| Auteur : LECONTE DE LISLE | ||
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L'apothéose Mouça-Al-Kebyr |
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| La royale Damas, sous les cieux clairs et calmes, | ||
| Dans la plaine embaumée et qui sommeille encor, | ||
| Parmi les caroubiers, les jasmins et les palmes, | ||
| Monte comme un grand lys empli de gouttes d'or. | ||
| L'orient se dilate et pleut en gerbes roses, | ||
| La tourelle pétille et le dôme reluit, | ||
| L'aile du vent joyeux porte l'odeur des roses | ||
| Au vieux Liban trempé des larmes de la nuit. | ||
| Tout s'éveille, l'air frais vibre de chants et d'ailes, | ||
| L'étalon syrien se cabre en hennissant, | ||
| Et du haut des toits plats les cigognes fidèles | ||
| Regardent le soleil jaillir d'un bond puissant. | ||
| Au-dessus des mûriers et des verts sycomores, | ||
| Au rebord dentelé des minarets, voilà | ||
| Les mouazzin criant en syllabes sonores : | ||
| A la prière! à la prière! Allah! Allah! | ||
| Âniers et chameliers amènent par les rues | ||
| Onagres et chameaux chargés de fardeaux lourds ; | ||
| Les appels, les rumeurs confusément accrues | ||
| Circulent à travers bazars et carrefours. | ||
| Juifs avec l'écritoire aux reins et les balances, | ||
| Marchands d'ambre, de fruits, d'étoffes et de fleurs, | ||
| Cavaliers du désert armés de hautes lances | ||
| Qui courent çà et là parmi les chiens hurleurs; | ||
| Batteurs de tambourins, joueurs de flûtes aigres, | ||
| Émirs et mendiants, et captifs étrangers, | ||
| Et femmes en litière aux épaules des nègres, | ||
| Dardant leurs yeux aigus sous leurs voiles légers. | ||
| La multitude va, vient, s'agite et se mêle | ||
| Par flots bariolés entre les longs murs blancs, | ||
| Comme une mer mouvante et murmurant comme elle, | ||
| Tandis que le jour monte aux cieux étincelants. | ||
| Et la chaude lumière inonde la nuée, | ||
| La cendre du soleil nage dans l'air épais ; | ||
| L'oiseau dort sous la feuille à peine remuée, | ||
| Et toute rumeur cesse, et midi brûle en paix. | ||
| C'est l'heure où le khalyfe, avant la molle sieste, | ||
| Au sortir du harem embaumé de jasmin, | ||
| Entend et juge, tue ou pardonne d'un geste, | ||
| Ayant l'honneur, la vie et la mort dans sa main. | ||
| Voici. Le dyouân s'ouvre. De place en place, | ||
| Chaque verset du livre, aux parois incrusté, | ||
| En lettres de cristal et d'argent s'entrelace | ||
| Du sol jusqu'à la voûte et sans fin répété. | ||
| Sous le manteau de laine et la cotte de mailles | ||
| Et le cimier d'où sort le fer d'épieu carré, | ||
| Les émirs d'Orient dressent leurs hautes tailles | ||
| Autour de Soulymân, l'ommyade sacré. | ||
| Les imâms de la Mekke, immobiles et graves, | ||
| Sont là, l'écharpe verte enroulée au front ras, | ||
| Et les chefs de tribus chasseresses d'esclaves | ||
| Dont le soleil d'Égypte a corrodé les bras. | ||
| Au fond, vêtus d'acier, debout contre les portes, | ||
| De noirs éthiopiens semblent, silencieux, | ||
| Des spectres de guerriers dont les âmes sont mortes, | ||
| Sauf qu'un éclair rapide illumine leurs yeux. | ||
| Croisant ses pieds chaussés de cuir teint de cinabre, | ||
| Le khalife, appuyé du coude à ses coussins, | ||
| La main au pommeau d'or emperlé de son sabre, | ||
| Songe, l'esprit en proie à de sombres desseins. | ||
