Il fait face au redressement économique de la France, à
la naissance de la force de dissuasion et au règlement de la guerre
d'Algérie. Son temps à l'hôtel Matignon est marqué
par de multiples réalisations qui vont de l'établissement
de la paix scolaire à la naissance du Centre national d'études
spatiales.
Michel
Debré et La Réunion.
10 juillet 1959, Michel Debré
découvre La Réunion lors d'un voyage de moins de vingt-quatre heures avec
le Président.
Après le référendum du 14
avril 1962 approuvant les accords d’Évian, de Gaulle le remplace par Georges
Pompidou. En novembre, à l’occasion des élections législatives qui ont
suivi la dissolution de l’Assemblée Nationale, il tente de se faire élire
député en Indre-et-Loire. Battu, il décide en mars 1963 de se présenter
à l'élection législative partielle à la Réunion.
En effet le Conseil constitutionnel en raison des trop nombreuses irrégularités
ayant entaché le scrutin de novembre 1962 a invalidée le
22 février 1963, les résultats de la première circonscription.
Ce choix surprenant s'explique
par sa crainte de voir ce qui reste de l'empire colonial français
suivre la voie empruntée par l'Algérie, une indépendance dont il ne se
console pas.
Ainsi, Michel Debré prend
acte de la fondation par Paul
Vergès quelques années auparavant du Parti communiste réunionnais,
un mouvement qui réclame l'autonomie de l'île et la suppression du statut
de DOM et qui a organisé quelques jours auparavant de grandes manifestations
dans l'île.
18
mars 1963, Michel Debré fait officiellement savoir qu'il
est candidat à l'élection législative partielle dans
la première circonscription de La Réunion. " J'ai naturellement
hésité, et j'ai donné mon accord ... Lorsque les
élus réunionnais sont venus me voir, j'ai demandé
une audience au Général de Gaulle. C'était une très
grave décision à prendre, mais je l'ai prise et je ne l'ai
pas regretté. Le Général m'a donné son accord...
Il semble bien que le processus
de désignation ait été décleché par
l'Elysée bien avant la fin février, En effet le 26 février
1963, Georges
Repiquet sénateur de La Réunion est reçu par
le Président de La République, il déclare : "
voici pour mémoire ce que le Général de Gaulle m'a
dit. La Réunion c'est la France. Je n'ignore pas que vous ayez
des problèmes et que ces problèmes vous préoccupent
en raison de leur importance, mais la France est un grand pays et peut
les solutionner. Une chance s'offre à vous pour les résoudre,
c'est la présence de M. Debré. Je serai tout disposer à
conseiller à Debré de poser sa candidature à La Réunion,
à la condition expresse que La Réunion, à l'exception
des communistes souhaite sa candidature ".
15
avril 1963, plus de 3 000 personnes accueillent à Gillot,
avec un enthousiasme sans précédent Michel Debré,
ancien Premier ministre du Général de Gaulle. L'arrivée
de Michel Debré dans l'île entraîne l'afflux d'une
horde de journaliste. Dans la foulée de son arrivée à
l'aéroport, il se rend à un rassemblement devant l'ancien
hôtel de ville de Saint-Denis, organisé par son collaborateur,
l'ancien ministre Christian de La Mallène. C'est là que
pour la première fois Michel Debré prend la parole en public
pour sa campagne. Le Figaro rapporte : " Il insista sur le fait qu'il
était le compagnon du Général de Gaulle... Son adversaire
réclamant l'autonomie de la Réunion, l'ancien Premier ministre
s'attacha à démontrer que cela entraînerait la séparation
de la France, l'indépendance et la servitude à Moscou ou
à Pékin... ".
1
er mai 1963, point culminant de la campagne de Michel Debré,
un imposant rassemblement est organisé par l'A.R.D.F, place Sarda
Garriga à Saint-Denis, selon le JIR 15 000 personnes, selon le
Monde 10 000 personnes. Ce rassemblement prend l'allure d'un plébiscite
en faveur de l'attachement de La Réunion à la France métropolitaine.
Après un discours enflammé au cours duquel Michel Debré
réaffirme que le seul espoir de développement, de liberté
et d'égalité, ne peut se faire que dans l'ensemble français.
Le candidat est hissé sur des épaules et porté en
triomphe.
Dans la première circonscription
deux candidats sont opposés, Paul Vergès PCR et Michel Debré
UNR. Debré est soutenu par les socialistes que l'autonomie rebute.
Michel Debré engage dans l'île
un véritable marathon électoral qui le conduit directement
au contact de la population. Une moyenne de 4 réunions par jours,
et jusqu'à 7 le dimanche 28 avril, au total 70 réunions
en 3 semaines.
6 mai 1963, Michel Debré
est élu député de La Réunion avec 80.75 %
des suffrages exprimés, 30 908 voix contre 7 365 pour Paul Vergès.
