Procès du Père Hyacinthe, plaidoyer de l'avocat M. Turmier qui l'a défendu devant la cour prévôtale de Rennes en 1697. Partie N°2 Deuxième chef d'accusation.

Procès du Père Hyacinthe, plaidoyer de l'avocat M. Turmier qui l'a défendu devant la cour prévôtale de Rennes en 1697. Partie N°2 Deuxième chef d'accusation.

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Procès du Père Hyacinthe, plaidoyer de l'avocat M. Turmier qui l'a défendu devant la cour prévôtale de Rennes en 1697. Partie 2

Le père Hyacinthe est accusé :

Premier chef d'accusation : d'avoir conspiré contre le personne du gouverneur Henry Habert de Vauboulon, de l'avoir fait arrêter et constitué prisonnier dans un cachot où, après vingt-deux mois, il a été empoissonné

Deuxième chef d'accusation : il est accusé aussi d'avoir fait passer par les armes un valet du même gouverneur.

Partie 1 : Premier chef d'accusation. Partie 2 : Deuxième chef d'accusation

Exposé des faits, rédigé par M. de La Rivière Chériel, rapporteur, et M. Turmier, avocat pour le R.P. Hyacinthe de Quimper, religieux capucin et missionnaire, défendeur et accusé contre M. le procureur du roi, demandeur et accusateur.

Partie 2 : Deuxième chef d'accusation.

Ce chef regarde la mort du nommé La Citerne, valet du sieur de Vauboulon, lequel a été effectivement passé par les armes. On suppose que ça été à la persuasion et par le commandement exprès du père Hyacinthe ; mais il le conteste formellement. Il faut entrer dans les circonstances particulières de cette accusation. Quelques temps après l'emprisonnement du sieur Vauboulon, Firelin nommé commandant dans l'île, fit de son autorité arrêter et emprisonner La Citerne. Le Père capucin était alors à Saint-Paul, c'est-à-dire à sept lieus de Saint-Denis, où se faisait l'emprisonnement.

Firelin écrivit au Père et lui manda qu'il avait fait emprisonner La Citerne parce qu'il avait été averti par un nommé Emmanuel de Mota, Portugais, qu'il avait fait complot de l'égorger en soupant ; de mander le Père pour assister ledit Firelin qu'on disait être tombé malade, et qu'on lui en ferait autant ; qu'on manderait le Père sur lequel on tirerait dans le chemin de Saint-Paul à Saint-Denis deux ou trois coups de mousqueton, et qu'ensuite on tirerait aisément de prison le gouverneur. Il priait par cette lettre ledit Père de se rendre au plus tôt à Saint-Denis et d'y amener les habitants de Saint-Paul, parce que ceux de Sainte-Suzanne qu'il avait mandés s'y trouveraient aussi sans dire pourquoi faire.

Le Père obéit à la lettre, il mène avec lui une partie des habitants qui, avec ceux de Saint-Denis et de Sainte-Suzanne informèrent de l'attentat et condamnèrent La Citerne à tenir prison jusqu'à ce qu'il fût arrivé quelque vaisseau de France.

Ce valet, tout prisonnier qu'il était, ne désista pas de son entreprise, il dit au geôlier trois ou quatre mois après qu'il eût à avertir ses camarades ; mais le geôlier en donna avis à Firelin qui alla à la prison et trouva la serrure de la porte presque détachée, elle fut refermée ; et le Père mandé de nouveau de Saint-Paul avec les habitants. Ceux de Sainte-Suzanne qui sont de l'autre côté de l'île; s'y trouvaient aussi. Il fut de rechef informé de fait à la poursuite de Firelin, lequel nomma même les juges sans que le Père puisse dire le nombre ni les personnes, ni effectivement si Firelin fut du nombre ; mais La Citerne fut condamné à passer par les armes, ce qui fut exécuté le même jour, sans que le Père ait eu aucune part à cette condamnation à mort, et il ne le pouvait pas, parce qu'il se serait rendu irrégulier. Il confessa ce malheureux, l'exhorta, et le conduisit au supplice comme il se fait en semblables occasions ; mais ne participa nullement à sa mort.

On en fait pourtant un grand chef d'accusation contre lui et on empoisonna cette action par mille circonstances des plus graves et des plus atroces qu'on puisse jamais imaginer.

