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Pierre
Louis Alfred Duprat est né en 1880, ancien chef de cabinet du
ministre Georges Trouillot de 1909 à 1910, gouverneur de 2e classe de
l'Inde de juillet 1911 à octobre 1913, il est nommé par décret du 28 septembre
1913, gouverneur de La Réunion.
Le nouveau gouverneur Duprat
embarque le 30 octobre 1913 sur le Melbourne et arrive à La Réunion le
23 novembre 1913.
Le gouverneur Duprat sera
à la tête de la colonie pendant pratiquement toute la durée de la Première
guerre mondiale. La participation de La Réunion à la Première Guerre mondiale
se traduit par l’envoi de nombreux Réunionnais aux combats dans la métropole
et sur le front grec.
En début d'année
1914, le gouverneur Duprat supervise la campagne électorale des
éléctions législatives, elle se déroule dans
un climat malsain de violence. L'administration ( le gouverneur ) après
avoir désigné les candidats officiels, les soutient jusqu'au
bout et cautionne les pires méthodes employées par eux pour
être victorieux.
26 avril 1914, élections
législatives.
Lucien
Gasparin, du Parti radical socialiste, maire de Saint-Denis, brigue
un nouveau mandat de député lors des législatives
du 26 avril 1914. Il est élu à la 1er circonscription, 8
309 voix contre 3 472 pour Charles Brunet Millon.
La deuxième circonscription
est remportée par Georges
Boussenot, du Parti radical socialiste, opposé à Robert
Le Coat de Kerveguen. Ces élections furent particulièrement
violentes, quatorze morts, 300 blessés et sont
considérées comme une grande catastrophe à la Réunion.
Charles Brunet Millon, candidat
dépité va s'en prendre au gouverneur Pierre Louis Alfred
Duprat :
" La Réunion
est fatigué des gouverneurs politiciens. Ils déconsidèrent
leur fonction jusqu'à se faire les agents d'un parti politique,
ils favorisent la dilapidation des deniers communaux. Entre leurs mains,
le budget colonial n'est plus qu'un fonds électoral. A la pression
administrative s'ajoute l'oppression policière, les citoyens sont
arbitrairement fouillés, arrêtés sur des faux témoignages,
ils sont jetés en prison ... Allez-vous en, vous nous écœurez
". L'action de l'île de La Réunion. Le 21 avril 1914.
Ordre de mobilisation.
Saint-Denis, le 4 août 1914. Le gouverneur de La Réunion, Duprat.
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Les hommes de la réserve et de l'armée territoriale nés à La Réunion,
ayant servi dans l'armée active et appartenant aux classes 1892 et suivantes
sont rappelés sous les drapeaux.
Les réservistes et territoriaux
non originaire de la Colonie sont rappelé sous les drapeaux, quelle que
soit la classe à laquelle ils appartiennent. Sont dispensés de rejoindre
les agents des administrations publiques indiqués dans les tableaux A,
B, C annexés à la loi du 21 mars 1905, modifiée par la loi du 16 juillet
1906.
Les réservistes et territoriaux
indiqués aux paragraphes I et II du présent ordre devront, munis de leur
pièce militaire et d'une feuille de route délivrée par le maire de la
commune où ils résident, se présenter dans l'ordre suivant, au bureau
du recrutement à Saint-Denis, rue de Paris, pour être incorporés après
visite médicale :
Saint-Denis, vendredi
7 août, à 7 heures ; Sainte-Marie, Sainte-Suzanne, vendredi 7 août à 14
heures ; Saint-André, Bras-panon, Saint-Benoît, samedi 8 août, à 9 heures
; Salazie, plaine des Palmistes, Sainte-Rose, samedi 8 août à 14 heures
; La Possession, Le Port, Saint-Paul, dimanche 9 août à 8 heures ; Trois-Bassins,
Saint-Leu, Les Avirons, Étang-Salé, Saint-Louis, dimanche 9 août, à 14
heures ; Entre-Deux, Saint-Pierre, Saint-Joseph, Saint-Philippe, lundi
10 août, à 7 heures.
Les officiers de réserve
et de territoriale se mettront immédiatement à la disposition du commandant
de recrutement " .
