En
1931, Il obtient une nouvelle mutation comme médecin de la station
thermale d’Hell-Bourg à La Réunion. En 1934, il est
officiellement nommé directeur du service de la Santé de
la Colonie. Il s'engage dans la défense des pauvres, ce qu'il l'amène
à se syndicaliser à la C.G.T., il participate aux activités de
la Ligue des Droits de l’Homme, de la loge maçonnique, L’amitié.
Il rejoint le Comité d’Action Républicaine Démocratique
et Sociale CARDS présidé par Léonus Bénard.
Son engagement le positionne à la gauche de ce rassemblement.
Mai 1935, lors des élections
municipales, il est élu maire de la commune de Salazie. Il appuie
la politique du Front populaire dans la colonie et adhère au Parti
Réunionnais d’Action Démocratique et Sociale, PRADS.
1937, Raymond Vergès
crée, le Comité de rassemblement populaire de La Réunion.
Personnalité de l’élite dirigeante de la colonie,
son opposition au gouverneur Léon
Hippolyte Claudius Truitard est de plus en plus marquée.
1938, il est un des membres
fondateurs de l’Union des syndicats de fonctionnaires liée
à la CGT. Il contribue à la formation d’un front départementaliste
favorable à la modification du statut colonial.
Pendant le régime
de Vichy, 1940-1942, le gouverneur Pierre
Aubert impose à La Réunion la fidélité
au Maréchal Pétain. Raymond Vergès demeure directeur
du service de Santé et conserve son mandat de premier magistrat
de Salazie. Son appartenance à la loge l'Amitié du Grand Orient de France
est pourtant connue de tous quand la loi contre les sociétés secrètes
est étendue à La Réunion en août 1940, néanmoins Raymond Vergès conserve
toutes ses importantes fonctions administratives, tandis que de modestes
instituteurs sont radiés. Alors que tous les Maires sont démis de leurs
mandats et remplacés, Raymond Vergès maire de Salazie s'est fait mettre
en congé dès 1940, est rétabli dans ses fonctions en février 1941. Il
a très clairement l'appui du gouverneur Aubert qui juge qu'il a adopté,
l'attitude d'un très net loyalisme.
28 novembre 1942, le débarquement
des troupes gaullistes à La Réunion, impose un nouveau chef
pour la colonie, en la personne d’André
Capagorry. Les relations de Raymond Vergès avec le nouveau
gouverneur sont excellentes, il adhère à l’Association
bourbonnaise de la France combattante et affirme son attachement à
la personnalité du général de Gaulle, Raymond Vergès
s’impose comme un leader politique dans l’île.
5 mai 1944, Raymond Vergès
avec Orré et Bourdageot fonde, le journal Témoignages, "
Organe de défense pour les sans défense ". Témoignages
se donne comme objectif d’assurer la défense des sans défense
et de changer la vie à La Réunion. Les premières
lignes du numéro 1 de Témoignages sont éclairantes
sur le soutient qu'apporte Vergès, Orré et Bourdaheot au
général de Gaulle :
" Nous tenons à
déclarer d’abord que nous sommes avec le général
de Gaulle et le Comité Français de Libération Nationale
et que, selon le mot d’ordre de Charles Laurent, nous l’appuierons
en toutes circonstances, sacrifiant nos intérêts particuliers
à l’intérêt national, dussent certains apparences
heurter notre manière de voir ou ne point répondre à
plus chères aspirations ".
11 mars 1945,
il est à l’initiative de la création du Comité
Républicain d’Action Démocratique et Sociale, CRADS,
qu’il préside avec Léon
de Lepervanche. C’est sous la bannière de ce comité
que les républicains de la gauche traditionnelle et de la droite
modérée engageront les combats électoraux de l’immédiat
après-guerre.
Lors des élections
municipales du 27 mai 1945, le comité conquiert douze des vingt-trois
communes. Raymond Vergès est élu maire de Saint-Denis. Résultats
des élections municipales du 27 mai 1945 à La Réunion.
7 octobre 1945 , et le 21
octobre 1945 , ont lieu, à la fois, un référendum
et l’élection de députés à une assemblée
chargée de rédiger une nouvelle Constitution. Pour les élections
à l’Assemblée constituante, les deux représentants
du C.R.A.D.S. sont élus députés, Léon de Lepervanche
et Raymond Vergès.
Dans la première circonscription
la victoire du docteur Raymond Vergés est difficilement acquise,
avec 50,4 % des suffrages exprimés, 15 845 voix sur 31 655 des
suffrages exprimés, il est suivi de très près par
son adversaire Alexis
de Villeneuve.
