Philippe
Émile Jullien est nommé gouverneur de La Réunion, il arrive à la colonie,
le mardi 18 janvier 1910
à bord de l'Adour avec son chef de cabinet M. Guilhermet.
Les républicains locaux
lui font un accueil délirant, avec à son arrivé au
Port un discours du maire de la ville, Saint-Ange Doxile. Discours patriotiques
également du président de l'Action Républicaine,
le Docteur Azéma et du Vénérable de la Loge de l'Amitié,
M. Jules Palant. L'éditorialiste du journal républicain
réunionnais Le Peuple, annonçant son arrive avait écrit
" ... son passé est plein de promesse pour l'avenir... ".
Accueil moins chaleureux
à Saint-Denis où le maire de Saint-Denis Le Cocq du Tertre
et celui de Saint-Pierre Germain Choppy font des allusions appuyés
à l'appaissement réussi par son prédécesseur,
ils sont suspicieux " on le dit chargé par le ministre des
Colonies Georges Trouillot de la laïcisation totale de La Réunion.
Les législatives de 1910
:
L’ouverture de la campagne
de 1910 voit s’affronter les candidats suivants :
- dans la première circonscription,
Lecocq du Tertre, maire de Saint-Denis, contre le député sortant
Lucien Gasparin.
- dans la seconde circonscription,
Georges Boussenot, homme de gauche, contre Archambaud,
successeur de
François de Mahy.
Philippe Émile Jullien, intervient
dans le déroulement de la campagne, en effet le gouverneur fait savoir
clairement qu’il souhaite l’élection de Lucien Gasparin et de Georges
Boussenot, candidats du ministre, comme il se plaît à les qualifier dans
une lettre envoyée à plusieurs maires.
Le 17 mars 1910, le gouverneur
Jullien dissout le conseil municipal de la Plaine-des-Palmistes, à la
suite d’un long conflit entre ce dernier et l’administration. Il faut
donc le 10 avril procéder à de nouvelles élections municipales qui donneront
lieu à des fraudes manifestes. Certains électeurs de la Plaine-des-Palmistes
protestent et organisent une manifestation contre ces tricheries. Le procureur
de la République, Allard, dévoué au gouverneur, fait arrêter quatorze
habitants, dont un huissier, M. Constant. Ils seront jugés, le 12 avril,
au palais de justice de Saint-Denis.
Le 12 avril 1910 beaucoup
de gens se retrouvent à la gare pour attendre l’arrivée du train dans
lequel se trouvent les inculpés. Une manifestation est organisée par M.
Lecocq du Tertre, maire de Saint-Denis et par de nombreux conseillers
municipaux ; les employés de la mairie avaient même reçu congé à cet effet.
A l’arrivée du train, la foule composée de cinq cents individus environ
se mit à manifester bruyamment, M. Lecocq se tournant vers la foule s’écria
: " Et maintenant, mes amis, allons protester auprès du chef de
la colonie et exiger de lui la mise en liberté immédiate de Constant
".
Dans un rapport qu’il adresse
au ministre des Colonies, le gouverneur Jullien donne sa version des événements
et fait état du traitement que la foule lui a infligé :
" ...au milieu des
cris, de la bousculade grandissante et sous l’œil indifférent sinon approbateur
de M. le Maire, j’ai tenu tête à l’orage pendant trois quarts d’heure
environ, nu-tête sous le soleil, des poings brandis vers mon visage. "Enfin
il advint ce qui devait arriver... Violemment entraîné dans les marches,
succombant à la fatigue, à moitié dévêtu, je me suis arraché, sans savoir
comment, aux mains de ceux qui me tenaient et je me suis retrouvé au haut
de l’escalier pour voir M. Dubarry luttant contre cinq ou six individus
qui criaient " A mort " et l’ont grièvement contusionné...
"
La sanction tombe le lendemain,
le Conseil municipal de Saint-Denis est dissout. Il n’y aura donc pas
de conseil municipal pour les élections législatives et Saint-Denis sera
administrée jusqu’à cette date par une commission administrative.
Le 24 avril arrive "
Jamais de mémoire d’homme, on n’aura vu de pareilles élections
", écrit la presse dès le lendemain.
Plusieurs incidents sont
venus émailler le déroulement du scrutin. Élection de Gasparin, dans la
première circonscription. Dans la seconde, Archambaud, candidat de l’opposition,
est reconduit à son siège.
Le scandale des élections
va dépasser les rivages de la colonie et sera porté à Paris. Les conséquences
sont immédiates : le secrétaire général du gouvernement, Albert Antoine
Baptiste Dubarry et le gouverneur Philippe Émile Jullien sont mis en disponibilité
et quittent La Réunion le 2 juillet 1910, par le Natal.
En septembre 1910, arrive
le nouveau gouverneur de La Réunion François Pierre Rodier, il prend ses
fonction le 18 septembre 1910.
Philippe Émile Jullien de
retour à Paris abandonne la carrière coloniale et meurt
deux ans plus tard le 24 juillet 1912 à Paris à l'âge
de 67 ans.
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