Récit du trajet inaugural du chemin de fer de La Réunion du 11 février 1882 et du 12 février 1882

Récit du trajet inaugural du chemin de fer de La Réunion du 11 février 1882 et du 12 février 1882


Récit du trajet inaugural du chemin de fer de La Réunion du 11 février 1882 et du 12 février 1882

11 février 1882 de Saint-Denis à Saint-Benoît et retour à Saint-Denis.

11 février 1882. C'est un vrai jour de fête. Les locomotives jettent à la brise leurs sifflets stridents qui avertissent au loin les invités et la foule des curieux que la séance va commencer. Dès dix heures, une foule immense assiège la place Candide, la gare, et les abords de la voie ferrée. La police et la gendarmerie ont beaucoup de peine à contenir le flot humain, dont les houles tumultueuse contrastent avec les vagues de la mer qui viennent expirer doucement sur la plage bruyante.

Les locomotives sont rangées en une ligne majestueuse devant l'estrade. Elles sont décorées de drapeaux tricolores. Les invités arrivent successivement à la gare et de là se rendent sous la tente où doit avoir lieu la cérémonie.

Après les discours : du Gouverneur de La Réunion Pierre Etienne Cuinier, de l'Évêque de la Réunion Monseigneur Coldefy, celui-ci, entouré de ses vicaires et de plusieurs membres du clergés, bénit les locomotives. Puis, les invités se rendent au train, composé de six voitures, et de deux fourgons. L'heure du départ est solennelle. La foule, échelonnée des deux côté de la route, salue les invités qui, les premiers, vont parcourir la voie ferrée. La musique de la Milice joue la Marseillaise au départ du train.

Le train part. Il longe à petite vitesse le boulevard Lancastel et côtoie le cimetière, ce qui n'est pas sans inspirer de lugubres pensées au voyageurs. Mais voici qu'il entre dans son domaine. Il suit le littoral, sur les pas géométriques, et franchit les ponts de la rivière du Butor, des Patates à Durand, de la Rivière des Pluies, de la Mare.

Sainte-Marie est pavoisée. Devant la gare, des jeunes gens courent après le train et offrent un bouquet qui tombe aux mains d'un membre de la Commission de permanence, lequel s'empresse de la faire passer, de portière en portière, à M. Blondel.

A la marine on salue le train de plusieurs coups de fusil et d'un coup de canon.

Mais nous voici sur le remblai de la Ravine des Chèvres. On arrive par une courbe ; on descend par une pente assez forte, on remonte, et, au contour, la machine déraille. Les ingénieurs descendent et vont coir quelle est la cause de l'accident. C'est un rail, dit-on, qui, par l'effet de la chaleur, s'est dilaté. Au contour, le tampon du premier wagon s'est accroché à celui de la machine. Peu importe la cause. Nous restons là une heure et quart. On replace, la machine sur la rails ; des hommes de bonne volonté, parmi lesquels se trouvent des invités, poussent les wagons jusqu'au sommet de la côte où la locomotive les attend. Et nous repartons.

Le train s'arrête à Sainte-Suzanne quelques minutes, le temps de serrer la main aux amis qui perdaient déjà l'espoir de nous voir. La marine nous salue d'un coup de canon. Un navire mouillé sur la rade est pavoisé et fait le salut.

Le train ne s'arrête pas à Saint-André ; nous sommes en retard. Mais il y a beaucoup de curieux à la gare qui est pavoisé ; beaucoup de monde encore sur la route. Nous voici arrivés au magnifique pont de la rivière du mât. Après l'avoir franchi, le train s'arrête et les voyageurs sont invités à admirer ce gigantesque travail. C'est un pont en tôle, de 100 mètres de portée, un des plus beaux qui existent. La Colonie peut être fière. c'est ici l'occasion de rappeler le nom de M. Grivaux, qui, chargé par la Compagnie du Creusot d'exécuter ces admirables travaux, les a menés tous à bonne fin. Mais ne perdons pas de temps, et en voiture messieurs ! Au Bourbier, on nous signale par un coup de canon et une fusillade.

Enfin, nous arrivons à Saint-Benoît, à quatre heures.