Dans la deuxième circonscription
Léon de Lepervanche est opposé à deux autres candidats,
sa victoire est plus nette. Il réalise 53.5 % des suffrages exprimés,
Raphaël
Babet étiquette socialiste 42.2 % et M. Sanglier 4.2 %. Les
élections législatives du 21 octobre 1945 à La Réunion.
7 octobre 1945, 22 membres
du C.R.A.D.S. sont élus pour siéger au Conseil Général
au Palais Rontaunay sur 36 sièges. Deux femmes de ce comité
entrent dans cette assemblée pour la première fois : Marie
Vergès, tante du docteur Raymond Vergès, du canton de Saint-Denis
et Vivienne Hoarau du canton de Saint-Leu.
A l'assemblée constituante,
Raymond Vergès appartient à la commission des territoires
d’Outre-mer. Il dépose deux propositions de loi, trois propositions
de résolution, deux rapports et un rapport supplémentaire.
Il intervient à quatre reprises en séance, en défendant
cinq amendements. Avec le second député, Léon de
Lepervanche, il adhère au groupe parlementaire du Parti communiste
français, PCF. Il cosigne, avec plusieurs élus des colonies,
Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion, une proposition de
loi en faveur de la création de quatre départements d’Outre-mer.
12 Février 1946. Léon
de Lépervanche et Raymond Vergès déposent un projet
de loi demandant la transformation de La Réunion en département
français. De leurs côtés, des députés
antillais et guyanais dont Aimé Césaire demandent la transformation
de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane en départements
français.
12 mars 1946, discours à
l'Assemblée constituante de Raymond Vergès, extrait :
" Mesdames, messieurs,
les vieilles colonies de l’océan indien et de la mer des
Caraïbes sont proches parentes. Quand on parle des unes, on parle
des autres, et mon camarade M. André Césaire vient de le
démontrer dans son rapport aussi éloquent que documenté.
Je ne reviendrai pas donc
pas sur les lois ou les décrets qui réglementent de façon
plus ou moins heureuse notre existence coloniale à mesure de son
évolution.
Toutefois, la question qui
nous occupe tient trop au cœur de nos compatriotes pour que je n’ajoute
pas quelques mots sur certains points particuliers concernant la Réunion
qui sollicite, avec les Antilles, son intégration dans la communauté
française.
Sans être aux antipodes, l’île de la Réunion
se situe à une dizaine de milliers de kilomètres dans les
mers du Sud, c’est-à-dire très loin de la métropole.
Cependant nulle autre colonie ne s’y rattache par des liens plus
étroits ni plus solides...
Il ne s’agit pas en
effet, d’établir, alinéa par alinéa, la charte
de la vie future de chaque colonie, depuis les douanes jusqu’à
la police. Il y a en jeu une question fondamentale, une question de principe
que nous voulons voir adopter, une question aussi de promesse renouvelée
tant par le Gouvernement français que par les grands partis qui
le soutiennent.
D’ailleurs, l’unanimité
s’est faite à la commission de la France d’outre-mer
où les représentants de tous les partis, sans exception
ont pris des engagements et il serait navrant de voir s’instituer
ici des discussions inopportunes.
Aussi, fais-je appel au
patriotisme de l’Assemblée à qui je demande de nouveau
de sanctionner par un vote unanime qui honorera grandement la France et
la République, l’admission au sein de la patrie française,
de ses vieilles colonies. "
14 mars 1946, l’Assemblée
constituante vote l’ensemble de ces propositions de loi qui deviennent
une seule loi.
Une page importante de l’Histoire
de La Réunion se tourne.
De Paris à La Réunion,
l’annonce du vote de la loi du 19 mars 1946 est faite par les deux
députés sous la forme d’un télégramme
envoyé au Président du Conseil Général de
La Réunion, Paul Picaud.
" Ce soir 14 mars 11h50.
Assemblée Constituante unanimité proclame Réunion
Département Français Stop. Prions Conseil général,
municipalités, Union départementale et tous syndicats envoi
télégramme remerciement président Assemblée
Constituante et fêter cette date historique par grandiose manifestation,
stop. Vive La Réunion. Vergès - De Lepervanche ".
Mai et juin 1946, élections
législatives retour des violences électorales et l’accentuation
d’une fracture entre les deux principaux camps. L’affrontement
frontal est désormais la règle. L’expression "
bipolarisation ", est souvent utilisée pour peindre ces années
de tensions politiques. À gauche, un axe communiste se constitue.
