Législatives 1957 à La Réunion, les résultats des élections législatives partielles de 1957 les résultats les candidats les députés élus.

Législatives 1957 à La Réunion

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30 août 1957, victime d'un arrêt cardiaque, le député de La Réunion, maire de Saint-Joseph, Raphaël Babet décède dans la ville qu'il administre, Saint-Joseph. Réélu député de la réunion en 1956, avec la liste du Rassemblement des Gauches Républicaines, il était le seul opposant élu face aux deux députés communistes Paul Vergès et Raymond Mondon.

Sa dernière intervention parlementaire, le 6 juillet 1957, a été consacrée à la situation nouvelle qui pouvait être créée dans les départements d'outremer par le Marché Commun. Son éloge funèbre est prononcé le 17 septembre par le Président Le Troquer, devant l'Assemblée nationale.

Le remplacement de Raphaël Babet doit s'effectuer par une législative partielle le 17 novembre 1957.

Suite à la victoire de deux députés communistes aux législatives du 2 janvier 1956 à La Réunion, le gouvernement de Guy Mollet nomme le 14 mai 1956 un nouveau préfet pour La Réunion, Jean Perreau-Pradier. Celui-ci montre très vite sa volonté de s'opposer à cette progression des idées communistes dans le département. Anti-communiste il met tout en oeuvre pour contrer le parti communiste réunionnais.

Jean Perreau-Pradier Préfet de La Réunion

Paul Vergès, député de La Réunion et leader du parti communiste analyse la situation politique de La Réunion en 1956 : "Élu député et, depuis mon retour, directeur de Témoignages, j'estimais avoir toutes les cartes en main sur le plan politique. Il n'en était évidemment pas de même pour ce qui était des leviers du pouvoir économique et administratif. Dès juin 1956, un nouveau préfet a été nommé, Perreau-Pradier, dont l'objectif avoué était de combattre le Parti. Il s'est ensuivi une période difficile, très violente, très radicale. L'île était partagée en deux camps complètement antagonistes : la droite conservatrice soutenues par les autorités et le clergé d'une part et les communistes d'autre part. Cette longue crise a cependant eu des conséquences positives puisqu'elle nous a permis de renouveler l'appareil du Parti et de nous installer durablement dans le paysage de la Réunion."

Dans ce scrutin à la proportionnelle le contrôle des mairies est décisifs. Le préfet Perreau-Pradier s'attache tout d'abord à reprendre la maire de Saint-André suite au décès du maire Raymond Vergès, le 2 juillet 1957. Obtenant tout d'abord la démission de huit conseillers non communistes, le préfet nomme une délégation spéciale autour d'Armand Barau, directeur de l'usine sucrière de Bois Rouge. Puis il soutient la candidature de Jean Ramassamy qui enlève la mairie par un véritable coup de force électorale le 15 septembre 1957. La liste communiste dirigée par Paul Vergès, avec seulement 2,3 % des voix, n'obtient aucun conseiller.

14 novembre 1957, soit trois jours avant l'élection législative, Perreau-Pradier dissout la municipalité communiste de La Possession et la remplace par une délégation spéciale.


Le résultat de l'élection législative partielle du 17 novembre 1957.

Marcel Cerneau, senateur de La Réunion, qui siège au sénat dans le Groupe de la Gauche Démocratique et du Rassemblement des Gauches Républicaines obtient 67 452 voix sur 93 414 suffrages exprimés, il est élu député face au communiste Jean Hinglo.

Marcel Cerneau député en 1957


recours en annulation de l'élection législative

Les communistes déposent un recours en annulation de l'élection législative. L'assemblée nationale débat de la question le 18 février 1858.

Le rapporteur chargé des opérations électorales, Joseph Fontanet, intervient le premier pour reconnaître que les conditions d'un scrutin incontestable étaient loin d'être réunies : "il est, certes, regrettable que les chiffres décomptés dans certains bureaux de vote apparaissent peu vraisemblables, et tendent à laisser peser une présomption d'irrégularité sur certains résultats locaux. Cependant de tels résultats peuvent être observés aussi bien dans les communes favorables à M. Hinglo que dans les communes favorables à M. Cerneau".

Joseph Fontanet demande la validation.

Succédant au député communiste de La Réunion Raymond Mondon, les députés métropolitains communistes Robert Ballanger, Duclos et Maurice Kriegel Valrimont attaquent violemment Marcel Cerneau et fustigent le rôle tenu par le préfet de La Réunion, Perreau-Pradier.

Emmanuel d'Astier de la Vigerie conclut les débats en rappelant à l'assemblée le rôle de juge impartial qu'elle se doit de tenir en la matière : "J'ai remarqué que M. Cerneau et M. Ballanger sont d'accord au moins sur un point, à savoir que les élections de La Réunion ont été parfaitement truquées. L'un dit qu'elles ont été truquées au profit des communistes ; l'autre qu'elles l'ont été au profit de M. Cerneau. Je m'étonne qu'ils ne se rejoignent pas dans la seule conclusion logique : la nomination d'une commission d'enquête pour savoir si réellement ces élections ont été truquées ou non".

L'Assemblée se range finalement, par 199 voix contre 179, à cet avis et décide de l'envoi d'une commission parlementaire.

15 mars 1958, la commission d'enquête de dix députés arrive à La Réunion. Elle repart le 23 mars 1958, elle n'a jamais rendu ses conclusions du fait des évènements de mai, juin 1958. Le 1er août 1958, Marcel Cerneau est reconnu comme député légitime à l'unanimité moins deux voix.

