Récit de Carpeau du Saussay de sa vite à Mascarin, La Réunion en 1666..

Récit de Carpeau du Saussay de sa vite à Mascarin, La Réunion en 1666.


Carpeau du Saussay, jeune Français découvre l'isle Mascarein ou Mascarin, la Réunion en 1666, il est accompagné de Champmargou, commandant à Fort Dauphin, ils sont reçus par Etienne Régnault commandant de l'île.

… nous nous campâmes proche le bord de la mer, dans un fond le plus agréable du monde, auprès d’un ruisseau, dont l’eau faisait envie par la fraîcheur et par les beauté ; nous avions d’un côté la vue de la mer, d’un autre, celle d’une montagne de roche à perte de vue ; nous étions environnez d’un grand étang en forme de croissant ; il y avait une quantité prodigieuse de poissons, entre autres des anguilles qui ont plus de sept pieds de long, et un et demi de tour ; une seule est suffisante pour rassasier plus de vingt-cinq personnes. J’ai vu deux de nos esclaves qui en avaient enfilé deux dans un bâton ; pour les porter plus commodément, qui pliaient sous le fais ; elles sont infiniment plus grasses à proportion, que les nôtres, et d’un bien meilleur goût. Après avoir bien soupé en poisson, Monsieur Cuvron Prête de la mission, Monsieur le Gouverneur, Despinet et moi nous fîmes bâtir une caze pour y passer la nuit, les autres ne voulurent pas s’en donner la peine, d’autant plus que le temps était fort beau, et le pays fort sain : dès la pointe du jour, nous quittâmes ce paysage enchanté, où nous n’avions eu qu’une incommodité : c’était un grand nombre de tortues de terre, qui nous venaient assaillir de tous côtés, et qui même passaient souvent par dessus nous ; nous eûmes bien de la peine à nous en défendre : cela fit que nous ne pûmes dormir.