Le paquebot Djemnah ( ou
Djemmah ), des Messageries Maritimes réquisitionné, emporte
le premier contingent, un millier d'hommes, moins d'une semaine après
la déclaration de guerre. Au port de La-Pointe-des-Galets, pour
ce premier départ, tous les personnages importants de l'île
sont là, à commencer par le Gouverneur de La Réunion.
Le Gouverneur fait son inspection du bateau. Tout est fait en l'honneur
des futurs héros de la Patrie. La première escale est Madagascar.
Escale obligatoire, car à La Réunion, ils n’ont pas
eu les moyens de s'habiller, ni de se former. Ils y resteront jusqu'à
ce que le premier contingent parte en mars 1915. Beaucoup de réunionnais
resteront à Madagascar. C'est à Diego Suarez, point le plus
protégé où sont toutes les batteries, que l'on trouvera
la plus grande présence réunionnaise. Ceci, sans doute,
pour protéger Diego d'un éventuel débarquement allemand.
Madagascar, ouvert sur le canal de Suez, est un lieu stratégique
important dans l'océan Indien.
1914. La Première
Guerre Mondial, la Réunion répond massivement a l'appel
de mobilisation et participe à l'effort National. Deux jours après
l'ordre de mobilisation général en métropole, la
Réunion mobilise à son tour. Jusqu'à la fin du conflit
14 423 réunionnais seront mobilisés, alors que l'île
compte 150 000 habitants. Sur 14 423 Réunionnais incorporés,
appelés ou engagés volontaires 3 000 sont morts.
Très rapidement le gouverneur
Duprat va mettre en place un dispositif spécial d'urgence où l'exportation
de riz, du maïs et de la farine est interdite. Pour lutter contre les
spéculateurs, un arrêté va fixer pour chaque localité de l'île le prix
maximum du riz. Les traitements de tous les fonctionnaires sont payés
en monnaie locale, émission par la Banque de La Réunion, pour diminuer
l'exportation de la monnaie française. La Réunion se prépare pour des
moments difficiles. La perturbation du trafic maritime aura une double
conséquence : l'engorgement des docks avec les produits locaux et l'avènement
de l'autonomie vivrière de l'île. Au 1 er avril 1918, 40 000 tonnes de
sucres, de tapioca et de rhum étaient entreposés dans les docks surchargés.
Le fléchissement des droits
d'entrée et de sortie de marchandises aura des incidences graves sur le
budget des communes ; l'octroi de mer constituant une de leurs ressources
principales. Duprat va donc inviter les maires à opérer des restrictions.
En 1914, pour convenance
personnelle, Duprat obtient un congé en métropole. Embarqué à Marseille
sur le cargo postal Ispahan, il retrouve la ville du Port à La Réunion
le lundi 9 août 1915. Le gouverneur par intérim Cor était déjà parti pour
la Métropole le 3 août sur la ville d'Oran.
18 avril 1915, l'avion du
Réunionnais
Roland Garros est abattu au-delà des lignes allemandes. Il
parvient à incendier l'appareil, pour qu'il ne tombe pas aux mains
de l'ennemi, mais il est fait prisonnier. Garros sera soumis à
une surveillance privilégiée et bringuebalé d’un
camp à un autre, Küstrin, Trèves, Gnadenfrei, Magdeburg,
Burg et de nouveau Magdeburg. Après de nombreuses et infructueuses
tentatives, par tunnel, par mer ou même par avion , Garros ne parviendra
à s'évader qu’au bout de trois ans, le 15 février
1918 en compagnie du Lieutenant Anselme Marchal.
L’amiral réunionnais
Lucien Lacaze est nommé ministre de la Marine puis ministre de la
Guerre de 1915 à 1917.
En 1918, Duprat, en accord
avec le Conseil général va ordonner à l'administration de se substituer
au secteur commercial privé défaillant en ce qui concerne l'approvisionnement
du riz. Les importateurs ne pouvaient plus assurer la satisfaction des
besoins. De novembre 1917 au 30 avril 1818, 11 000 tonnes de riz seront
importé de Maurice, de Madagascar et de l'Indochine pour un coût de 5
millions de francs. Le prix du riz est fixé à 0,70 F le jg.
Duprat va également proposer
le 27 avril 1818 une taxe sur les terres incultes. Le but poursuivi affirme-t-il
est d'ordre économique es social beaucoup plus que d'ordre fiscal.
