La
première tâche du gouverneur, qui n'est pas la plus facile, est de prendre
la mesure des problèmes en cours en faisant une tournée des communes de
l'île.
Hubert Delisle lance une
campagne de travaux dans toute l'île. C'est ainsi que la route qui mène
de Saint-Denis au Brûlé est ouverte et construite sur son initiative et
avec l'argent d'un riche négociant de Saint-Denis, Julien Gaultier de
Rontaunay. Aujourd'hui cette route de ceinture à 600 mètres d'altitude
porte le nom de route Hubert Delisle.
En quelques années, les chantiers
s'accélèrent et se multiplient ; toutes les communes qui n'en avaient
pas encore, se dotent d'églises et de chapelles en dur. On vote les fonds
nécessaires à la construction d'une cathédrale
à Saint-Denis dont la première pierre est posée le 9 octobre 1856.
En parallèle, de nouvelles
institutions sont créées. Avec Hubert Delisle, La Réunion entre dans l'ère
du changement. Ainsi, le 4 juillet 1853,
la Banque
de la Réunion ouvre ses portes à Saint-Denis. Le pays possède enfin
son établissement de crédit. En outre, et afin de développer le sentiment
de l'épargne dans la population, le Gouverneur crée en 1854 la Caisse
d'Épargne et de Prévoyance.
1853, création d'un service forestier
par arrêté du Gouverneur Hubert Delisle. La création
du service forestier fait suite à une lettre envoyée par
tous les conseils municipaux de La Réunion à l'Empereur
:
"ils signalent les déplorables
effets de la dévastation des forêts, qui n'on seulement a
fait disparaître les plus belles essences d'arbres de l'île,
mais encore a séché ou considérablement diminué
les cours d'eau qui arrosent la colonie. Destructions inconsidérées
qui ont modifié les conditions hygiéniques de pays."
1853, tournée officielle
du gouverneur de l'île. Le littoral et tous les centres de population
sont visités, les chemins vicinaux sont étudiés,
les dérivations utiles des eaux des rivières sont arrêtées.
Les localités les plus éloignées ne sont point oubliées.
Des manifestations prestigieuses
organisées. En 1853, l'île organise sa première exposition coloniale.
Instituée par décret du gouverneur, elle ouvre ses portes le 6 octobre
dans les allées du Jardin colonial et se substitue à la Fête du Travail
établie en 1848. Un jury constitué par le gouverneur récompense les meilleurs
exposants.
12 mars 1854,
le gouverneur Hubert-Delisle pose la première pierre des travaux du premier
port
de Saint-Pierre. La construction connut de nombreux aléas politiques
et financiers et ne s'acheva qu'en 1883.
3 mai 1854, un sénatus-consulte
rétablit un nouveau Conseil Général à La Réunion,
composé de 24 membres nommés pour moitié par le gouverneur,
et pour moitié par les conseils municipaux. Hubert Delsile reste
décideur, en effet les budgets arrêtés par le Conseil
Général doivent être approuvés par le gouverneur.
26 avril 1855,
Hubert Delisle décide la libération d'Edmond
Albius pour bonne conduite après 3 ans d'emprisonnement. Edmond
Albius qui a découvert une méthode simple pour féconder
manuellement les fleurs de l'orchidée
vanillier, a été condamné à cinq ans de
travaux forcés le 15 juin 1852 pour une affaire de vol.
31 décembre 1855,
Hubert-Delisle signe un arrêté pour la création d’une
bibliothèque publique réclamée par bon nombre de
Dionysiens. Il s’agit d’une nouveauté car si par le
passé la colonie a compté quelques bibliothèques,
aucune n’était ouverte librement au public. Seuls les fonctionnaires
pouvaient accéder à la bibliothèque du gouvernement
ou à celle du conseil.
Choquée par la grande
misère de la majeure partie de la population de l'île, Madame
Hubert Delisle, femme du gouverneur, multiplie les oeuvres de charité.
C'est ainsi qu'elle fonde en 1855 sur le site baptisé Bethléem
à Saint-Benoît, un ouvroir (établissement de bienveillance
où les religieuses s'assemblent pour travailler) et une chapelle
dédiée aujourd'hui à Notre Dame de Fatima.
