île Bourbon Auteur G. Couturier.

Île Bourbon :: G. Couturier.


Île Bourbon

Poussé par l'aquilon sur des flots sans rivage,
Voyageur, où vas-tu ? Ton oeil se décourage,
Las d'errer sans repos entre l'onde et les cieux,
A travers les vapeurs de l'horizon brumeux,
perçois-tu là-bas cette forme incertaine.
Qui s'étend sur les mers ainsi qu'une ombre vaine ?
C'est peut-être un écueil fatal aux nautoniers !..
Non ! non ! c'est une terre aux bords hospitaliers,
Une verte oasis dans ce désert liquide.
Précipite l'essor de ta voile rapide :
Déjà cette surface aux contours indécis
Offre un aspect moins vague et des traits plus précis :
Un gigantesque roc, perçant la sombre nue,
S'élève, et dans les airs dresse sa cime nue.
Plus près, plus près encor ! la roche et le granit
De degrés en degrés montent jusqu'au zénith :
Immense amphithéâtre aux marches inégales !
Énorme entassement de masses colossales !
Voici que, s'avançant d'un pas silencieux,
La nuit étend soudain son crêpe dans les cieux.
Le jour fuit, l'ombre croît, tout se voile et s'efface ;
Ton oeil irrésolu s'égare dans l'espace.
Du haut d'un mont jaillit en rouges tourbillons
Une épaisse vapeur dont les sombres rayons
Projettent sur la mer une lueur sanglante.
Sur les flancs du rocher vois la lave brûlante,
Vomie à larges flots des bouches du volcan,
En longs, serpents de feu rouler vers l'Océan.
L'aube, argentant déjà la surface de l'onde,
Dénoue à l'orient sa chevelure blonde.
Quel spectacle nouveau va charmer ton regard !
Vois ces monts, détachés, dispersés au hasard,
Dérouler en tous sens leurs pittoresques chaînes;
Vois s'étendre à leurs pieds ces verdoyantes plaines;
Se creuser ces vallons, s'incliner ces coteaux
Où le frêle palmier balance ses rameaux.
De sable et de rochers une blanche ceinture
Entoure un frais berceau de fleurs et de verdure,
Et semble, l'abritant des flots injurieux,
L'éteindre avec amour dans ses plis gracieux.
A ce riant aspect reconnais-tu mon île ?
Sur ses bords fortunés viens chercher un asile,
Et, de l'oubli des maux goûtant la volupté,
Te reposer au sein de l'hospitalité.

Viens-tu, désabusé des vanités humaines,
Promener tes ennuis sur ces plages lointaines
Et, sous un plus beau ciel, rêvant des jours meilleurs,
Dans l'ombre et le silence assoupir tes douleurs ?
Tu pourras fuir, au fond d'une douce retraite,
Le contact importun de la foule indiscrète :
Sur les flancs arrondis d'un gracieux coteau,
Ou dans un frais vallon, au bord d'un clair ruisseau,
Tu pourras, t'abritant sous un toit de feuillage,
Te bâtir de tes mains un tranquille ermitage.
La pêche et l'oranger, le flamboyant en fleurs,
Mariant leurs parfums et leurs vives couleurs,
Brilleront confondus autour de ta chaumière.
Tu verras l'oiseau-blanc, d'une aile familière,
De rameaux en rameaux s'ébattre et voltiger
Sur l'arbuste fleuri qui pare ton verger.

Aux premiers feux du jour la nature s'éveille ;
La colline se teint d'une lueur vermeille,
De suaves parfums s'exhalent dans les airs,
Entends-tu des oiseaux les amoureux concerts ?
Quitte ton humble abri, ta cabane isolée,
Va fouler l'herbe humide au fond de la vallée.
Puis, lorsque midi brûle, et qu'à son souffle ardent
Le rocher se calcine et la terre se fend,
A cette heure où l'oiseau, fuyant la plaine aride,
Pour étancher sa soif cherche une onde limpide,
A l'ombre des bambous qui bordent le ruisseau,
Tu viendras t'assoupir au murmure de l'eau.
Mais quand l'astre du jour, terminant sa carrière,
Invite la nature et l'homme à la prière,
Alors monte en silence, et va sur la hauteur
Porter ton humble hommage aux pieds du Créateur.

Dans le recueillement, la paix et le silence,
Ainsi s'écoulera ta tranquille existence,
Semblable à ces ruisseaux qui sur un vert gazon
Roulent une onde pure, et se perdent sans nom.

Moins borné dans tes vœux, cherchant sous les tropiques
D'un nouvel univers les trésors poétiques,
Viens-tu, d'un monde vierge, avide explorateur,
Féconder ton génie aux feux de l'Équateur,
Et dans un horizon plus large et plus splendide
Aventurer l'essor de ta muse intrépide ?
Arrête, arrête ici son vol audacieux.
Mon pays, tour à tour sévère et gracieux,
Offre à l'art appauvri d'inépuisables mines :
Là des rocs escarpés, là de vertes collines;
De rapides torrents roulant du haut des monts,
D'immobiles étangs couverts d'épais limons.

Que tes regards errants dans un libre horizon,
De l'aurore au couchant, du Sud à l'aquilon,
Contemplent le soleil, sur son char de lumière,
Dévorant comme un trait sa brûlante carrière,
Des abîmes béants sondent la profondeur,
Et de nos pics altiers mesurent la hauteur.