Il est élu malgré l'opposition que suscite localement la mesure frappant
les fonctionnaires d'outre-mer qu'il a prise en 1960,
l'ordonnance Debré.Il devient immédiatement le leader
de la droite locale. Il exercera son mandat de député de La Réunion
pendant vingt-cinq ans et dans le même temps sera maire d'Amboise et conseiller
général d'Indre-et-Loire.
Ordonnance Debrè
du 15 octobre 1960. Prise par le Premier ministre Michel Debré,
en vertu de la loi du 2 février 1960, l'ordonnance Debré
est une ordonnance qui autorise les pouvoirs publics français à
procéder à l'exil forcé en métropole des fonctionnaires
de l'outre-mer troublant l'ordre public. L'ordonnance pose que :
" les fonctionnaires de l'État
et des établissements publics de l'État en service dans
les DOM dont le comportement est de nature à troubler l'ordre public
peuvent être, sur la proposition du préfet et sans autre
formalité, rappelés d'office en Métropole par le
ministre dont ils dépendent pour recevoir une nouvelle affectation.
Cette décision de rappeler est indépendante des procédures
disciplinaires dont ces fonctionnaires peuvent faire l'objet. Elle est
notifiée par l'intermédiaire du Préfet qui peut prendre
toutes mesures nécessaires à son exécution. "
1961, Le préfet de
La Réunion, Jean François Pierre Perreau-Pradier, applique
l'ordonnance Debré. Il renvoie en métropole de 1961 à
1962 treize fonctionnaires communistes agitateurs :
En février 1961 :
- Boris Gamaleya, professeur de collège et son
épouse Clélie Gamaleya, professeur certifiée de Lettres.
En août 1961 :
- Bernard Gancarski, professeur de l'Enseignement Technique.
- Georges Thiebaut, inspecteur des Douanes.
- Gervais Barret, professeur de collège et son épouse Nelly
Barret, institutrice.
- Jean-Baptiste Ponama, professeur de collège.
- Jean Le Toullec, adjoint technique de l'Équipement.
- Joseph Quasimodo, agent du Trésor.
- Max Rivière, professeur de collège.
- Pierre Rossolin, inspecteur des PTT.
- Roland Robert, professeur de collège.
En 1962 :
- Yvon Poudroux, agent de la Direction Départementale
de l'Équipement.
A noter également
que le 16 juin 1961, Paul Vergès est inculpé pour atteinte
à la sûreté de l'État pour avoir réclamé
l'autonomie de La Réunion.
L'élection de Michel
Debré comme député de La Réunion, son long
passage dans l'île et le poids qu'il conserve à Paris vont
avoir des résultats importants. D'abord, la presse nationale s'intéresse
à La Réunion : sous ce regard, il y aura progressivement
moins de fraudes et d'abus. Ensuite, Debré lui-même est scandalisé
par le retard sanitaire et sociale de l'île : le rattrapage va s'accélérer
avec lui dans tous les domaines, car le député ministre
n'hésitera pas à aller taper du poing dans les administrations
centrales pour faire avancer les dossiers. Enfin, la hantise de l'autonomie,
sans cesse exprimée par Michel Debré, servira d'aiguillon
dans la marche vers l'égalité, à un point tel qu'un
jour, cette revendication sera oubliée par le partie communiste
réunionnais.
Pour justifier la départementalisation
de l'île survenue en 1946 et préserver ses habitants de la tentation indépendantiste,
il met en œuvre une politique de développement axée sur la gestion de
l'urgence démographique et de la misère qu'elle engendre dans laquelle
les observateurs ont reconnu l'attention accordée par son père Robert
aux questions sociales. Il fait ouvrir dans l'île le premier centre d'orientation
familiale. Il procède par ailleurs à la création de nombreuses cantines
scolaires où il fait distribuer gratuitement du lait en poudre aux enfants,
le lait Debré. Il lutte personnellement pour obtenir de Paris la création
d'un second lycée dans le sud de l'île, au Tampon : il n'y en alors qu'un
seul à Saint-Denis pour plusieurs centaines de milliers d'habitants, le
Lycée Leconte de Lisle. Il développe également le Service militaire adapté
créé par Pierre Messmer.
Considérant que la démographie
de l'île est une menace pour son développement, Michel Debré organise
durant les années 1960 la migration des Réunionnais vers la métropole.
Il crée pour ce faire le BUMIDOM et le CNARM. Dans le même état d'esprit,
il fait procéder au déplacement vers l'Hexagone de plus d'un millier d'enfants
arrachés à leur famille en vue de repeupler certains départements métropolitains
en cours de désertification, notamment la Creuse. Au professeur Denoix
qui s'insurgeait de ces pratiques, il répondit dans une lettre : « L'entreprise
doit être poursuivie avec d'autant plus de constance qu'elle peut être
combinée avec un admirable mouvement d'adoption que nous n'arrivons pas
toujours à satisfaire. »
On lui reproche également
d'avoir étouffé la culture réunionnaise, notamment le maloya. Genre musical
inspiré des pratiques des esclaves, il présentait en effet un profil désavantageux
aux yeux de l'élu dans la mesure où il suscitait des sympathies autonomistes.
