| Auteur : P. De MONFORAND | ||
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L' ALOÈS. |
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| Sur nos monts décharnés, dans un sol tout de pierre | ||
| Incessamment brûlé par les flots de lumière | ||
| Que lui verse un soleil de feu, | ||
| Vous avez vu souvent une robuste plante | ||
| Dardant de tous côtés la pointe menaçante | ||
| De ses grandes feuilles vert-bleu. | ||
| Regardez à l'entour... Pas un brin de verdure | ||
| N'ombrage du rocher la face sombre et dure, | ||
| pas un murmure de ruisseau. | ||
| Dans ce coin désolé l'aloès solitaire | ||
| Pousse loin des regards, et son aspect austère | ||
| Écarte le vol de l'oiseau. | ||
| Et pendant bien des mois il semble vivre à peine ; | ||
| Mais pourtant sans relâche il grandit, il enchaîne ! | ||
| Le rocher dans ses bras noueux. | ||
| Il arrête en passant les atomes de terre | ||
| Que transporte la brise, et boit l'eau salutaire | ||
| Qui tombe du ciel orageux. | ||
| Mais un jour il s'éveille à la vie, il découvre | ||
| Le mystère enfermé dans son sein qui s'entrouvre | ||
| Il se dresse en fût élégant; | ||
| Puis en rameaux légers il étage sa tige, | ||
| Et se couvre de fleurs où l'essaim qui voltige | ||
| Vient puiser un suc odorant. | ||
| Et quand il a jeté ses parfums à la brise, | ||
| L'aloès se flétrit fleur à fleur, il se brise | ||
| Et meurt sur le roc étendu. | ||
| Trop heureux si perçant le dur linceul de pierre, | ||
| Un rejeton chétif renaît de sa poussière | ||
| Pour vivre et tomber inconnu.... | ||
| Tel est aussi ton sort, ô sublime Génie ! | ||
| Tu n'es pas, toi non plus, des élus de la vie : | ||
| Marchant loin des sentiers frayés, | ||
| Tu te nourris longtemps du pain de la misère, | ||
| Et les plaisirs du monde à ton regard sévère | ||
| Se détournement tout effrayés. | ||
| Puis à l'heure où le temps a mûri ta pensée, | ||
| Tu laisses s'épancher ta force réservée ; | ||
| Tu lèves ton front radieux, | ||
| Et ton âme, cherchant une sphère plus grande | ||
| Monte vers le Seigneur et lui porte l'offrande | ||
| De ses travaux mystérieux. | ||
| Mais bientôt épuisé de cet effort immense, | ||
| Tu sens flétrir en toi la fleur de l'existence ; | ||
| Ton beau jour est sans lendemain. | ||
| Quand pour prix du combat tu crois à la victoire, | ||
| Quand déjà triomphant tu vas saisir la gloire, | ||
| La mort vient arrêter ta main. | ||
| Et pourtant, tous les deux, grande homme et pauvre arbuste | ||
| Vous avez votre part; et pour se montrer juste | ||
| Dieu vous fait un destin commun : | ||
| Vous survivez encor longtemps à cette vie, | ||
| Et laissez après vous à la terre ravie, | ||
| Toi, ton oeuvre, et toi, ton parfum ! | ||
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P. De Monforand. |
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