Sarda Garriga. Commissaire général de la République.
Gouverneur du 13 octobre 1848 au 8 mars 1850.
Il proclame
l'abolition de l'esclavage à La Réunion le 20 décembre 1848.
Joseph Napoléon Sébastien
Sarda-Garriga.
Né à Pezillas-la-Rivière, dans le Roussillon, le 13 décembre 1808. Fils de Gauderi
Sarda, berger
et de Marie Garrigue.
Sarda-Garriga a pour parrain, Joseph Bonaparte, frère de l'Empereur, Roi d'Espagne, qui avait était
accueilli par sa modeste famille.
Après de brillantes études, il fait carrière dans l'administration des finances de Louis-Philippe,
ce qui ne l'empêche pas d'afficher ses opinions républicaines. Il épouse en 1841, Ève Louise
Poncelet de
Mauvoir. Il est nommé en 1848, receveur général des Finances. Franc maçon ami de
Victor Schoelcher, celui-ci membre du gouvernement provisoire le choisit pour le poste de
commissaire général de la République à la Réunion. Sa mission : abolir l'esclavage à l'île de la
Réunion en évitant les troubles.
Le 14 octobre 1848, il débarque de l'Oise et arrive comme Commissaire général de la République
à la Réunion.
Le 17 octobre 1848, c'est la proclamation du nouveau gouverneur à sa prise
en fonction.
Le 24 octobre 1848,
par décret le
travail est rendu obligatoire. Lire
le décret.
Le 13 novembre, Sarda-Garriga entame sa
première campagne
d'explication dans l'île
Le 20 décembre 1848, il proclame l'abolition de l'esclavage à l'île de la Réunion
Texte
de la proclamation du 20 décembre 1848 signé par SARDA-GARRIGA.
RÉPUBLIQUE
FRANÇAISE LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
20 DÉCEMBRE 1848. AUX TRAVAILLEURS.
Mes
amis.
Les
décrets de la République française sont exécutés : Vous êtes
libres. Tous égaux devant la loi, vous n'avez autour de
vous
que des frères.
La
liberté, vous le savez, vous impose des obligations. Soyez dignes
d'elle, en montrant à la France et au monde qu'elle
est
inséparable de l'ordre et du travail.
Jusqu'ici,
mes amis, vous avez suivi mes conseils, je vous en remercie. Vous me
prouverez que vous m'aimez en
remplissant
les devoirs que la Société impose aux hommes libres.
Ils
seront doux et faciles pour vous. Rendre à Dieu ce qui lui appartient,
travailler en bon ouvriers comme vos frères de
France,
pour élever vos familles; voila ce que la République vous demande.
Vous
avez tous pris des engagements dans le travail : commencez-en dès
aujourd'hui la loyale exécution.
Un
homme libre n'a que sa parole, et les promesses reçues par les
magistrats sont sacrées.
Vous
avez vous-même librement choisi les propriétaires auxquels vous avez
loué votre travail : vous devez donc vous
rendre
avec joie sur les habitations que vos bras sont destinés à féconder
et où vous recevrez la juste rémunération de
vos
peines.
Je
vous l'ai déjà dit, mes amis, la Colonie est pauvres beaucoup de
propriétaires ne pourront peut-être payer le salaire
convenu
qu'après la récolte. Vous attendrez ce moment avec patience. Vous
prouverez ainsi que le sentiment de
fraternité
recommandé par la République à ses enfants, est dans vos cœurs.
Je
vous ai trouvés bons et obéissants, je compte sur vous. J'espère donc
que vous me donnerez peu d'occasion d'exercer
ma
sévérité; car je la réserve aux méchants, aux paresseux, aux
vagabonds et à ceux qui, après avoir entendu mes
paroles,
se laisseraient encore égarer par de mauvais conseils.
Mes
amis travaillons tous ensemble à la prospérité de notre Colonie. Le
travail de la terre n'est plus un signe de servitude
depuis
que vous êtes appelés à prendre votre part des biens qu'elle prodigue
à ceux qui la cultivent.
