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René
Payet est né le 12 novembre 1922 à la Rivière
Saint-Louis, il est issu d'une famille modeste de petits Blancs. Il est
le troisième enfant d'une famille qui en compte douze mais sera
le seul garçon à survivre avec ses six soeurs.
Aprés ses études
élémentaires, René Payet entre en 1936 au Petit séminaire
de Cilaos. En 1938, il part pour la métropole poursuivre sa formation
théologique dans la Drôme au séminaire des Missions.
En 1942, il se retrouve, dans la France occupée, au Grand Séminaire
colonial à Paris et échappe au Service du Travail Obligatoire
en se faisant délivrer un certificat médical attestant son
" métissage ".
1947, ses études terminées,
il est de retour à La Réunion.
29 juin 1948,
René Payet est ordonné prêtre par l'évêque
de La Réunion Monseigneur
Langavant à la cathédrale de Saint-Denis.
Son premier ministère
à Palmiste Rouge le remet en contact direct avec la réalité
réunionnaise de la misère.
Nommé professeur au
petit séminaire de Cilaos, il a notamment pour élève
Gilbert
Aubry. Il écrit à propos de ces années-là
:
" L’actualité
locale a été riche d’événements dont
je suis totalement resté en marge, que j’ai totalement ignorés
: les grandes et longues grèves des cheminots, des dockers, des
fonctionnaires, des planteurs, l’élection de Raymond Mondon
et de Paul Vergès comme députés, les émeutes
provoquées par les fraudes et les violences électorales.
"
Fin 1957, Au terme de dix
ans de professorat, le Père Payet se retouve en France, il effectue
un stage d'Action Catholique en Bretagne et en Savoie, pendant lequel
il assimile les méthodes de réflexion d'action et d'organisation
sur le terrain. Peu après son retour à La Réunion
il est nommé curé d'une paroisse rurale et ouvrière
et il lance des équipes de Jeunes Agriculteurs Chétiens
JAC.
1960,
Monseigneur
Guibert évêque de La Réunion, confie la direction
de la Misssion des Oeuvres au Père René Payet. Ce dernier
s'investit pendant neuf ans à cette oeuvre d'enracinement de la
foi au coeur de la société réunionnaise.
La décennie 1960 marque
une accélération des changements. Ils imposent au catholicisme
réunionnais quelques adaptations et provoquent aussi les permiers
conflits graves au sein du clergé. La naissance du parti communiste
réunionnais en mai 1959 transforme les données du débat
politique et accentue la bi-polarisation. Rejetant la départementalisation,
le mouvement communiste avance le mot d'ordre d'autonomie. Face à
cette contestation, le clergé catholique est d'abord enclin à
renforcer le camp des nationaux qui luttent contre les menées séparatistes,
et donc à rejoindre les partisans d'une intégration pour
éviter la pise de pouvoir par les communistes.
A cette époque René
Payet déclare :
" La grande idée, c'était d'éveiller les chrétiens
à leur responsabilité au niveau de l'évangélisation
qui ne devait plus être l'affaire du seul clergé et des religieux,
mais la préocupation de tous les baptisés. Chacun devait
vivre et faire passer le message dans son milieu de vie et de travail
: les ruraux dans le monde rural, les ouvriers dans le monde ouvrier,
les étudiants parmi les étudiant...
Voir, juger, agir : une conception
de la pastorale plus embrayée donc sur les réalités
économiques, sociales et politiques. Le prêtre lui-même
devait sortir de l'église et de la sacristie pour être sur
le terrain, au milieu des gens, un homme comme un autre, un homme parmi
les hommes, au coude à coude avec eux. "
1964,
il devient directeur du journal " Dieu et Patrie " qui transforme
en un hebdomadaire “ Croix Sud ”, il dénonce les fraudes
électorales de cette période, en justifia la formation de
l’ADNOE (Appel pour le déroulement normal des élections),
large front de protestation contre les mœurs électorales.
1970,
il démissionne de la direction de la Maison des oeuvres, et abandonne
également la direction de Croix Sud où lui succède
un jeune prêtre, son ancien élève, Gilbert Aubry.
L'église de La Réunion est divisée par des conflits
politiques et minée par des oppositions entre prêtres créoles
et métropolitains. Le Père Payet décide d'afficher
sa position, il adhère au parti socialiste, participe à
ses instances et devient un des collaborateurs permanents de son bimensuel
Combat Socialiste. Le Père René Payet est à cette
époque un fervent défenseur de l'union des socialistes avec
le Parti Communiste Réunionnais.
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14 mai 1974, lors de la campagne
présidentielle des coups de feu sont tirés sur la voiture
qui transporte Paul
Vergès et Christophe Mitterrand, à la Grande Ravine. Après
cet " attentat " le père René Payet fait parvenir
à " Témoignages " le message suivant.