A Saint-Benoît. Nous passons sous un arc de triomphe ; la gare et l'avenue sont pavoisées. Sur un chevalet il y a un superbe bouquet, avec cette dédicace : A. M. Blondel. Le canon tonne... il y a encore des canons à Saint-Benoît... vingt-et-un coups, s'il vous plaît ! La musique joue la Marseillaise. Une foule immense assiste à l'entrée du cortège dans la salle d'attente de la gare, pù la Compagnie a préparé une somptueuse collation pour ses invités.

Le nouveau maire, M. le docteur Eugène Jacob de Cordemoy, reçoit M. le Gouverneur. Il lui adresse la bienvenue en ces termes :

Monsieur le Gouverneur, Messieurs,
Je suis heureux d'être, en ce jour mémorable, l'interprète des sentiments de mes concitoyens accourus, pleins de joie et d'espoir, au devant de ce brillant cortège. Votre arrivée dans notre commune, tête de ligne du chemin de fer, ouvre pour nous une ère nouvelle et marque l'heure d'une profonde et heureuse transformation économique. Nous saluons en vous les premiers témoins de ce grand évènement colonial.

La voilà donc réalisée, cette oeuvre gigantesque, considérée naguère comme une utopie, ou du moins comme un rêve ! Les voilà donc fumant rugissant sur nos rivages, ces dociles engins, merveille du génie humain, dont le souffle puissant vient de vous conduire parmi nous !

Et ce bienfait inespéré, ce progrès immense, sûrs garants d'un retour à la prospérité, la Colonie les doit à l'initiative de quelques hommes d'intelligence et d'action, à la sagesse de nos assemblées locales, au patriotique dévouement de nos représentants, et surtout à la maternelle et inépuisable générosité de notre France bien aimée. Notre reconnaissance leur est à jamais acquise.

Honneur donc, Messieurs, à tous ceux qui ont concouru au succès de cette difficile entreprise. Honneur à vous ingénieurs éminents qui avez su triompher, à l'admiration de tous, de tant de difficultés semées sur votre route. Vos noms, déjà populaires, vivront inscrits dans l'histoire de notre petits pays, aussi longtemps que ce pays lui-même, à côté de celui du Chef aimé et respecté de cette Colonie, à qui a été réservé le bonheur de présider, en ce jour solennel, à l'inauguration de votre belle oeuvre. Unis dans un sentiment profond d'espoir, de confiance et de gratitude, nous nous écrions Messieurs : Vive la République ! Vive la Colonie ! Vive le gouvernement ! Vive la Compagnie du Port et du Chemin de fer !

Le chef de la Colonie répond en ces termes. Réponse de M. le Gouverneur :

Monsieur le Maire,
Je vous remercie de l'éloquent et chaleureux hommage que vous venez de rendre à ceux qui nous font faire un si grand pas dans la voie du progrès. On ne saurait mettre trop de prix à ce que nous leur devons.

Je vous remercie également d'avoir deviné de quels sentiments je suis animé dans cette circonstance, si importante pour un pays que nous aimons tous et que nous avons tant à cœur de voir prospérer ; c'est avec raison que vous parlez de mon bonheur : je crois être plus heureux que personne, car je le suis pour toute la Colonie. Il me semble qu'en avançant dans cette tournée triomphale, triomphale pour Monsieur le Directeur des travaux de la Compagnie, bien entendu, nous marchons à la conquête d'un nouvel avenir et que chaque localité traversée est une localité sauvée. Entraîné par cette séduisante pensée, je voudrais na pas m'arrêter à Saint-Benoît, je voudrais continuer, faire le tour de l'île et apporter partout la confiance et l'espoir. Mais il faut savoir renoncer à l'impossible. Contentons-nous donc de voir votre belle commune comprise dans le rayon de la voie ferrée, et comptons sur elle pour répandre plus loin le principe de vie et d'ardeur qui lui viendra de ce côté. A vous maintenant de l'administrer, Monsieur le Maire, de manière à la faire profiter largement des nouveaux moyens de progrès dont elle dispose. Je vous souhaite d'avoir, sous ce rapport, autant de succès que M. le Directeur des travaux de la Compagnie, et ce n'est pas peu dire.