Propriétaires
et travailleurs ne feront plus désormais qu'une seule famille dont tous
les membres doivent s'entraider. Tous
libres,
frères et égaux, leur union peut seule faire leur bonheur.
La
République, mes amis, a voulu faire le votre en vous donnant la liberté.
Qu'elle puisse dire que vous avez compris sa
généreuse
pensée, en vous rendant dignes des bienfaits que la liberté procure.
Vous
m'appelez votre père; et je vous aime comme mes enfants; vous écouterez
mes conseils : reconnaissance éternelle
à
la République française qui vous a fait libres ! et que votre devise
soit toujours Dieu, la France et le Travail.
Vive
la République ! Signé
SARDA-GARRIGA.
L'institution du travail obligatoire par le gouverneur Sarda Garriga avait permis d'abolir l'esclavage dans le calme. Mais elle est
vite
bafoué. Les propriétaires se plaignent, les affranchis désertent les champs. La faute est dans les deux camps : chez les patrons
qui continuent à se faire appeler " mon Maître ", la rudesse des manières ; chez l'affranchis, on rejette une forme de travail
assimilée à l'esclavage.
17 février 1849, le gouverneur de La Réunion, Sarda Garriga épouse à la cathédrale de Saint-Denis en seconde noce, Adèle Juteau
venue le rejoindre, et fait paraître ce même jour sa Proclamation aux travailleurs.
17 février 1849. Proclamations aux travailleurs de Sarda
Garriga.
" Je ne suis pas content de vous. Est-ce ainsi que vous comprenez la liberté ? Je vous l'ai dit : sans le travail, elle ferait votre malheur.
Heureusement que je suis là pour récompenser les travailleurs et aussi pour punir les paresseux. Enfant de la mère patrie, je suis venu vous donner la liberté en son nom : m'inspirant de sa sollicitude pour ce beau pays, en son nom je frapperai ceux qui troubleraient l'ordre en abandonnant le travail.
Mes enfants, croyez-moi bien, le travail c'est l'ordre. Espérez-vous me tromper en me montrant des engagements ? Eh ! que m'importe votre livret, si vous ne satisfaites pas aux conditions qui y sont écrites ?
Les propriétaires du sol vous payent pour le cultiver : cultivez donc le sol qui doit nous enrichir tous, vous, le propriétaire, et la patrie qui vous a faits libres.
Vous n'appartenez plus à un maître, mais vos bras appartiennent au champ qui doit vous nourrir. Le propriétaire vous a dit : " Ce champ est à moi ; féconde-le par ton travail, et je te donnerai un salaire. " Accepter le salaire et ne pas donner votre travail, c'est un vol que la justice commande de punir.
Passer seulement quelques heures à l'atelier, lorsque vous devez n'y pas manquer depuis le matin jusqu'au soir, c'est encore voler une partie du travail pour lequel on vous paye.
"
Par arrêté du 16 avril 1849 de Sarda Garriga, une société anonyme dite “Comptoir d’escompte et de prêts” est créée à Saint-Denis.
Le 29
août 1849, le Père Joffard, en conflit avec la société coloniale en
raison de son implication dans la campagne pour les élections
législatives,
est expulsé de la colonie par le gouverneur.
Sarda Garriga révoqué
le 10 novembre 1849, n'est informé de cette mesure par courrier que le 22 janvier 1850. Il remet ses fonctions
le 8 mars 1850 au Commandant militaire Barolet de Puligny. Sa révocation surprend la
colonie qui lui manifeste son estime. Sarda
Garriga quitte l'île Bourbon le 21 avril
1850 pour entrer à Paris.
En décembre 1851, il est nommé commissaire général de la Guyane. il rentre en France en 1853,
ne voulant pas être le gardien des
opposants de Napoléon III, sa carrière est brisée.
Il se retire dans l'Eure où il monte une affaire d'eaux minérales qui fait faillite. Le Conseil général de
la Réunion lui accorde une
modeste pension. Il meurt pauvre le 8 septembre 1877. Hormis la reconnaissance d'une grande partie de la population de la Réunion,
le libérateurs des esclaves est mort totalement oublié par ses contemporains.