| Car les temps ne sont plus de la grandeur austère. | ||
| Le chamelier divin et le bon corroyeur, | ||
| Ala, le saint d'Allah, ont déserté la terre, | ||
| Ayant fait de leur âme un ciel intérieur. | ||
| Cléments pour les vaincus de la lutte guerrière, | ||
| Ils méditaient parmi les humbles à genoux ; | ||
| Le poil de leurs chameaux, tissé dans la prière, | ||
| Non la pourpre, ceignait leurs fronts mâles et doux. | ||
| Hélas! Ils sont allés par delà les étoiles, | ||
| Et, livrant leur puissance à de vils héritiers, | ||
| S'ils vivent dans la gloire éternelle et sans voiles, | ||
| Pour le monde orphelin ils sont morts tout entiers. | ||
| L'ommyade est rongé de soupçons et d'envie. | ||
| Ses lourds coffres d'ivoire et de cèdre embaumé | ||
| Débordent, mais qui sait la soif inassouvie | ||
| D'un cœur que l'avarice impure a consumé ? | ||
| Le hadjeb de l'empire, huissier du seuil auguste, | ||
| Qui tient le sceau, l'épée et le sceptre, trois fois | ||
| Prosterné, dit: – très grand, très sévère et très juste ! | ||
| Bouclier de l'Islam, protecteur des trois lois ! | ||
| Oeil du glorifié, khalife du prophète, | ||
| Qui règles l'univers du levant au couchant | ||
| Par la force invincible et l'équité parfaite ! | ||
| Délices du fidèle et terreur du méchant ! | ||
| Ainsi qu'il est écrit aux sourates du livre, | ||
| Puisqu'il faut rendre compte et payer ce qu'on doit, | ||
| L'homme est prêt: il attend de mourir ou de vivre. | ||
| J'ai parlé. Soulymân écoute et lève un doigt. | ||
| Les tentures de soie, aussitôt repliées, | ||
| S'ouvrent. Un grand vieillard, sous des haillons de deuil, | ||
| La tête et les pieds nus et les deux mains liées, | ||
| Maigre comme un vieil aigle, apparaît sur le seuil. | ||
| Sa barbe, en lourds flocons, sur sa large poitrine, | ||
| Plus blanche que l'écume errante de la mer, | ||
| Tombe et pend. Le dédain lui gonfle la narine | ||
| Et dans l'orbite cave allume son oeil fier. | ||
| Un sillon rouge encore, une âpre cicatrice, | ||
| Du crâne au sourcil droit traverse tout le front | ||
| Qui se dresse, bravant l'envie accusatrice, | ||
| Indigné sous l'outrage et hautain sous l'affront. | ||
| Ceux d'Yémen, d'Hedjaz, de Syrie et d'Afrique, | ||
| Pour le laisser passer s'écartent un moment, | ||
| Et lui, sans incliner sa stature héroïque, | ||
| Devant le maître assis s'arrête lentement. | ||
| L'un foudroyé, croulé du plus haut de ses rêves, | ||
| L'autre en un rire amer faisant luire ses dents, | ||
| Comme le double éclair qui jaillit de deux glaives, | ||
| Ils échangent leur haine avec des yeux ardents. | ||
| Or, feignant par mépris de méconnaître l'homme, | ||
| Soulymân dit: – quel est cet esclave, ô Hadjeb? | ||
| Qu'a-t-il fait? – c'est un traître, ô Khalife! Il se nomme | ||
| Mouça-Ben-Noçayr, l'ouali du Maghreb. | ||
| Non content d'opprimer l'Afrique et de soumettre | ||
| A son joug usurpé les émirs, ses égaux, | ||
| Sans attendre ton ordre et ton signal, ô maître, | ||
| Il a passé la mer et combattu les goths. | ||
| Pareil au noir vautour qui rôde à grands coups d'aile, | ||
| Il s'est gorgé du sang, de la chair et de l'or | ||
| Du chrétien idolâtre et du juif infidèle, | ||
| Volant ainsi ton bien et pillant ton trésor. | ||
| Il a voulu, rompant l'unité de l'empire, | ||
| Ivre d'orgueil, d'envie et de rapacité, | ||
| En haine de celui par qui l'Islam respire, | ||