Avril 1919, la grippe espagnole
touche La Réunion.
La Réunion attend le retour
de ses enfants partis combattre l’ennemi. Ils rentrent au compte-gouttes,
profitant des cargos descendant vers l’océan Indien. En mars justement
on attend l’arrivée de l’un de ces cargos, le Madona qui ramène mille
six cent trois permissionnaires. Outre cette bonne nouvelle, d’autres
sujets alimentent les conversations, notamment celui d’un fléau parti
des États-Unis en 1918 et qui a ravagé le monde entier ou presque : une
sorte de grippe que l’on a appelé à tort grippe espagnole . Mais La Réunion
ne se sent pas véritablement concernée par ce fléau, se considérant isolée
par la mer. Cependant la venue de « l’Orel », qui arrive d’un point contaminé,
soulève quelque inquiétude : l’île n’est-elle pas démunie, presque totalement,
des vaccins et autres médicaments permettant de lutter contre cette grippe
?
La grippe espagnole est entrée
à La Réunion sur le Madonna le 31 mars 1919. Il a souvent été avancé que
le virus était dans un stock de terre servant de lest, qui aurait été
déchargé par le paquebot. Il est beaucoup plus vraisemblable de penser
que certains des permissionnaires étaient contaminés, comme plusieurs
centaines de milliers de leurs compagnons de combat. Les tranchées, la
boue, la crasse, c’est le milieu rêvé pour les maladies en tous genres...
Toujours est-il qu’on constate,
dès le 3 avril, des cas de grippe aggravée, fort suspects. La rumeur court
: ne serait-ce pas cette grippe espagnole qui ravage l’Europe et dont
parlent les journaux ? Mais les autorités se font rassurantes : " Pas
d’affolement ! On a examiné les secrétions bronchiques des malades au
microscope. Il s’agit d’une grippe ordinaire ! Simplement, comme elle
coïncide avant le changement de saison, elle est un peu plus virulente,
c’est tout ! "
12 avril 1919, la grippe
espagnole a déjà fait au moins vingt morts à Saint-Denis.
16 avril 1919, déjà soixante-deux
morts à Saint-Denis.
La semaine de Pâques 1919
sera terrible : près de mille morts à Saint-Denis. La vie, au sens figuré,
s’est arrêtée. Plus de police, plus de services officiels, plus de médecins.
Tous, ou presque, sont malades. Des heures d’attentes sont nécessaires
devant les quelques pharmacies encore ouvertes afin d’obtenir quelques
médicaments.
Fin avril, on peut constater
une légère régression de l’épidémie, bien que l’on compte encore soixante
à cent décès par jour à Saint-Denis. Enfin, dès le début du mois de mai,
une nette amélioration se fait sentir dans le chef-lieu. Le 5 mai on compte
encore quatre-vingt quatorze morts, chiffre qui ira en diminuant les jours
suivants. La Réunion va-t-elle devoir supporter encore longtemps ce terrible
fléau ?
Le 11 mai 1919, la réponse
semble venir du ciel. Ce jour-là l’horizon se couvre brusquement, le vent
se lève et se fait violent. Un mini-cyclone va balayer l’île. L’événement
ne dure qu’une heure et frappe surtout la côte ouest, justement là où
la grippe espagnole se montre la plus virulente, et les dégâts seront
importants dans la région du Port. Mais là n’est pas le principal. En
effet il semble que ce phénomène atmosphérique ait « lavé » l’air de l’île
de toutes ses impuretés.
La Réunion se relève abasourdie.
On n’aura jamais le vrai bilan des six semaines d’épidémie, tout simplement
parce qu’il n’y avait plus personne pour tenir les comptes. Les estimations
oscillent entre 7 000 et 20 000 morts.
Pierre Louis Alfred Duprat
termine son mandat au poste de gouverneur de La Réunion, le 7 juin 1919,
il quitte l'île le 18 juin 1919. C'est le secrétaire général Victor Jean
Brochard qui fera l'intérim pendant plus d'un an.
Avril 1920, Pierre Louis
Duprat est nommé gouverneur de la Guadeloupe.
Le 2 janvier 1923, il devient
directeur de l'agence des Banques Coloniales ; c'est la consécration de
toute une vie pour ce brillant économiste.
Il meurt le 15 juillet 1953.
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