Il se construit autour de personnalités qui exercent un fort ascendant
Raymond Vergès, Léon de Lepervanche, Jean Hinglo…
À droite, le Mouvement Républicain de Libération,
MRP, conduit par Alexis de Villeneuve.
Sur la première circonscription,
celle de Saint-Denis, les deux leaders politiques du moment s’opposent
: Raymond Vergès, maire de Saint-Denis, haut responsable du Parti
communiste français à la Réunion, sous l’étiquette
péi du Comité républicain d’action démocratique
et sociale, et Alexis de Villeneuve, maire et conseiller général
de Saint-Benoît, gaulliste, sous les couleurs du Mouvement républicain
populaire.
Dans la deuxième circonscription
Raphaël Babet met en avant son étiquette de républicain
indépendant, gaulliste et séduit le camp des travailleurs,
Léon de Lepervanche est son adversaire.
11 mai 1946, circulaire du
gouverneur précisant à tous les maires de l’île
que " les réunions électorales ne peuvent avoir lieu
sur la voie publique ".
24 mai 1946, en présence
d’Alexis de Villeneuve, l’un de ses alliés, Marcel
Vauthier, échappe de peu à une tentative d’attentat
perpétrée par un ancien gendarme. Mais l’arme s’était
enrayée. Inquiet, le gouverneur Capagorry, convoque les divers
candidats en lice à une réunion de pacification.
25 mai 1946, réunion
de pacification, elle se tient dans les locaux du gouvernorat, en début
d’après-midi. Les parties en présence s’engagent
à ne plus troubler les rassemblements concurrents.
25 mai 1946, 16h 30. Ce traité
de non belligérance n’aura pas le temps d’entrer en
vigueur. L'affrontement entre les manifestants MRP et les contre manifestants
communistes a lieu près de l'angle de la rue de la Victoire et
de la rue de l'Église, aujourd'hui rue Alexis de Villeneuve. Alexis
de Villeneuve sort d'une réunion avec MM. Vauthier, Chatel, père
et fils, Sauger et Vallon Hoarau. Il commence à haranguer ses troupes
depuis une terrasse située au tout début de la rue de l'Église.
Les contres manifestants communistes et des femmes du CRADS, parti de
Raymond Vergès, arrivent de la maternité et de la poste,
de l'autre côté de la rue de la Victoire ; il frappent sur
des bidons vides pour couvrir la voix de l'orateur MRP. Alexis de Villeneuve
tente d'obtenir l'aide de la police pour arrêter les perturbateurs.
Ils descend de la terrasse pour les affronter, entouré de ses partisans.
Injures et coups sont échangés. Dans la mêlée
qui s'en suit et dans le vacarme qui l'accompagne, des coups de feu claquent
et Alexis de Villeneuve s'écroule, frappé mortellement en
pleine poitrine. La confusion est grande. En dépit de multiples
témoins, dont de nombreux agents de la force publique qui sont
sur les lieux, brigadier J. Barne, inspecteur principal Belon, agent T.
Simon, maréchal des logis chef Payet, les faits ne seront pas clairement
établis. Un seul élément est sûr et incontestable
: une arme a été découverte par le gendarme Cros
dans la poche d'un certain Raymond Orré. Ce dernier a été
intercepté, alors qu'il tentait de sortir de la foule en dissimulant
un revolver. Le fils de Raymond Vergès et ses camarades sont accusés
d'être les auteurs et complices de ce crime. Raymond Orré
arrêté en possession de l'arme, Bourdageau rédacteur
en chef de Témoignages et Quessoi.
25 mai 1946. Dans la soirée
alors que le docteur Vergès échappe de justesse à
un guet-apens qui lui est tendu sur la route de la Montagne, son fils
Paul Vergès, revenu dans l’île le 6 mai après
avoir participé à la libération de la France, est
arrêté. Il est accusé d’être le meurtrier
de De Villeneuve.
16 juin 1946. Sur le plan
électoral, dans la seconde circonscription, la mobilisation (74%
des inscrits) joue en faveur de Raphaël Babet. Le scrutin dans la
1ère circonscription est reporté au 16 juin. Marcel Vauthier
qui remplace le défunt Alexis de Villeneuve l'emporte sur Raymond
Vergès avec 19 148 voix sur 30 991 suffrages exprimés. Les
élections législatives de juin 1946 à La Réunion.
Raymond Vergès connaît
un double échec. Il perd son siège à Assemblée
Constituante, ainsi que son fauteuil de premier magistrat de Saint Denis
conquis par Jean
Chatel.
10 novembre 1946. Les élections
législatives se déroulent le 10 novembre 1946 et sont les
premières de la IVe République nouvellement instaurée.
