va entraîner la plus totale confusion.
Quand la population toute
heureuse d'assister à la revue arrive sur la place de l'Hôtel de Ville
elle se trouve en présence de, Monsieur
Gaudin de la Grange, Monsieur Gibert des Molières, maire, de la troupe
d'infanterie et de son commandant le colonel Massaroli, mais le gouverneur
est absent il est dans ses appartements.
Le maire a beau expliquer
aux dionysiens que la revue est reportée au jeudi à dix huit heures, excités
par les soldats armés ils refusent de bouger.
Le Directeur de l'Intérieur
demande au maire de faire disperser la foule. Monsieur Gibert des Molières
refuse et répond qu'il n'exécutera un tel ordre que s'il émane du Gouverneur.
Monsieur Gaudin de la Grange
se rend à pied à l'Hôtel du Gouvernement faire un rapport au Gouverneur
et obtient de lui l'ordre de faire disperser la foule après trois sommations
réglementaires. Mis au courant peu après de la décision officielle du
Gouverneur, le maire n'ose pas s'y opposer. Il est vingt et une heures
trente. Ne comprenant pas la signification des sommations, la foule reste
immobile. Les soldats chargèrent alors sur une foule désarmée. Ce fut
une véritable boucherie. On compte neuf morts, une trentaine de blessés.
Le 4 décembre 1868, l'état
de siège est décrété. Le 4, une unité de la Marine qui croise à Maurice,
se détourne de sa trajectoire pour mettre ses militaires à la disposition
du gouverneur. Le directeur de l'Intérieur qui refuse de donner sa démission,
fait valoir ses droits à un congé de convalescence, et embarque pour la
France avec Charles Buet. Dans les jours qui suivent, l'école professionnelle
de La Providence, sur fond de controverse entre cléricaux et anti-cléricaux,
se retrouve au centre d'une série de débats tumultueux, débouchant sur
sa suppression le 8 mars 1869. Cette tragédie connaît un retentissement
national, presse et forces politiques françaises s'en emparent.
Déclaration du gouverneur
Dupré, le 3 décembre 1868.
" Habitants de Saint-Denis,
Des citoyens égarés, résistant
à toutes les sollicitations d'une autorité paternelle, taxant de faiblesse
de faiblesse la répugnance profonde de l'autorité pour le sang versé dans
la rue, n'ont pas craint d'attaquer à main armée les troupes réunies pour
la défense de l'ordre et le triomphe de la loi. Le malheur qu'on voulait
à tout prix conjurer n'a pu être évité : le sang a coulé dans les rues
de Saint-Denis.
L'autorité manquerait à son
premier devoir si elle ne prenait les mesures les plus sévères pour empêcher
le renouvellement de ces criminels désordres. Elle a déclaré la ville
en état de siège et se trouve munie des pouvoirs nécessaires pour arrêter
immédiatement tous les agitateurs et fauteurs de troubles. Mais si les
mauvais citoyens doivent trembler,que les bons se rassurent ! C'est dans
l'intérêt de leurs biens, de leurs existences, de l'honneur de leurs familles
que cette mesure décisive est prise.
Le gouverneur fait un appel
énergique à leur concours actif et à celui de la milice que la marche
rapide des évènements a empêché de réunir ce matin. Il faut que les hommes
de désordre et les amis de l'ordre se comptent. Il faut que ces derniers,
en se ralliant hautement à l'autorité, fassent voir où se trouve la majorité,
la véritable opinion, et qu'il soit clairement constaté pour chacun que
la lutte est désormais impossible ".
19 décembre 1868,
le gouverneur Dupré écrit un courrier au ministre lui relatant les évènements,
les émeutes de fin novembre et de décembre 1868. Lettre
de Dupré.
Marie Jules Dupré part pour
la France, laissant le poste de gouverneur intérim à l'Ordonnateur Laborde,
le nouveau gouverneur nommé le 31 août 1869, Louis Hyppolite de Lormel
prend ses fonction le 26 novembre 1869.
A son retour en France la
carrière de Dupré n'aura pas à souffrir des évènements de 1868.
En 1870, Dupré reçoit le
commandement de la division des Mers de Chine.
En 1871, il est nommé gouverneur
de Cochinchine.
Nommé vice-amiral en 1875,
Dupré est préfet maritime de Rochefort, près de Toulon.
Atteint par la limite d'âge,
il quitte le service en 1878 et se voit proposer le portefeuille de ministre
de la Marine qu'il ne croit pas devoir accepter. Il meurt à Paris le 8
février 1881.
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