Le 14 août 1855, le Muséum
d'histoire naturelle est inauguré en présence d'un hôte de marque,
le major général Hay, Gouverneur de Maurice. La tournée dans l'île de
ce personnage est une réussite totale. C'est l'âge d'or pour la colonie.
Entre temps, l'ardeur au
travail de Louis Henri Hubert Delisle vaut en moins de deux ans à ce bonapartiste
des plus ardents d'être fait chevalier de l'ordre de la Légion d'Honneur
par l'Empereur et Commandant de Saint-Sylvestre par Sa Sainteté le Pape.
15 août 1856, inauguration
par le gouverneur de la statue de Bertrand
François Mahé de La Bourdonnais, gouverneur des îles de France
(île Maurice) et de Bourbon ( La Réunion ) de 1735 à
1747. Le monument en bronze réalisé par le sculpteur parisien
Louis Rochet est présenté et médaillé à
l'exposition universelle de 1855. Il est transportée à la
Réunion par le bateau Alphonsine et arrive dans l'île en
1856. Mahé de La Bourdonnais est représenté en pied,
face à l'océan, quatre plaques en bronze, flanquent le haut
piédestal en pierre de basalte. La statue
est installée sur la Place du Gouvernement.
Le 8 janvier 1858, Hubert
Delisle fait ses adieux à son île natale. Il embarque à bord du
navire l'Azof. Son état de santé est la cause de son départ,
une consultation délibérée par trois médecins
expérimentés avait déclaré que sa santé
était fort sérieusement compromise, et qu'il convenait qu'il
rentrât immédiatement en France.
La veille de son départ,
il adresse à la population de l’île cette proclamation publiée dans le
Moniteur du 9 janvier 1858 :
Habitants de la Réunion,
c’est avec un sentiment de profonde tristesse que je m’éloigne de vos
rivages aimés. Attaché à cette Colonie par tous les liens les plus chers
au cœur de l’homme, depuis que la confiance du Souverain m’avait appelé
à l’administrer, j’avais fait de ses intérêts le premier des intérêts
de ma vie. J’y avais consacré tout ce que le ciel a pu me donner d’énergie
et d’amour du bien... . Adieu donc, habitants de la Réunion ! Adieu, mes
amis et mes compatriotes ! Les six années que je viens de passer parmi
vous ont été , je vous l’ai déjà dit, les plus belles de ma vie ; elles
resteront mon meilleur et mon plus précieux souvenir... "
De retour en métropole, en
1858, Hubert Delisle devient sénateur du Second Empire.
Il est fait officier de la
Légion d'honneur en 1860, et Commandeur en 1865.
Il est par ailleurs de nouveau
maire de Saint-André-de-Cubzac de 1870
à 1878,
tandis qu'il est Sénateur de la Gironde de 1876
à 1879.
Après 1879, il se retire dans son château de Brouilh, au milieu du vignoble
qu'il a créé.
Le 8 décembre 1881
alors qu'il assiste à une séance de la Société d'Agriculture de la Gironde
dont il est membre, Hubert Delisle est foudroyé par une attaque, y repose
depuis lors dans le cimetière de la Chartreuse à Bordeaux.
M. vermeil, négociant de La Réunion,
prononce une oraison funèbre à Bordeaux, pour Hubert de
Lisle, au nom des créoles de Bourbon.
" Nommé gouverneur de cette
belle et importante Colonie, il y arriva salué des acclamations
de ses compatriotes.
C'était justice, car il leur apportait, avec son
dévouement sans bornes, les utiles réformes, l'initiative
de grands travaux, l'impulsion industrielle et commerciale, le développement
de l'instruction, la confiance, le courage et l'on pourrait dire la richesse,
tant les années furent prospères sous sa féconde
et brillante administration.
Le pays retrouvait en lui le digne descendant
de ces vaillants Colons. Dans l'administrateur, il sentait le coeur d'un
de ses enfants, aussi soucieux de ses intérêts intellectuels
et moraux que de sa prospérité matérielle. Il le
retrouvait encore dans les bienfaits qu'avec l'aide d'une noble compagne,
il savait répandre chaque jour pour les déshérités
de la fortune ".
|