| Auteur : Etienne Azéma | ||
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Les nuits du tropique |
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| A l'heure où de la nuit l'astre mélancolique | ||
| Lave de ses flots d'or le ciel bleu du Tropique, | ||
| Sur le bord de la mer je viens souvent m'asseoir, | ||
| Et je livre mon âme à la brise du soir. | ||
| Comme un enfant, bercée au bruit sourd de la houle, | ||
| Ma pensée erre au gré de la vague qui roule, | ||
| Tourne au vent qui l'emporte ou rêve au son plaintif | ||
| De la lame qui vient se briser au récif. | ||
| Une voile parfois, blanchissant l'onde amère, | ||
| Porte un frère à sa sœur, une fille à sa mère ; | ||
| Et parfois du pêcheur la barque rentre au port, | ||
| La misaine à son mât, une étoile à son bord. | ||
| Qui n'aimerait ces nuits fraîches et parfumées, | ||
| Ces pavillons d'azur, ces voûtes enflammées, | ||
| Où cent mille soleils voyagent doucement | ||
| Et parsèment de fleurs les champs du firmament ? | ||
| Oh ! regardez là-bas cette joyeuse étoile | ||
| Qui nage à l'horizon comme une blanche voile, | ||
| Vierge des matelots, au pas silencieux, | ||
| Qu'un ange aux ailes d'or dirige dans les cieux. | ||
| Et cette autre à côté, plus petite, qui brille | ||
| Et vous sourit d'en haut comme une jeune fille ; | ||
| Et cette autre au midi, qui semble un diamant | ||
| Suspendu dans un bal au lis d'un front charmant. | ||
| Qu'il est doux, quand la nuit descend limpide et claire, | ||
| De sentir les parfums de la brise de terre | ||
| Qui se baigne en passant aux calices des fleurs | ||
| Et viens sur vous après secouer leurs odeurs. | ||
| Si, près de vous alors passe une jeune femme | ||
| Qui mêle son sourire au rêve de votre âme, | ||
| Quelque fée aux yeux bleus, aux voiles frémissants, | ||
| Vous sentez à la voir s'épanouir vos sens. | ||
| Voici l'instant paisible où les anges descendent, | ||
| Glissent dans nos rideaux, à nos lits se suspendent, | ||
| Voltigent sur nos yeux de sommeil altérés | ||
| Et nous font voir le ciel dans des songes dorés. | ||
| C'est l'heure, hélas ! où l'on va voir la tombe | ||
| Où son jeune fils dort comme dort la colombe, | ||
| Baiser sa croix de bois, et, l'œil de pleurs grossi, | ||
| Rejoindre à la maison sa sœur qui dort aussi. | ||
| En priant sur la pierre où quelque ami demeure, | ||
| Qui n'a pas entendu comme une voix qui pleure, | ||
| Qaund l'haleine du soir dans les saules frémit | ||
| Et touche en murmurant le marbre qui gémit ? | ||
| Entendez-vous les cris du fouquet solitaire | ||
| De la grève à grand bruit s'envolant dans son aire, | ||
| Fatigué de raser le sein des flots mouvants, | ||
| Tandis que sur la branche où pend son nid de mousse, | ||
| Séduit par la clarté de cette nuit si douce, | ||
| Le joyeux bengali croit l'aube de retour | ||
| Et de son chant trompeur va saluant le jour ? | ||
| Venez, oh ! venez voir dans ces beaux clairs de lune, | ||
| Au souffle des zéphyrs livrant leur tresse brune, | ||
| Nos filles aux yeux noirs, avec des fleurs au front, | ||
| Sylphides dont le pas est si vif et si prompt, | ||
| Effleurer en dansant la terre où leur pied pose, | ||
| Semblables dans leur vol à des feuilles de rose | ||
| Qu'un vent de mai balance au milieu de la nuit ; | ||
| Et d'autres se baigner au fleuve qui s'enfuit : | ||
| Foule jeune et légère, au mouvement folâtre, | ||
| Que l'on prendrait de loin pour des groupes d'albâtre ; | ||
| Et d'autres en riant, parleuses tout à tour, | ||
| Se raconter tout bas des histoires d'amour. | ||
| Quel poète, en voyant les belles nuits d'Afrique, | ||
| N'aimerait à chanter leur calme romantique, | ||
| Embaumé des parfums de l'oranger fleuri, | ||
| Alors surtout, alors que la lune a souri. | ||
| Les accords parlent mieux, la note est plus aisée | ||
| Quand le luth s'est mouillé de gouttes de rosée, | ||
| Oh ! qu'ils sont inspirants ces astres frais et clairs, | ||
| Tous ces jolis soleils qui roulent par les airs ! | ||
| C'est dans leurs blonds rayons et leur donce harmonie | ||
| Que Saint-Pierre a rêvé l'âme de virginie ; | ||
| Et, fils de ce beau ciel, Parny dans son azur | ||
| Venez tremper son vers voluptueux et pur. | ||
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Etienne AZEMA. |
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