On suppose que c'est le capucin qui a fait arrêter la Citerne, et qui l'a fait constituer prisonnier ; que c'est lui qui le fit condamner à la prison la première fois, et que c'est lui qui nomma neuf juges avec Firelin auquel il attribua le droit d'avoir deux voix ; que les juges ne voulant condamner La Citerne qu'à tenir prison jusqu'à l'arrivée d'un vaisseau français, le Père s'emporta de colère, les fit rentrer dans la chambre, leur montra un livre parlant que celui qui attente à la vie d'autrui mérite la mort et que sur cela il fit condamner La Citerne sans avoir voulu lui faire grâce.

Tout cela n'est qu'un discours fabuleux que Firelin et ses adhérents ont inventé, mais ils sont parties et tous parents ou alliés, et par conséquent incapables de faire foi. Firelin et Bidon sont deux beaux-frères pour avoir épousé les deux sœurs, filles de Royer ; et Marc Vidot est aussi gendre de Royer pour avoir épousé une de ses filles bâtardes ; si bien que voilà une famille unie pour se conserver ; aussi, tous les jours ils sont assemblés dans la prison de cette ville pour concerter avec un conseil les moyens de perdre le défendeur, qui est ( disent-ils ) le seul expédient pour se sauver ; mais leurs personnages sont nuls de droit et partout annulent la preuve.

Au reste, tous les faits qu'on suppose ne sont point véritables et en voici la démonstration : il n'est point vrai que le Père ait arrêter au fait arrêter La Citerne à Saint-Denis ; le Père était à Saint-Paul, où Firelin lui donna avis de l'emprisonnement. Cela est appris par la reconnaissance de La Citerne pour empêcher l'exécution de son mauvais dessein et qu'il en avait donné au Père à Saint-Paul. Ainsi, tous ceux qui disent que ce fut le Père qui fit emprisonner La Citerne, que ce durent Firelin et le Père conjointement, sont par là convaincus d'être faux témoins sur ce fait.

Sur l'autre où l'on dit que le Père nomma neuf juges pour juger La Citerne, et qu'il donna autorité à Firelin d'avoir deux voix c'est une imagination de Bidon, du Hall, la Roche et Barrière auxquels Firelin donne le démenti avec raison, parce qu'il dit, comme il est vrai, que ce ne fut qu'après la condamnation de La Citerne que le père Hyacinthe proposa de nommer neuf habitants pour décider de ce qui se passerait dans l'île, afin de n'être pas dans l'obligation d'assembler tous les habitants à toute occasion ; que cela fut accepté par eux, qu'ils en nommèrent neuf et Firelin pour être le chef comme étant alors commandant dans l'île.

Il ne faut donc pas dire que ce soit le Père qui a nommé et choisi des juges ; ce furent les habitants ; et il ne faut pas dire que ce fut pour juger La Citerne, puisque ce ne fut qu'après la mort de La Citerne qu'ils furent choisis dans le peuple. On demandera qui donc a nommé ceux qui ont rendu la sentence de mort ? On répond que ce fut Firelin et que lui-même se constitua le chef comme étant commandant dans l'île, ainsi qu'il le reconnaît. Il est vrai qu'il dit que le peuple le nomma, mais il y a peu d'apparence qu'il se soit lui-même constitué chef, attendu sa dignité de commandant. Quoi qu'il en soit, par son propre aveu, ce n'est point le Père qui l'a nommé et qui a nommé les autres juges. Les témoins disent que ce fut Firelin qui le fit mettre au cachot, et qui le fit condamner. Il n'y a que ceux-là qui puissent faire foi et non les coupables et accusés, lesquels d'ailleurs étant tous parents et alliés ne parlent qu'à leur décharge et à celle du principal accusé qui est Firelin.

Quand au livre que le défendeur doit avoir présenté aux juges c'est un fait inventé par la cabale de Firelin, aussi l'un dit que ce livre portait que celui qui attentera à la vie d'autrui, encore qu'il ne l'ait pas tué, mérite la mort, et l'autre dit que qui attentait sur l'église, méritait la mort ; cette contrariété fait bien connaître le peu de vérité qu'il y a en cela.