Désormais, le département de La Réunion compte trois
députés élus pour cinq ans dans un scrutin de liste
à la proportionnelle. Raymond Vergès retrouve la confiance
de l’électorat. La liste communiste qu’il conduit avec
Lepervanche emporte deux siège, elle arrive en tête avec
55% des suffrages, celle de l’Union réunionnaise un seul,
est élu Raphaël Babet. Il devient député, mais
il lui faut attendre janvier 1949
pour que les résultats des élections soient officiellement
validés. Les
élections legislatives de novembre 1946 à La Réunion.
A l'assemblée il est
nommé membre de quatre commissions :
- finances et du contrôle budgétaire, 1946-1947,
- marine marchande et des pêches, 1946-1947,
- des moyens de communication et du tourisme, 1947-1951,
- de la famille, de la population et de la santé publique, 1947-1951.
Durant cette législature,
il cosigne deux rapports et intervient à onze reprises, en défendant
deux amendements. Il dépose également une demande d’interpellation
du gouvernement sur l’application de la loi du 19 mars 1946 portant
érection en départements de la Martinique, la Guadeloupe,
la Réunion et la Guyane, 1er février 1949. Sur les dossiers
réunionnais, il suit attentivement le devenir de la loi de mars
1946. Il constate que la volonté politique fait défaut.
L’Outre-mer n’est pas la priorité des gouvernements.
La départementalisation prend du retard et l’égalité
entre la métropole et les départements d’Outre-mer,
DOM, ne se concrétise pas dans les textes.
Il porte une attention particulière
à l’organisation du chemin de fer et du port de La Réunion,
CPR. Il est amené à intervenir devant l’Assemblée
afin d’obtenir des aides substantielles de l’Etat en faveur
des milliers de sinistrés après le passage du cyclone de
janvier 1948. L’ancien médecin se préoccupe aussi
des questions de santé : paludisme, lutte anti-tuberculeuse. Il
se fait le défenseur de la fonction publique et demande la création
d’une indemnité pour compenser les difficultés d’existence.
Sur le plan de l’action
politique, face à la dynamique du Rassemblement du peuple français,
RPF et à ses victoires aux municipales de 1947, Raymond Vergès,
devenu maire de la commune de Saint-André, préside à
la création de la fédération départementale
du PCF à l’Hôtel de Ville de Saint-Denis le 30 novembre
1947. Au cours de cette première conférence fédérale,
il insiste sur la nécessaire et rapide application des lois sociales
de la métropole.
En juin 1951,
lors des législatives, il dirige la liste d’union anticolonialiste
et antifasciste présentée par la Fédération
communiste. Son engagement électoral est un appel à lutter
contre la misère et au combat politique. Raymond Vergès
est élu député de La Réunion avec 25 580 voix
et 38% des suffrages exprimés, il est l’unique élu
communiste. Résultats
des élections législatives de 1951 à La Réunion.
Lors des cantonales d’octobre
1951, il est battu par Raymond Paris.
Aux municipales de 1953,
il conserve son fauteuil de maire de St André. Dans la même
ville, il retrouve, en avril 1955, un siège de conseiller général.
A 69 ans, il entame son second
mandat de député. De 1951 à 1956, il travaille au
sein de deux commissions :
- commission de la famille, de la population et de la santé publique,
1951-1955.
- commission des moyens de communication et du tourisme, 1951-1955.
Au cours de cette législature,
il dépose deux propositions de loi et une proposition de résolution
concernant le maintien du Chemin de Fer et du Port de La Réunion,
le vote d’une subvention d’un milliard de francs pour secourir
les sinistrés du cyclone du 18 mars 1952 et la confirmation du
statut du personnel du chemin de fer et du port de La Réunion dans
la Caisse des retraites de la France d’Outre-mer.
En 1953, dans le contexte
d’importantes manifestations et de grèves de la fonction
publique, il intervient pour défendre les rémunérations
des fonctionnaires des départements d’Outre-mer. Une démarche
appuyée par les syndicats, les conseils généraux
et les municipalités.
Le 2 janvier 1956, il n’est
pas candidat sur la liste du PCF. Il passe le relais à son fils,
Paul Vergès, qui conduit la liste d’Union pour la défense
des ouvriers et des planteurs. Le député sortant se félicite
de la double victoire communiste, Paul Vergès et Raymond
Mondon, symbole d’une nouvelle génération à
la direction de la fédération du PCF.
Le 2 juillet 1957, il meurt
à son domicile de Saint-André, commune dont il était le maire depuis près
de dix ans.
|