Après le tiffeen, on remonte en voiture : en route pour Saint-Denis. Sur tout le parcours la foule salue le train. Pas d'accident au retour. Le train arrive à Saint-Denis à 7 heures 25. La foule est immense. Deux heures et demie de retard : tout le monde était inquiet. Le dîner du Maire refroidissait. Vite, chacun des invités s'empresse d'aller faire un brin de toilette et de gagner l'hôtel de ville.

12 février 1882 de Saint-Denis à Saint-Louis et retour à Saint-Denis.

On est fatigué ; la nuit est courte, car on n'est guère couché avant une heure du matin, et le train part pour Saint-Louis à cinq heures.

Le temps est beau, comme la veille. Le train se met en marche à 5 heure 20. Il traverse lentement la ville. Quand on arrive au tunnel, le jour se lève. Mais aussi que la pensée, les voyageurs sont plongés dans les ténèbres, que percent avec peine les lampes des wagons. C'est pendant trois quarts d'heure un bruit confus de ferrailles qui s'entrechoquent. De temps en temps on aperçoit une galerie qui produit l'effet d'une étoile filante. On respire à ciel ouvert à la Ravine-à-Jacques et à la Grande-Chaloupe. Malgré l'heure matinale, le village de la Possession est sur pied. Il s'est pavoisé et nous tire un coup de canon, accompagné de coups de fusil.

Le train arrive enfin à Saint-Paul, après avoir traversé le pont monumental de 400 mètres de la Rivière des Galets ; une foule immense nous attend à la gare. Le temps de serrer la main aux amis, et nous voilà de nouveau en route. Saint-Gilles, l'Hermitage, Saint-Leu, défilent devant nos regards éblouis. Le train franchis à toute vitesse les magnifiques ponts de la Grande Ravine, et de la Petite Ravine et des Colimaçons, qui font le plus grand honneur à M. l'ingénieur Dubois et à la Compagnie du creusot. Du monde sur la route.

L'entrée de la gare de Saint-Louis est splendide. Des deux côtés de la voie, il y a un océan de têtes, une véritable mosaïque. La musique signale notre arrivée. Tout Saint-Louis est là. Saint-Pierre est largement représenté à la fête. Un confortable tiffeen préparé à la gare par la Compagnie réconforte les voyageurs. Il est tard il faut repartir. Adieu Saint-Louis ! La locomotive dévore l'espace : 28 kilomètres heures.

Enfin nous arrivons à midi 35 à Saint-Paul. Foule à la gare, foule dans les rues. Sur tout le parcours du cortège les rues sont pavoisées. Les invités se rejoignent enfin dans la demeure hospitalière de l'honorable Maire de Saint-Paul, où un magnifique banquet les attend. Le couvert est dressé sous une spacieuse salle verte, décorée de fougères et de fleurs. Malgré la chaleur, il fait presque frais dans ce petit temple de Lucullus. La fête est des plus charmantes. Madame Milhet, Mademoiselle Desjardins, sa sœur, M. Milhet et sa sœur en font les honneurs avec leur grâce habituelle. On quitte la table hospitalière de l'honorable Maire de Saint-Paul à près de 4 heures. La visite de la Pointe des Galets est dans le programme. Plusieurs invités, des plus influents, obtiennent, malgré l'heure tardive, qu'on exécute le programme jusqu'au bout. Et l'on se rend à la gare. Même foule empressée que le matin.

A la pointe des Galets. Les ateliers sont fermés : les invités visitent la jetée Sud qui est terminée, le bassin déjà creusé, qui abrite le remorqueur et les dragues. Ils admirent le puissant Titan, les blocs artificiels, les dragues, les excavateurs. Mais on est fatigué ; il faut regagner Saint-Denis. Parti de la Pointe à 5 heures 15, le train était sur la place du gouvernement à 6 heures 30. Beaucoup de monde là et à la gare pour voir les invités. M. le Gouverneur descend devant son hôtel.

Source et extrait : Album de l'île de La Réunion. Antoine Roussin. Texte : Thomy Lahuppe. Édition Orphie.



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