| Auteur : Évariste de FORGES de PARNY | ||
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| Recueil : Poésies érotiques | ||
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Souvenir |
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| Déjà la nuit s' avance, et du sombre orient | ||
| ses voiles par degrés dans les airs se déploient. | ||
| Sommeil, doux abandon, image du néant, | ||
| des maux de l' existence heureux délassement, | ||
| tranquille oubli des soins où les hommes se noient ; | ||
| et vous, qui nous rendez à nos plaisirs passés, | ||
| touchante illusion, déesse des mensonges, | ||
| venez dans mon asile, et sur mes yeux lassés | ||
| secouez les pavots et les aimables songes. | ||
| Voici l' heure où trompant les surveillants jaloux, | ||
| je pressais dans mes bras ma maîtresse timide ; | ||
| voici l'alcôve sombre où d'une aile rapide | ||
| l'essaim des voluptés volait au rendez-vous. | ||
| Voici le lit commode où l' heureuse licence | ||
| remplaçait par degrés la mourante pudeur. | ||
| Importune vertu, fable de notre enfance, | ||
| et toi, vain préjugé, fantôme de l' honneur, | ||
| combien peu votre voix se fait entendre au cœur ! | ||
| La nature aisément vous réduit au silence ; | ||
| et vous vous dissipez au flambeau de l' amour, | ||
| comme un léger brouillard aux premiers feux du jour. | ||
| Moments délicieux, où nos baisers de flamme, | ||
| mollement égarés, se cherchent pour s'unir ! | ||
| Où de douces fureurs s' emparant de notre âme, | ||
| laissent un libre cours au bizarre désir ! | ||
| Moments plus enchanteurs, mais prompts à disparaître, | ||
| où l' esprit échauffé, les sens, et tout notre être, | ||
| semblent se concentrer pour hâter le plaisir, | ||
| vous portez avec vous trop de fougue et d' ivresse ; | ||
| vous fatiguez mon cœur qui ne peut vous saisir, | ||
| et vous fuyez surtout avec trop de vitesse ; | ||
| hélas ! On vous regrette avant de vous sentir ! | ||
| Mais non, l' instant qui suit est bien plus doux encore. | ||
| Un long calme succède au tumulte des sens ; | ||
| le feu qui nous brûlait par degrés s'évapore ; | ||
| la volupté survit aux pénibles élans ; | ||
| l'âme sur son bonheur se repose en silence ; | ||
| et la réflexion, fixant la jouissance, | ||
| s'amuse à lui prêter un charme plus flatteur. | ||
| Amour, à ces plaisirs, l' effort de ta puissance | ||
| ne saurait ajouter qu' un peu plus de lenteur. | ||
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Évariste de Forges de Parny. |
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