Répression
et expulsion deviennent le lot quotidien des républicains. En 1796,
le père Lafosse, bien que privé de ses droits politiques, organise
une riposte populaire. Les esclaves sont toujours traités comme des biens
meubles et un impôt est même institué par tête d'esclave. Le curé
organise la résistance et prêche la grève de l'impôt. Pour entraver le
soulèvement, les autorités coloniales s'engagent dans la répression
et les insurgés finissent par s'incliner.
En février 1798,
une nouvelle alarmante parvient à la Réunion. Bonaparte
a pris le pouvoir par la force en septembre 1797 et a renvoyé deux
des cinq membres du Directoire, deux pro-royalistes. Ce qui signifie un
retour en force des républicains et par là la renaissance
de la menace abolitionniste pour la Réunion.
28 Mars 1798. C’est
dans cette atmosphère tendue qu’éclate, une insurrection
communément appelé " l'Insurrection du Sud " qui
va enflammer tout le sud de l’île. 8 germinal an V ( 28 mars
1798 ), où se distingue Alexandre Belleville, ancien sergent du
régiment de Pondichéry et le Père Lafosse.
L’arrêté
du 19 ventôse ( 9 mars 1798 ) a mis le feu aux poudres. En effet
cet arrêté notifie aux contribuables en retard la saisie
de leurs biens, la population ne peut plus payer ses impôts. Ainsi
la rébellion du Sud est en premier lieu l’expression d’une
opposition à cette décision et plus généralement
à l’ensemble de la politique fiscale de l’Assemblée.
Mais c’est aussi une réaction patriotique contre la classe
dirigeante soupçonnée de vouloir s’allier aux Anglais.
Cette crise va brutalement
se dénouer. Dans la nuit du 30 germinal au Ier floréal,
quelque quatre cents insurgés, envahissent Saint-Leu, obligeant
le commandant Philippe Antoine Jacob de Cordemoy à exiger leur
départ de la commune. On lui oppose un refus. Pendant toute la
journée du 22 avril, les deux armées vont se faire face
et tenter de négocier. Finalement, Jacob de Cordemoy n’aura
pas à utiliser les armes. Il obtient la reddition de Belleville
qui accepte de déposer les armes et de se retirer. Le curé
Lafosse est arrêté le 28 avril 1798 au Gol à Saint-Louis,
dans la case d’une négresse où il s’est réfugié.
Plusieurs pièces à conviction saisies dans la maison tendent
à prouver une participation active des esclaves. En tout ce sont
quatorze Blancs, dont Lafosse et Belleville et quatre esclaves qui sont
traduits devant les tribunaux le 26 mai 1798. Alors que les meneurs risquent
la peine de mort, l’Assemblée se contente de les renvoyer
de la colonie. Il est donc décidé que ces derniers seront
déportés aux Indes. Mais embarqués sur la Laurette,
le 8 juin1798, ils obligent l’équipage à mettre le
cap sur les Seychelles.
En décembre 1798, on signale
le retour dans l'île de la plupart des condamnés, à l'exception du Père
Lafosse, qui restera en exil jusqu'en 1802.
Affaibli, découragé, vieillissant , il n'est plus considéré comme un élément
subversif.
1803,
Lafosse est de nouveau le curé de Saint-Louis. Le 30 décembre 1803, le
sous-préfet Chanvallon lui adresse une lettre dans laquelle il lui dit
:
" Étant instruit que
depuis votre retour en cette colonie vous avez repris à Saint-Louis l'exercice
du ministère sacré, mais que l'ancienne administration avait refusé de
vous allouer le traitement fait aux autres curés... Je crois devoir déclarer
que d'après le serment de fidélité à la République que vous avez fait
dernièrement, ainsi que vos autres confrères, cous êtes reconnu pour curé
de la paroisse de Saint-Louis, et qu'en conséquence vous jouissez des
prérogatives et émoluments attachés à vos fonctions. Je vous laisse le
maître de rendre cette lettre publique si vous le jugez à propos."
L'acte de décès du Père Lafosse
mentionne la date du 12 octobre 1820.
Assassiné, a retenu la mémoire populaire, version qui ne tient pas la
route, aucun document ne venant le confirmer.
Le Père Lafosse est rentré
dans l'histoire de Saint-Louis et de l'île de la Réunion, grâce à la dévolution
populaire il laisse aujourd'hui une réputation de sainteté, qui vaut à
son tombeau une vénération qui défie les ans.
Les réunionnais, le 20 décembre,
pour la commémoration de la date anniversaire de l'esclavage se rendent
au cimetière
des âmes perdues, pour rendre hommage aux esclaves et à leur protecteur,
qui y sont enterrés. Une façon de perpétuer le souvenir de cet homme qui
avait voulu la liberté pas seulement pour lui mais aussi pour tous les
hommes.
Unique en son genre, premier
vestige d'un passé douloureux, on trouve dans le cimetière des âmes perdues,
les reliques des premiers esclaves de Bourbon, à côté de celles des premiers
habitants du quartiers. Il abrite la tombe du Père Lafosse, curé et maire
de Saint-Louis, mais surtout grand militant abolitionniste.
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