1963, Michel Debré, alors député
de La Réunion se préoccupe de la protection du patrimoine
réunionnais, il écrit :
" Parmi les graves et
urgents problèmes de La Réunion, il en est un qui ne paraît
pas des plus importants et qui mérite cependant d'être pris
en considération par les pouvoirs publics, par les hommes de l'art,
et aussi par chaque Réunionnais :
je veux parler du classement
des sites, des quartiers de villes, des monuments qui méritent
d'être protégés pour leur beauté, leur intérêt
artistique ou historique. Jusqu'à présent, le problème
a été laissé de côté, mais la modernisation
de l'île, son expansion démographique, les multiples transformations
que l'on constate et celles que l'on imagine imposent un examen. Encore
une fois, il ne s'agit pas, tant s'en faut, du premier de nos problèmes,
mais il existe. Ce serait une erreur que de ne pas l'examiner, pire encore
de le mépriser.
La Réunion est fière
de son passé et le sentiment populaire est tissé d'une longue
tradition. Il est dommage que la grotte où habitaient les premiers
débarqués soit laissée à l'abandon. Il n'est
pas indifférent que demeurent ou soient détruits les bâtiments
de la Compagnie des Indes, l'ancien collège des Lazaristes ou le
vieux portail du lycée Leconte de Lisle. Toutes les générations
se retrouvent, ou se recherchent dans leur passé. Des prêts
à bas taux d'intérêt pourraient être consentis
aux propriétaires de vieilles maisons créoles pour les aider
à les restaurer : c'est, en faveur du tourisme, une dépense
qui en vaut bien d'autres. Le tourisme peut être un utile appoint.
Mais si l'on laisse se gâcher le site de Cilaos, si la plage à
la mode perd son charme, si les maisons créoles disparaissent,
si le style nouveau est dépourvu de tout caractère, pourquoi
venir à La Réunion ? Il faut protéger sites, monuments,
maisons et rues typiques. Une action en ce sens, modérée
dans son extension mais rigoureuse dans son application, doit prendre
place désormais dans les préoccupations des autorités
publiques. Tout urbanisme rénovateur doit laisser sa place à
la sauvegarde d'un passé qui est à la fois l'expression
d'une âme et la source d'une richesse. "
Son engagement réunionnais
n'empêche pas Michel Debré de se voir confier de nouveaux postes. Il accepte
surtout plusieurs portefeuilles ministériels, à commencer par celui de
l'Économie et des finances. Il sera également aux Affaires étrangères
puis à la Défense au début des années 1970.
5 mars 1967
et 12 mars 1967, élections législatives, Michel Debré
est réélu député de La Réunion dans
la première circonscription, étant toujours en poste au
gouvernement comme Ministre de l'Économie et des Finances, il laisse
son poste de député à Henry
Sers son suppléant le 8 mai 1967.
Juin 1968, une nouvelle fois
Michel Debré est élu député de La Réunion
dans la première circonscription est une nouvelle fois il laisse
sa place à l'assemblé nationale à Henry Sers le 12
août 1968, Michel Debré est Ministre des Affaires étrangères
en 1968 et Ministre de la Défense nationale en 1969. Henry Sers
reste en poste à l'assemblée Nationale jusqu'en avril 1973.
Il quitte définitivement
le gouvernement de la France en 1973 et cesse volontairement d'appartenir
au Parlement en juin 1988.
Candidat à l'élection présidentielle
de 1981, il ne recueille que 1,66 % des voix.
Juin 1981, Michel Debré
se présente une nouvelle fois aux élections législatives
de La Réunion, dans la première circonscription, il est
élu au deuxième tour avec 32 150 voix, soit 59.18 % des
suffages exprimés, face à Bruny Payet, 22 178 voix, 40.82
% des suffrages exprimés. Résultats
des élections législatives de juin 1981 à La Réunion. Il est réélu
député de La Réunion dans la première cisrconscription
en 1986.
24 mars 1988, il est élu
au premier fauteuil de l'Académie française, succédant au prince Louis
de Broglie mort le 19 mars 1987. Sa réception officielle eut lieu le 19
janvier 1989. Après sa disparition, il fut remplacé, le 20 mars 1997,
par François Furet, mort avant d'avoir pu siéger sous la Coupole, puis,
le 18 juin 1998, par René Rémond.
Atteint de la maladie de
Parkinson durant les dernières années de sa vie, il meurt le 2 août 1996.
Il est enterré au cimetière d'Amboise, commune dont il a été maire de
1966 à 1989.
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