" Mes amis.
J’évite de paraître dans les réunions électorales,
mais à l’occasion de l’attentat perpétré
hier soir contre Vergés, je tiens à vous dire combien nous
trouvons ces procédés écoeurants. Supprimer son adversaire
politique n’est certainement pas le moyen de gagner. Ceux qui usent
de moyens violents ne font que prouver leur faiblesse. La volonté
est claire de décapiter l’opposition, et si l’on manque
son coup, on pourra toujours semer la peur. Nous aussi à la cure,
nous avons reçu des menaces par téléphone. Mais,
cela ne nous a fait perdre ni notre calme ni la fidélité
à nos convictions. C’est en effet par notre calme et notre
détermination à tous que nous pourrons mieux manifester
la force que nous représentons. Une force qui commence à
faire peur et qui prépare la victoire ! Avec tous ceux qui luttent
et qui souffrent au nom de la justice et de la liberté, pour la
dignité de l’homme, de tout homme ".
1975, l'évêque
de La Réunion Monseigneur Guibert démissionne, Rome envoie
en mission à Saint-Denis le nonce apostolique de Madagascar, à
charge de rencontrer le clergé et toute la communauté chrétienne
pour proposer une issue à la crise que traverse l'Eglise dans le
département. Le nom de René Payet à la succession
de monseigneur Guibert est prononcé, le PCR organise des déplacements
en masse de ses militants pour aller déclarer au Nonce, lors des
journées d'audiences programmées, que "le père
Payet c'est un bon père c'est lui qui nous faut comme évêque".
Mais le Pape nomme Gilbert Aubry comme évêque de La Réunion.
1977, lors des élections
municipales les socialistes refusent l'alliance avec le PCR et décident
de voler de leurs propres ailes, le Père Payet se retire du parti
socialiste et cesse sa collaboration avec leur journal.
René Payet alors curé
de Saint-Louis prend la présidence de Témoignages Chrétien.
Le 19 novembre 1977, dans
un colloque il déclare :
" Si vous me demandez
ce que je pense du rôle que peuvent jouer et doivent jouer les chrétiens
dans l'évolution politique de La Réunion, vous me ramenez
à l'assemblée générale de Témoignage
chrétien-Réunion qui s'est donné comme objectif de
rassembler tous les chrétiens pour le changement.
De changement tout le monde
en parle. Les dernières assises des différents partis politiques,
même ceux de la majorité, ont multiplié les constats
d'échec, analysé la crise et dénoncé la politique
suivie jusqu'ici en tous les domaines. Jusqu'à ces dernières
années, l'église institution ne se posait guère de
problèmes à ces niveaux-là : elle est apolitique,
tout le monde le sait. Mais provoquée par la situation catastrophique
où se débat un nombre toujours croissant de personnes, elle
a commencé aujourd'hui à dénoncer " l'économie
désaxée ", à condamner les fraudes qui faussent
le jeu démocratique ; elle s'inquiète du traitement de l'information
; elle découvre peu à peu les dessous et les discussions
politiques de la migration ; elle intervient ici et là quand des
licenciements massifs menacent le sort de centaine de familles pour rappeler
que l'homme passe avant le profit.
C'est assez nouveau, mais ce sont des interventions très circonstancielles
pour dénoncer des abus criants. Elles ne s'inscrivent pas dans
la logique d'un choix de solidarité vécues et en rupture
avec un certain ordre. Si l'église jusqu'à maintenant ne
donnait pas complètement la main au pouvoir établi et dans
ce cas l'en accuser serait peut-être une calomnie, elle justifiait
cependant dans sa démarche et défendait l'ordre établi
et dans un régime colonial, on sait ce que cela veut dire !. Le
pouvoir ne lui en demande pas plus. Et si, en outre, pour protéger
la foi des fidèles, elle condamne solennellement le communiste
athée et, comme dans les années 50, se livre à une
véritable chasse aux sorcières, excluant des sacrements
les lecteurs de Témoignages ou les électeurs communistes,
le chantage aux sacrements rejoignant le chantage à l'assistance,
que souhaiter de plus ? Et comment s'étonner que des prêtres
soient montrés du doigt dès le moment où ils acceptent
plus de jouer ce jeu-là et qu'ils le disent, c'est surtout, d'ailleurs,
de le dire tout haut qui est " faire de la politique ".