Le défendeur ne s'est point ingéré de la mort ni de l'emprisonnement de La Citerne ; il mena les habitants de Saint-Paul à l'ordre qui lui fut donné de le faire, il ne s'est point ingéré de les nommer juges, cela n'était pas en son pouvoir ni de son caractère ; il se retira dans son hospice pendant le jugement ; il ne sollicita ni la mort, ni la vie, mais laissa un cours libre à la justice ; l'accusé fut conduit à la chapelle, lié ; le père le confessa et le reconfessa plusieurs fois, il l'exhorta à souffrir la mort patiemment comme c'était son devoir ; mais il n'a nullement sollicité la mort, loin d'y avoir contribué. Aussi nul des témoins n'en parle positivement, ou du moins, ceux qui en parlent, ne déposent que par ouï-dire, et c'est n'assurer rien de certain.

Cela provient de l'opinion où étaient les habitants que rien ne se passait que par l'ordre du capucin ; ils ont cru que c'était lui qui ordonnait tout, qui réglait tout, et disposait de tout, sous prétexte qu'ils l'avaient vu conduire le gouverneur en prison ; mais l'opinion est souvent trompeuse, entre autre cette occasion où l'on ne savait pas ce qui se passait sourdement, c'est-à-dire la conspiration de Firelin contre le gouverneur, et que le père n'y paraissait que pour empêcher le désordre, vu que par l'apparence extérieure des faits, ils paraissait pour auteur.

C'est la même chose pour La Citerne ; la plupart ont cru que c'était le capucin qui faisait mouvoir toute la machine de cette tragédie ; mais c'était Firelin par rapport à son intérêt pour se conserver le gouvernement et la vie aussi bien que ceux qui l'avaient arrêté.

Voici donc une cause toute pleine de réflexion, et dont la décision ne doit pas se tirer de l'apparence extérieure des faits. Il faut pénétrer dans le cœur et entrer dans les mouvements intérieurs, puisque ce n'est que par là qu'on peut être jugé coupable et criminel et qu'on le devient.

Pour commencer un crime, il faut avoir des vues d'intérêt, d'utilité, d'honneur ou d'ambition, et on ne peut pas dire en cette occasion, pour peu qu'on réfléchisse sur la personne et sur l'état des choses. Un capucin qui a fait des voeux étroits et d'obéissance et d'humilité, sera-t-il présumé agir par ambition et dans un dessein de commander ? Cela répugne au bon sens, et comment le dire, puisqu'il est appris que le gouvernement lui fut offert et qu'il le refusa ?

Si on veut dire qu'il n'a pas laissé d'avoir un grand empire dans le pays, cela ne peut être dit que par rapport au spirituel, lorsqu'il a vu que les exactions et les crimes régnaient, il a eu une sainte ambition de déraciner et d'en purger la source, non pas par le sang, mais par une expulsion comme Firelin.

On ne peut pas présumer qu'il ait eu des vues d'intérêts et d'utilité, puisqu'il n'a vécu que d'aumônes, qu'il n'a pas même touché la pension de trois cents livres que Sa Majesté lui avait assignée, et qu'il a toujours gardé son vœu de pauvreté dans toutes ses actions comme dans son habit et dans ses repas. Aussi, heureusement, n'est-il pas accusé ni même soupçonné de ce côté-là. Dans quel motifs veut-on qu'il ait donc commis de grands crimes ?

On ne s'imaginera jamais qu'on se rende criminel gratuitement, que l'on fasse le mal parce qu'il est mal ; que l'on soit tout ennemi de soi-même que de regarder le crime sans autre vue que du crime et du supplice qui le menace. Voilà pourtant ce qu'il faut dire de l'accusé. On veut qu'il se soit rendu l'objet de la peine et de toute la sévérité des lois, qu'il soit tombé dans un crime de lèse-majesté, et dans une involution de crimes, de cruautés et d'irrégularités sans passions, sans intérêt.

Tout cela convient mal à la vie et à l'état d'un capucin, il faut considérer les choses dans un bon aspect et par l'influence qui convient à un ordre florissant en vertus, en dévotion et en austérités.

C'est de cet oeil bénin et favorable dont on se flatte que la justice regarde les actions de l'accusé ; elle ne trouvera de ce côté-là rien que de juste, de prudent et de réglé dans la conduite du Père. Son cœur et la pureté de ses intentions n'ont jamais eu que cet objet et tout, considéré par rapport à cette droiture d'âme, c'est ce qui fait espérer que ledit défendeur sera jugé absout de l'accusation.

Partie 1 : Premier chef d'accusation.

Source : Causeries historiques sur l'île de La Réunion. Par G. -F. CRESTIEN. Avec préface par François SAINT-AMAND. Librairie Challamel Ainé. 5 rue Jacob Paris. Année 1881.



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