Six ans après, Jacques Duclos président du Groupe Communiste relate les faits concernant les élections législatives en répondant à Georges repiquet au sénat le 8 décembre 1964 :

" ... C'est pourquoi je veux souligner que, lors des élections législatives du 17 novembre 1957, on put noter les faits suivants, parmi beaucoup d'autres : des transferts illégaux de milliers d'électeurs de la liste électorale d'un bureau de vote à la liste électorale d'un autre bureau de vote, souvent distant de plusieurs kilomètres, furent effectués. Il en fut ainsi à Saint- André où 1.200 électeurs furent inscrits à Champ-Borne, commune de Saint-André, c'est vrai, mais localité à cinq kilomètres de distance. Des électeurs de Saint-Louis-ville furent inscrits à la Rivière, commune de Saint-Louis, certes, mais à cinq kilomètres de leur domicile, tandis qu'un grand nombre des électeurs de la Rivière étaient inscrits à Cilaos, agglomération relevant également de la commune de Saint-Louis, mais située encore plus loin de leur résidence. De plus, j'ai noté que ces transferts arbitraires concernaient souvent des personnalités connues et même des conseillers municipaux.

A la protestation des électeurs, on opposa le refus de communiquer les listes électorales, et cela en violation de - l'article 41 du code électoral. Le prétexte invoqué était que les listes électorales se trouvaient à la préfecture. Notons au passage que le préfet certifia l'authenticité des listes électorales remaniées illégalement par les maires sans prendre la peine de les comparer avec celles qui avaient été utilisées le 2 janvier 1956. Cela ne suffisait pas, le sabotage de la distribution des cartes électorales fut sciemment organisé. A Saint-Benoît, le procès-verbal de la commission de distribution précisait que 1.447 cartes seulement sur 5.285 avaient été distribuées. A l'Entre-Deux, la distribution commencée le 15, soit deux jours à peine avant le scrutin, fut arrêtée le même jour à seize heures. On pourrait citer beaucoup d'autres exemples de même nature auxquels s'ajoutaient les atteintes à la liberté de réunion, les agressions de bandes armées et les campagnes d'excitation menées dans la presse locale. C'est ainsi qu'un journal n'hésita pas à écrire le 15 septembre 1957.

Le député Vergès doit être battu, écrasé comme le serpent venimeux doit être tué sans scrupule. " Cette formule, " sans scrupule " dépeint bien l'état d'âme du gang des fraudeurs qui sévit à La Réunion et tout naturellement, lorsque vint le jour du scrutin, la fraude électorale se donna libre cours. Avant même la constitution des bureaux, menaces et agressions se multiplièrent comme en témoignent les faits que je vais citer. A Salazie, les assesseurs et délégués du candidat Hinglo furent assommés dès leur arrivée. A Mont-Vert-les-Haut le président déchira la procuration d'un assesseur et, aidé de trois nervis, le frappa et l'expulsa du bureau de vote. A l'Entre-Deux les assesseurs et délégués du candidat M. Hinglo furent assaillis, frappés et expulsés. Les électeurs présents protestèrent. Un seul bureau de vote fut ouvert et fonctionna, à partir de quatorze heures quinze seulement. Mais tout était préparé d'avance ; et, malgré le peu de temps durant lequel le bureau de vote fut ouvert, le pourcentage des votants n'en fut pas moins de 93,9 p. 100. Les urnes avaient été bien bourrées !

A Sainte-Suzanne, commune dont le maire est notre collègue M. Repiquet, dès l'ouverture le vote se fit sans passage par l'isoloir. Le délégué de M. Hinglo et ce dernier, de passage à ce moment-là, protestèrent. Mais le président du bureau de vote, qui n'était autre que M. Repiquet en personne, répondit que le passage par l'isoloir n'était pas obligatoire. Quand j'ai lu cela je pensais à une séance de la Chambre des députés à laquelle j'avais eu l'occasion d'assister avant la guerre de 1914-1918. J'avais alors entendu Jaurès prononcer un discours éloquent pour justifier justement la nécessité de l'isoloir. Je me disais qu'entre Jaurès, qui avait si magnifiquement exprimé le souci de la légalité, de l'équité et de la droiture du suffrage universel, et M. Repiquet il y a un abîme, n'est-ce pas ?

A onze heures et demie, alors qu'il n'y avait pas d'électeurs dans le bureau, le secrétaire, M. Gravina, émargea quand même un grand nombre de noms de délégués. Le délégué de M. Hinglo protesta, mais M. Repiquet, avec un sens bien particulier de l'autorité, le fit expulser par la gendarmerie. Et quand vous êtes venu tout à l'heure, monsieur Repiquet, vous présenter en homme honnête qui combat la fraude, j'avais honte pour vous !

Le délégué expulsé par M. Repiquet fut par la suite expulsé de la Réunion par application rétroactive de l'ordonnance Debré du 15 octobre 1960. Quelles moeurs quand même !

Mais plus grave encore : à la Chaloupe-Saint-Leu — Saint-Leu est une municipalité démocratique — les présidents furent attaqués et assommés par 200 nervis. Les urnes furent enlevées et deux bureaux illégaux furent constitués par les partisans de M. Cerneau. Ces bureaux fonctionnèrent toute la journée. Les autorités avaient été alertées, mais elles n'intervinrent pas. Bien plus, le préfet de l'époque, M. Perreau-Pradier, fit parvenir à ces bureaux de vote des doubles des listes d'émargement pour remplacer celles qui s'étaient « égarées » au cours de l'agression. Il fit ensuite proclamer par radio les résultats de ces bureaux... "



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