Soudain ton oeil s'étonne et se fixe et s'arrête :
Trois pitons inégaux dressent leur triple crête ;
Le nuage et la foudre, autour d'eux amassés,
D'un diadème obscur ceignent leurs fronts glacés.
De leurs sommets rivaux, dominateur sublime,
Le géant des airs lève une orgueilleuse cime.
La neige à son sommet suspend ses blancs flocons,
Et semble du soleil défier les rayons.
De l'immortalité symbole séculaire,
A le voir on dirait un vieillard centenaire,
Qui, debout et muet, dans sa sérénité,
Repose ses regards sur sa prospérité.

Salazes ! monts géants, rochers infranchissables,
Quel mortel oserait, sur vos flancs redoutables,
Sans effroi, dans vertige, aventurer ses pas ?
Il en est cependant qui, bravant le trépas,
S'élancent hardiment sur le bord des abîmes,
Et d'un pied intrépide escaladant vos cimes,
Poursuivent sans repos le cabri fugitif,
Rare et dernier débris de l'âge primitif.

C'est là, sur ces sommets battus par les tempêtes,
Sur ces pics escarpés, dans ces âpres retraites,
Que le marron venait, défiant les hivers,
Secouer ses bras nus, libres du poids des fers.
L'oiseau tombait, percé de sa flèche rapide;
La cascade à ses pieds roulait une eau limpide;
Du bois rapidement frotté contre le bois
L'étincelle soudain jaillissait sous ces doigts ;
Des antres ténébreux, sous leurs voûtes muettes,
Abritaient le sommeil de ses nuits inquiètes.

Ces temps, ô voyageurs ! ces temps sont loin de nous.
Repose ton esprit sur des objets plus doux :
Laisse tes yeux ravis s'égarer dans l'espace,
Soit que l'aube des flots blanchisse la surface,
Soit que l'astre des nuits, aux rayons argentés,
Épanche mollement ses timides clartés,
Soit qu'au bord d'un ciel bleu flotte une blanche nue,
Qui tremble au moindre souffle et fuit dans l'étendue ;
Exhalant sa tendresse en amoureux sanglots,
La tourterelle au loin fait pleurer les échos.
A travers le feuillage, étincelle vivante,
Du cardinal de feu brille la plume ardente.
Poète, enivre-toi du murmure des eaux,
Et du parfum des fleurs et du chant des oiseaux,
Et laisse ta pensée, évaporée en rêves,
Mourir avec les flots sur le sable des grèves.

Tout se tait... une chaude et pesante atmosphère,
Ainsi qu'un voile épais, enveloppe la terre.
L'hirondelle décrit des cercles insensés.
L'animal haletant, de sa gueule béante,
Exhale avec effort une haleine brûlante,
Et l'homme consterné, dans sa norme épouvante,
Lève un oeil éperdu vers les cieux courroucés.
Mais la nature semble enfin dans sa détresse
Soulever le fardeau qui l'accable et l'oppresse :
L'air palpite et frémit; l'eau frissonne; les bois
Inclinent leurs rameaux avec de longs murmures ;
Le vent siffle et gémit dans les forêts obscures,
Et grossit par degrés, sous leurs sombres ramures,
Sa menaçante voix.

Le bruit grandit. Voilà qu'une rafale immense,
Furieuse, du bout de l'horizon s'élance,
Et des champs dans son vol dévaste les sillons.
Les monts voilent leurs flancs sous un manteau de brume,
L'océan indigné jette au loin son écume,
Et la fleur mutilée; et la feuille et la plume
Au souffle de l'orage errent en tourbillons.

Des bruits confus et sourds remplissent l'étendue.
C'est le gémissement de la terre éperdue.
C'est le torrent qui roule à flots précipités ;
Le murmure du vent qui mugit et gronde;
Resserré dans les flancs d'une gorge profonde,
C'est l'océan qui hurle et qui bat de son onde
Ses bords épouvantés.

C'est la tempête enfin qui déchaîne sa rage ;
Les cieux, les mers, les bois, la montagne et la plage,
Tout s'agite à la fois, tout se plaint, tout gémit,
Et la nature en deuil pleure sur ses ruines.
Les arbres arrachés du sommet des collines
Demain seront couchés dans le fond des ravines ;
Demain les torrents même auront changé de lit,
Et demain le soleil, dissipant les nuages,
Épanchera ses feux du haut d'un ciel d'azur ;
Demain la mer viendra caresser ses rivages
D'un flot tranquille et pur.

Telle, à peine essuyant son humide paupière,
Une vierge sourit au milieu de ses pleurs ;
Tel, après l'ouragan, rayonnant de lumière,
Le ciel pare nos bords de verdure et de fleurs.
Belle dans ton repos, belle dans ton délire,
O nature africaine! ô mon île ! ô Bourbon !
Je t'admire et je t'aime, et toujours sur ma lyre
Résonnera ton nom.

Je chanterai tes monts qui couronnent les nues,
De tes vallons déserts la fraîche obscurité,
Le bruit de l'océan qui bat tes plages nues,
Et de tes astres d'or la splendide clarté.

G. Couturier :

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