Le
15 mai 1794, l'Assemblée coloniale prononce la peine de mort contre ceux
qui lui donneraient asile. Un détachement de cent hommes est chargé de
l'arrêter.
" Saint-Félix se réfugia
chez M. Désorchères, riche habitant de Bras-Panon. Ne voulant pas exposer
plus longtemps cet hôte généreux, M. de Saint-Félix erra plusieurs jours
dans les bois et dans les habitations voisines. Poursuivi comme une bête
fauve, harcelé de toutes parts, il fut enfin prix le 22 mai 1794, traîné
à Saint-Denis, et renfermé comme un criminel dans l'une des ailes de l'hôtel
du gouvernement, dont on avait fait un cachot ".
Le 27 mai, Saint-Félix rejoint
à la prison de la Tour à l'Isle de France, Duplessis, ancien gouverneur
de Bourbon et Tirol le commissaire civil, pour partager leur sort. L'arrestation
de Saint-Félix marque dans la colonie le triomphe des sans-culottes et
la défaite de leurs adversaires.
S'installe alors pendant
quelques mois un régime inspiré par les idéaux égalitaristes des sans-culottes
:
le taux de l'impôt dépend
de la richesse en esclaves, les membres de l'Assemblée coloniale perçoivent
désormais une indemnité qui permet à des habitants pauvres de devenir
députés.
Tout ce qui rappelle l'Ancien
Régime est banni et ses partisans sanctionnés.
Le 8 septembre 1794, l'Assemblée
coloniale apprend, la nouvelle de l'abolition de l'esclavage, décidée
par la Convention, sept mois plus tôt.
DECRET N° 2262. DE
LA CONVENTION NATIONALE du 16. jour Pluviose, an second de la République
Française, une & indivisible, Qui abolit l'Esclavage des Nègres dans
les Colonies.
La Convention Nationale déclare
que l'esclavage des Nègres dans toutes les Colonies est aboli ; en conséquence
elle décrète que les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans
les colonies, sont citoyens Français, & jouiront de tous les droits
assurés par la constitution. Elle renvoie au comité de salut public, pour
lui faire incessamment un rapport sur les mesures à prendre pour assurer
l'exécution du présent décret.
Visé par les inspecteurs.
Signé Auger, Cordier & S.E. Monnel.
Collationné à l'original,
par nous président & secrétaire de la Convention Nationale. A Paris,
le 22 Germinal, an second de la République Française, une & indivisible.
Signé AMAR, président ; A.M. Baudot, Monnot, Ch. Pottier & Peyssard,
secrétaires.
Au nom de la République,
le Conseil exécutif provisoire mande & ordonne à tous les Corps administratifs
& Tribunaux, que la présente loi ils fassent consigner dans leurs
registres, lire, publier & afficher, & exécuter dans leurs départements
& ressorts respectifs ; en foi de quoi nous y avons apposé notre signature
& le sceau de la République. A Paris, le vingt-deuxième jour de Germinal,
an second de la République Française, une & indivisible. Signé Buchot,
président par intérim, Contresigné Gohier. Et Scellée du sceau de la République.
Ce décret fut appliqué à
Saint-Domingue et à la Guadeloupe, mais non à la Martinique qui était
occupée par les Britanniques, ni dans les Mascareignes, La Réunion, et
l'Île de France par suite de l'opposition de l'administration locale.
1795,
la conjoncture politique change, un virage politique s'opère, c'est la
fin du sans-culottisme.
Le 19 octobre 1795, un nouveau
gouverneur est nommé, Philippe Antoine Jacob de Cordemoy, mettant fin
à l'intérim de Pierre Alexandre Roubaud.
Dans sa lettre à l'assemblée
coloniale, Roubaud note que :
" Les talents militaires
et les qualités essentielles de l'officier qui me remplace assurent à
la colonie la paix et la tranquillité qui ont constamment régné pendant
mon administration, fruit de l'heureuse intelligence qui a existé entre
le corps législatif et le pouvoir exécutif ".
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