| Séparer l'orient du couchant révolté. | ||
| Oubliant qu'il n'était qu'une impure poussière | ||
| Qu'un souffle de ta bouche emporte en tourbillons, | ||
| Il a rêvé d'enfler sa fortune grossière | ||
| Jusqu'au faîte sublime où nous te contemplons. | ||
| Et qui sait – car tout homme ambitieux et louche | ||
| S'enfonce au noir chemin par le maudit tracé | ||
| S'il ne reniait Dieu du cœur et de la bouche | ||
| Pour le fils de la vierge et son culte insensé ? | ||
| Si, relevant ceux-là qu'il renversait naguère, | ||
| A ses mauvais désirs donnant ces vils soutiens, | ||
| Il ne voulait livrer ses compagnons de guerre | ||
| Aux vengeances des chiens juifs et des loups chrétiens ? | ||
| Aussi bien, trahissant le secret de leur âme, | ||
| Pour assurer leur crime et mieux tendre leurs rets, | ||
| Son fils, Abd-Al-Azyz, n'a-t-il point pris pour femme | ||
| La veuve du roi goth. qui mourut à Xérès ? | ||
| Mais ta haute raison qui jamais ne trébuche | ||
| Sait rompre les desseins que l'infidèle ourdit. | ||
| Le renard, ô Khalife, est tombé dans l'embûche. | ||
| Le voici. Juge, absous ou condamne. J'ai dit. | ||
| Lors, le vieux Mouça, faisant sonner sa chaîne | ||
| Et sur son âpre front levant ses bras pesants, | ||
| Cria: – honte au mensonge et silence à la haine | ||
| Qui bave sur l'honneur de mes quatre-vingts ans ! | ||
| Louanges au très-haut, l'unique! Car nous sommes | ||
| De vains spectres. Il est immuable et vivant. | ||
| Il voit la multitude innombrable des hommes, | ||
| Et comme la fumée il la dissipe au vent. | ||
| Gloire au très-haut! Lui seul est éternel. Le monde | ||
| Est périssable et vole au suprême moment ; | ||
| Mais lui, roulant les cieux dans sa droite profonde, | ||
| Enflera le clairon du dernier jugement. | ||
| Les cœurs seront à nu devant son oeil sublime, | ||
| Et sur le pont Syrath, plus tranchant qu'un rasoir, | ||
| Le juste passera sans tomber dans l'abîme, | ||
| Tel qu'un éclair qui fend l'ombre épaisse du soir. | ||
| De musc et de benjoin et de nard parfumées, | ||
| Ses blessures luiront mieux que l'aurore au ciel. | ||
| Allah fera jaillir pour ses lèvres charmées | ||
| Quatre fleuves de lait, de vin pur et de miel. | ||
| Les vierges, au front ceint de roses éternelles, | ||
| Dont les yeux sont plus clairs que nos soleils d'été | ||
| Et si doux, qu'un regard tombé de leurs prunelles | ||
| Enivrerait Yblis soumis et racheté; | ||
| Les célestes hûris, que rien d'impur ne fane, | ||
| Blanches comme le lys, pures comme l'encens, | ||
| Entre leurs bras légers, sur leur sein diaphane, | ||
| Multiplieront l'ardeur sans déclin de ses sens. | ||
| Puis, par delà les jours, les siècles et l'espace, | ||
| Dans le bonheur sans fin au croyant réservé, | ||
| Il verra le très-haut, l'unique, face à face, | ||
| Et saura ce que nul n'a conçu, ni rêvé ! | ||
| Mais, pour le vil chacal qui vient mordre et déchire | ||
| Le vieux lion sanglant au bord de son tombeau, | ||
| Le souille de sa bave, et, devant qu'il expire, | ||
| Le dévore dans l'ombre et lambeau par lambeau ; | ||
| Pour le lâche, qu'il soit émir, Hadjeb, Khalyfe, | ||
| Qui blêmit de la gloire éclatante d'autrui, | ||
| Yblis le lapidé le prendra dans sa griffe | ||
| Et crachera d'horreur et de dégoût sur lui. | ||
| Qu'ai-je à dire, sinon rien? Car ma tâche est faite. | ||