Pour que ça change,
nous ne demandons pas à l'église de soutenir tel parti politique
plutôt que tel autre. Elle n'est pas elle-même un parti politique,
nous le savons. Il est même normal qu'elle soit attentive à
ce qu'aucun parti ne l'annexe. Nous savons que ses objectifs ne sont pas
politiques et que ce n'est pas à elle de proposer des remèdes
pour le rééquilibrage de cette économie qu'elle juge,
elle même désaxée. Nous lui demandons d'abord une
certaine rupture avec le fait colonial où elle avaient partie liée
avec le pouvoir et l'argent : c'est devenu un lieu commun de l'affirmer
et il faudrait être de mauvaise foi pour le nier. Tous ceux qui
ont essayé de réagir contre tant qu'ils ont été
des individus isolés ont été impitoyablement proscrits
: depuis P. Lafosse
qui s'était solidarisé avec les esclaves et auquel la piété
populaire voue encore un véritable culte, jusqu'au Père
Michels Reynolds dont l'expulsion en 1970 n'a suscité qu'une timide
protestation de l'évêque d'alors et que l'on essaie d'enterrer
définitivement à Maurice, Mgr Aubry refusant même
de le reconnaître par écrit comme membre de son clergé.
Tout cela parce que le choix des pauvres qu'il avait fait, au nom de l'Evangile,
avait des résonances politiques incompatibles avec son statu d'étranger,
il est resté citoyen mauricien.
Une rupture avec le pouvoir
suppose que l'Eglise accepte de reconnaître et d'évaluer
l'impact politique de ses choix, de ses réactions et de ses silences,
impact à forte résonance dans le contexte insulaire extrêmement
politisé de La Réunion.
... quand l'évêque
de La Réunion, plus simplement et discrètement profite de
la table et de l'avion présidentiels, ces actes comportes de graves
implications politiques. Qu'on le reconnaisse au moins ! ".
Le Père Payet conjugue
alors responsabilités de paroisses, collaborations journalistiques
et engagements de plus en plus déclarés aux côtés
du PCR.
1987, René Payet décide
de pousser encore plus loin son engagement politique, à l’âge
de 65 ans, il devient journaliste à Témoignages, journal
fondé par le Docteur Raymond
Vergès. Sous le pseudonyme d’Olivier Thienbo, il décrit
les scènes de la vie réunionnaise et décripte l'actualité.
23 février 1992, il
prend, à la demande du PCR, la présidence du " Mouvement
des Réunionnais pour l’égalité, la démocratie,
le développement et la nature " dont le secrétaire
général est Paul Vergés, ce mouvement qui dès
sa création compte 7 000 personnes vise à élargir
la base électorale des communistes.
1992, alors curé de
Piton Saint-Leu, il entre de plain-pied dans la bataille politique en
se présentant aux élections
sénatoriales du 27 septembre 1992 sous l'étiquette du PCR,
Parti Communiste Réunionnais, au premier tour il obtient 203 voix
sur 916 suffrages exprimés soit 22.16 %, au second tour 5 voix
sur 904 suffrages exprimés soit 0.55 %. Les trois sièges
reviennent aux candidats de droite : Éric
Boyer - Pierre
Lagourgue - Paul
Moreau.
1993, Il se présente
aux élections
législatives de La Réunion du 21 mars 1993 et du 28 mars 1993 dans
la 3ème circonscription. Il est battu par le candidat de l'UMP,
Union pour un Mouvement Populaire, André
Thien Ah Koon.
1995, le Père René
Payet est à la présidence du " Collectif contre les
injustices de la justice " dont le seul objectif est de défendre
Pierre Vergés, impliqué dans l'affaire du marché
de l'endiguement de la Rivière des galets. La même année
il est candidat aux Municipales de Saint-Leu, il est encore battu.
René Payet est en
conflit chronique avec l’évêque de La Réunion
Gilbert Aubry, qui ne supporte pas son engagement politique à gauche.
Le prêtre s'est présenté trois fois à des élections,
mais il n'est jamais élu. Pour sa part, le Père René
Payet se dit " atterré, je suis désigné à
toute l’opinion publique, dans tous les organes de presse, comme
un insoumis. Voilà ce que c’est de vouloir jouer franc jeu.
Monseigneur Gilbert Aubry souligne en 1998, lors du cinquantième
anniversaire d’ordination du père René Payet, "
ce qui le caractérise : la chaleur qui traverse ses relations humaines
et la générosité du cœur ".
1996, René Payet publie
" Quel diable de prêtre ! chez Océan Éditions,
puis ré-édité chez Karthala sous le titre "
René Payet, prêtre créole de La Réunion ".
Son livre est un récit concret et chaleureux, fait d’autobiographie
et de libres propos sur la foi et sa modernité, le politique, le
sens de l’homme et de la vie.
Rattrapé par l'âge
et la maladie, il se retire de la vie publique, le père René
Payet, décéde le 8 septembre 2011.
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