C’est
dans cette atmosphère tendue qu’éclate, au mois de mars 1798,
une insurrection communément appelé " l'Insurrection du Sud"
qui va enflammer tout le sud de l’île. 8 germinal an V ( 28 mars
1798 ), où se distingue Alexandre Belleville, ancien sergent du régiment
de Pondichèry et le Père Lafosse.
L’arrêté du 19 ventôse (
9 mars ) a mis le feu aux poudres. En effet cet arrêté notifie aux contribuables
en retard la saisie de leurs biens, la population ne peut plus payer ses
impôts. Ainsi la rébellion du Sud est en premier lieu l’expression d’une
opposition à cette décision et plus généralement à l’ensemble de la politique
fiscale de l’Assemblée. Mais c’est aussi une réaction patriotique contre
la classe dirigeante soupçonnée de vouloir s’allier aux Anglais.
Cette crise va brutalement
se dénouer. Dans la nuit du 30 germinal au Ier floréal, quelque quatre
cents insurgés, envahissent Saint-Leu, obligeant le commandant Philippe
Antoine Jacob de Cordemoy à exiger leur départ de la commune. On lui oppose
un refus.
Pendant toute la journée
du 22 avril, les deux armées vont se faire face et tenter de négocier.
Finalement, Jacob de Cordemoy n’aura pas à utiliser les armes. Il obtient
la reddition de Belleville qui accepte de déposer les armes et de se retirer.
Le curé Lafosse
est arrêté le 28 avril au Gol à Saint-Louis, dans la case d’une négresse
où il s’est réfugié. Plusieurs pièces à conviction saisies dans la maison
tendent à prouver une participation active des esclaves.
En tout ce sont quatorze
Blancs ( dont Lafosse et Belleville ) et quatre esclaves qui sont traduits
devant les tribunaux. Alors que les meneurs risquent la peine de mort,
l’Assemblée se contente de les renvoyer de la colonie. Il est donc décidé
que ces derniers seront déportés aux Indes.
Mais embarqués sur la Laurette,
le 27 mai 1798, ils obligent l’équipage à mettre le cap sur les Seychelles.
L'insurrection matée, différentes
mesures sont prises pour réorganiser la colonie, mais elles ne suffissent
pas à apaiser les tensions que connaît La Réunion.
13 février 1799,
( 25 pluviôse an VII ), La Réunion est confrontée à une nouvelle crise.
Une conjuration et une mutinerie de la Garde Nationale, visent à renverser
la représentation Coloniale. Cette révolte, déjouée, entraînera d'importantes
mesures de répression, tant les craintes suscitée étaient vives. 64 personnes
sont déportées, 16 à Foulpointe et les autres à Fort-Dauphin. Madagascar
jouissant de la représentation d'une destination peu clémente, la déportation
est en fait un habile stratagème pour une condamnation à mort discrète.
Octobre 1799, un complot
d'esclaves est déjoué à Sainte-Rose. un esclave, Jacoto, est dénoncé et
arrêté. Il implique onze autres esclaves. Tous ont souhaité mettre fin
à la suprématie des Blancs, responsables de leur servitude. Et malgré
la faiblesse de l’accusation, ils font l'objet d'un châtiment d'une violence
extrême, exécuté avec une mise en scène terrifiante. C'est exposés, à
la volée d'un canon, que les principaux condamnés sont exécutés, en présence
de la garde nationale sous les armes et d'un grand nombre d'esclaves.
Mais, mansuétude remarquable, les noirs de chaîne, seront toutefois autorisés
à donner une sépulture aux lambeaux des cadavres.
Dans les mois qui suivent,
c'est la tentative d'indépendance qui domine la vie politique dans la
colonie. Une indépendance qui permettrait d'échapper à l'application des
mesures abolitionnistes et que la colonie n'entend pas appliquer. L’assemblée
réunionnaise ne croit pas en une République conciliante. Elle se refuse
à accepter l’abolition et voit toujours la France comme l’ennemi de la
colonie . Ensuite les relations entre la Réunion et l’Ile de France sont
empreintes de méfiance. L’ancienne île Bourbon n’ignore pas que le gouverneur
général Malartic condamne la façon dont elle traite le commandant Jacob
auquel elle a enlevé peu à peu les prérogatives.
Du dernier trimestre de l'année
1800
au premier trimestre de l'année qui suit, La Réunion vit une ultime tentative
d'insurrection ayant Saint-André comme théâtre.
1802
sera enfin une année calme.
14 mars 1803,
le sénatus-consulte de 1802 est proclamé dans la colonie.
Octobre 1803, Philippe Antoine
Jacob de Cordemoy prend sa retraite, le 27 septembre c'est François Louis
Magallon Comte de La Molière qui est désigné commandant de La Réunion,
il prend possession de son gouvernement le 18 octobre 1803.
Philippe Antoine Jacob de
Cordemoy se retire dans un premier temps sur sa propriété de Ravine-Glissante,
à Sainte-Rose, avant de passer ensuite à l'Isle de France, où il meurt
le 7 octobre 1820.
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