| J'ai vécu de longs jours et je meurs, c'est la loi. | ||
| Mon sang, ma vie, Allah, les anges, le prophète, | ||
| Plus haut que le tonnerre ont répondu pour moi. | ||
| – Traître! N'atteste pas le saint nom que tu souilles, | ||
| Dit Soulymân. Réponds, confesse ton forfait. | ||
| Les vingt couronnes d'or des Goths et les dépouilles | ||
| Des royales cités, voleur! Qu'en as-tu fait? | ||
| Plus d'insolent silence ou de ruse subtile! | ||
| Les émirs d'Occident t'accusent de concert. | ||
| Rends ces trésors pour prix de ta vie inutile | ||
| Et va cacher ta honte aux sables du désert. | ||
| Fais plutôt rendre gorge à ce troupeau d'esclaves | ||
| Qu'engraisse la rançon des peuples et des rois, | ||
| Dit Mouça. J'ai parlé. Les sages et les braves, | ||
| Ô Khalyfe! Apprends-le, ne parlent pas deux fois. | ||
| Tout pâle, Soulymân se lève de son siège : | ||
| Liez, tête et pieds nus, ce traître, et le traînez | ||
| Sur un âne, à rebours, et qu'il ait pour cortège | ||
| La fange et les cailloux et les cris forcenés! | ||
| Qu'un eunuque le tienne au cou par une corde ; | ||
| Que dans sa chair, saignant de l'épaule à l'orteil, | ||
| A chaque carrefour le fouet qui siffle morde, | ||
| Et tranchez-lui la tête au coucher du soleil ! | ||
| Allez, et sachez tous qu'il n'est point de refuge | ||
| Devant mon infaillible et sévère équité. | ||
| Soit! Dit Mouça. L'arrêt, par Allah! Vaut le juge. | ||
| Khalife! Songe à moi dans ton éternité. | ||
| A travers la huée et les coups, par la ville, | ||
| Sur un âne poussif bon pour d'abjects fardeaux, | ||
| Le vieux guerrier, vêtu de quelque loque vile, | ||
| Impassible, s'en va, les poings liés au dos. | ||
| La multitude hurle et le poursuit. Les pierres | ||
| Volent, heurtant sa face et meurtrissant ses bras. | ||
| Le fouet coupe ses reins saignants. Mais ses paupières | ||
| Sont closes. Il ne voit, n'entend rien, ne sent pas. | ||
| Son âme s'en retourne aux splendides années | ||
| Qui semblaient ne jamais décroître ni s'enfuir, | ||
| Où, méditant déjà ses hautes destinées, | ||
| Il quittait l'Yémen et sa tente de cuir ; | ||
| Où, farouche, enivré de jeunesse et de force, | ||
| Il criait vers le ciel, ainsi qu'un lionceau | ||
| Qui s'essaie à rugir et déchire l'écorce | ||
| Des durs dattiers dont l'ombre abrita son berceau. | ||
| Il revoit ses combats de Syrie et de Perse, | ||
| Et l'Égypte et Carthage et le désert ardent, | ||
| Et les rudes tribus qu'il pourchasse et disperse | ||
| Des gorges de l'Atlas à la mer d'Occident ; | ||
| Puis, le détroit franchi par les barques berbères, | ||
| Et son noble étalon qui, hérissant ses crins, | ||
| Pour fouler le premier le sol des vieux ibères, | ||
| Saute parmi l'écume et les embruns marins ; | ||
| Les assauts furieux des hautes citadelles, | ||
| La mêlée où, debout sur le large étrier, | ||
| Le sabre au poing, trouant les hordes infidèles, | ||
| Il buvait à longs traits l'ivresse du guerrier ; | ||
| Et les bandes de Goths aux lourdes tresses rousses | ||
| Fuyant, la lance aux reins, par les vals et les monts, | ||
| Et les noirs cavaliers du Maghreb à leurs trousses | ||
| Bondissant et hurlant comme un vol de démons ! | ||
| Allah! Jours de triomphe, heures illuminées | ||
| Par l'héroïque orgueil hérité des aïeux ! | ||
| Quand, du mont de Tharyq jusque aux Pyrénées, | ||
| L'étendard de l'Islam flottait victorieux ; | ||
| Quand les chrétiens, traqués aux rocs des Asturies, | ||
| Sur les sommets neigeux, au fond des antres sourds, | ||
| Loin des belles cités et des plaines fleuries | ||
| Vivaient avec les loups, les aigles et les ours ! | ||
| Mouça, dans ses liens, hausse toute sa taille, | ||
| Et sous ses sourcils blancs darde des yeux en feu : | ||
| Ô croyants! Balayez de bataille en bataille | ||
| Ces chiens blasphémateurs du prophète de Dieu ! | ||
| Semblables aux torrents tombés des cimes blanches, | ||
| Sur le pays d'Afrank ruez-vous, mes lions ! | ||
| A vous les fruits dorés qui font ployer les branches, | ||
| La beauté de la vierge et le grain des sillons ! | ||
| Enseignez la loi sainte à l'idolâtre immonde ! | ||
| Ni trêve ni repos à ces buveurs de vin ! | ||
| Portez le nom d'Allah jusqu'aux confins du monde | ||
| Et ne vous reposez qu'au paradis divin! | ||
| Ainsi parle le vieux héros dans son délire. | ||
| Et la boue et la pierre, et l'injure et les coups, | ||
| et la clameur féroce et l'exécrable rire | ||
| le submergent comme un assaut de mille loups. | ||
| Mais, au Liban lointain, la flamme occidentale, | ||
| Par flots rouges, s'enflant de parois en parois, | ||
| Inonde les rochers qu'elle allume, et s'étale | ||
| Sur les cèdres anciens, immobiles et droits. | ||
| C'est l'heure de la mort. Le supplice est au terme. | ||
| Voici le carrefour funèbre et le pavé. | ||
| Un sombre éthiopien dégaine d'un poing ferme | ||
| Le sabre grêle et long tant de fois éprouvé. | ||
| La foule, alors, dont l'œil multiple se dilate, | ||
| Voit se transfigurer l'homme aux membres sanglants. | ||
| Ses haillons sont d'azur, d'argent et d'écarlate ; | ||
| La cotte d'acier clair luit et sonne à ses flancs. | ||
| Il n'est plus garrotté sur le morne squelette | ||
| Qu'un eunuque abruti traîne par le licou, | ||
| Et qui geint de fatigue, et qui bute, et halète, | ||
| Et tend son maigre col d'un air sinistre et fou. | ||
| Eunuque, éthiopien, âne poussif et gauche, | ||
| Tout s'efface. Lui seul surgit, l'épée en main. | ||
| Sa barbe et ses cheveux rayonnent. Il chevauche | ||
| La créature auguste aux lèvres de carmin, | ||
| Aux serres d'aigle, avec dix blanches paires d'ailes, | ||
| Al-Boraq, dont la croupe est comme un bloc vermeil, | ||
| Et qui, telle qu'un paon constellé de prunelles, | ||
| Élargit la splendeur de sa queue au soleil. | ||
| Agitant ses crins d'or, la céleste cavale, | ||
| Dans la sérénité de l'air silencieux, | ||
| D'une odeur ineffable embaume l'intervalle | ||
| Qu'elle a franchi d'un bond en s'envolant aux cieux. | ||
| Elle plane, elle va, majestueuse et fière. | ||
| De ses beaux yeux de vierge et du divin poitrail | ||
| Sortent d'éblouissants effluves de lumière | ||
| Dont ruisselle sa plume ouverte en éventail. | ||
| Tous deux, loin des rumeurs confuses de la terre, | ||
| En un magique essor, irrésistible et sûr, | ||
| Montent. Leur gloire emplit l'espace solitaire ; | ||
| Ils touchent aux confins suprêmes de l'azur. | ||
| Comme une torche immense ardemment secouée, | ||
| Le couchant fait jaillir jusqu'à l'orient noir | ||
| Le sombre et magnifique éclat de la nuée, | ||
| Et Mouça disparaît dans la pourpre du soir | ||
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LECONTE DE LISLE. |
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