La tortue est un animal fort laid, cependant en fort bon manger, entre autres le foie en est excellent, l’huile en est aussi admirable à fricasser toute sorte de choses ; elle a outre cela de merveilleuses propriétés pour les douleurs, nos chirurgiens en ont fait souvent des épreuves très heureuses. Il s’y trouve encore outre celles, dont je viens de parler, une quantité de Tortues de mer ; c’est une vituaille fort bonne pour les vaisseaux, et fort commode, parce qu’elles se conservent en vie, sans boire ni manger, l’espace de six à sept semaines ; il faut toute-fois les arroser de temps en temps d’eau de mer. Je trouve que leur chair approche assez du goût de celle de veau ; elles sont beaucoup meilleures, que celles de terre ; mais le foie ni l’huile n’ont pas à beaucoup près la même bonté. Les tortues de cette espèces sont d’une grandeur étonnante ; j’en ai vu , et cela est assez commun, qui étaient capables de rassasier cinquante personnes : celles de terre sont bien moins grandes ; elles ont quatre pattes élevées d’un pied de terre, elles marchent par toutes les montagnes : celle de mer sont plates, elles ont des ailerons, qui leur servent de nageoires ; lorsqu’elles veulent faire leur ponte, elles viennent sur le sable, dont elles couvrent leurs œufs avec leurs mufles, elles ont jusqu’à trois cent œufs ; quand elles les ont enterrez, elles s’en retournent en mer, jusqu’à ce qu’ils soient éclos, ce que l’ardeur du soleil cause. Cet animal sait précisément le temps, au bout duquel elles manquent jamais de revenir chercher chacune sa ponte, qu’elles emmènent après elles en mer : elles ne viennent que la nuit, et c’est le temps qu’on prend pour en faire la provision ; on les retourne sur le dos, et il est impossible qu’elle se relèvent, à cause de leur pesanteur. Nous nous acheminâmes pour nous rendre à l’habitation des François, dont nous n’étions éloignez que de deux lieues ; nous eûmes pendant le chemin beaucoup de divertissement, nous n’avions pas besoin d’armes pour aller à la chasse ; sans nous écarter de notre route, nous prenions à la main autant de gibier que nous voulions : les oiseaux y sont en abondance, et fort familiers, on y voit surtout une infinité de Tourterelles, de Ramiers, de Perroquets, Poulle-d’eau, Oies et Canards ; il ne fallait que des bâtons et des pierres pour les tuer. Je serais trop long, si je voulais entreprendre de faire la description de tous ces animaux, il suffit pour en donner une idée, de dire qu’ils ne sont différents de ceux que nous avons en Europe, que par leur grosseur, j’excepte cependant le Flamant : cet oiseau par la beauté, et parce qu’il est moins connu, mérite une petite place dans ma Relation. Il a de hauteur sur jambes six à sept pieds, son plumage est d’une couleur de rose naturelle, le cou, qu’il a très long, est blanc comme la neige, son bec est rouge, et les pieds aussi, il est fort bon à manger. Il y a aussi un grand nombre de perdrix, elles sont beaucoup plus petites, que les nôtres, mais leur plumage est bien plus beau. La Chauve-souris est grosse comme une poule ; elles sont si communes, que quelquefois j’en ai vu l’air obscurci, son cri est épouvantable ; mais c’est trop longtemps m’arrêter à dépeindre un oiseau, qui ferrait horreur, si on le voyait. Les Cochons sauvages, et les Cabris nous ont donné trop de plaisir, pour les oublier : nous en prîmes plusieurs à la course, sans beaucoup de peine, parce que la graisse les empêche de courir. Outre la chasse, nous eûmes encore l’amusement de la pêche, parce qu’en chemin faisant, nous côtoyions un grand étang rempli de poissons : nous les prenions facilement à la main ; nous n’étions pas aussi sensibles à ces agréments, que nous l’aurions été dans un autre temps ; nos divertissements était traversés par les peines que nous souffrions ; le chemin était difficile, le sable était extrêmement chaud, et les pieds, que nous avions nus, en étaient brûlés ; les cailloux pointus sur lesquels il fallait marcher, nous causaient des angoisses terribles ; enfin nous arrivâmes à l’habitation : c’est un lieu fort divertissant, situé sur bord du même étang, dont je viens de parler, ayant en face une prairie qui recrée la vue par sa verdure ; elle est remplie de toute sorte de gibier, en en si grande quantité, qu’il entrait jusque dans les maisons, nous étions accoutumés à voir les oiseaux venir manger sur notre table. Monsieur Renaud Commandant dans l’isle pour le service de messieurs de la Compagnie des Indes Orientales, nous reçut parfaitement bien, il lui fut fort aisé de nous bien régaler, puisque tout y était pour rien, et en abondance. Nous fumes deux jours dans l’habitation à nous reposer, sans être occupes d’autre soin, que de faire bonne chère, au bout duquel temps non inclination pour la chasse ne fit quitter cette manière voluptueuse de vivre, qui commençait à m’ennuyer. La prise de Cochons sauvages et des Cabris avait bien d’autres attraits pour moi ; nous faisions des paris à qui en prendrais le plus, je gageais quatre pistoles avec un de mes Camarades, et quoique j’en prisse trente deux en moins de deux heures, je ne laissai pas que de perdre, parce que mon ami en prit trente huit. Quand nous étions las de cette chasse, le lendemain nous nous attroupions pour prendre des Vaches sauvages, il n’en était pas de même de cette manière de chasser, que des autres, non seulement nous n’avions pas la même facilité, mais encore nous étions en danger d’être blessés, parce que si elles ne tombent pas du coup, que vous leur tirez, ou que vous les manquiez, elles reviennent à la charge sur vous ; de sorte qu’il faut absolument des armes. Pendant le séjour que nous y fîmes, nous en tuâmes plusieurs à coups de fusil, et de zagaye ; il y en a une quantité prodigieuse dans le pays.

Cette isle produit toute sorte d’arbres inconnus en Europe, comme Palmier, Latanier, ceux qui portent le Benjoin, et mille autres qui produisent de la Gomme aromatique, ce qui rend une merveilleuse odeur, et qui cause un ombrage agréable. Je n’ai point de nom à donner à l’isle de Mascareigne, qui lui convienne mieux, que celui d’un Paradis terrestre : son climat est si sain, et l’air si salutaire, que les malades qu’on y débarque y recouvrent la santé, dès qu’ils l’ont respiré ; il n’y a aucunes bêtes venimeuses, ni autres qui puissent nuire à l’homme. Elle est fertile en toute sorte de légumes, tout y vient en abondance, comme Citrouilles, Melons, Concombres, Choux, etc. Et toutes ces choses y font d’un merveilleux goût ; le Tabac qui s’y fait, est des meilleurs, le ris y croît aussi, mais la grande quantité d’oiseaux le mangent. Ce qu’on voyait de ce beau pays, fit naître à Monsieur de Champmargou l’envie de le voir entièrement, il avait, comme je l’ai dit, beaucoup de bonté pour moi : il crut me faire plaisir en me proposant d’aller avec lui ; je lui témoignai que j’avais un grand mal de tête, qui m’empêchait d’accepter l’honneur qu’il m’offrait, que j’irais à la chasse pour le régaler à son retour, et que je me croirais dédommagé de m’avoir pas vu le reste de ce pays, s’il voulait bien prendre la peine de me faire part de ce qu’il y aurait remarqué : il s’embarqua donc sans moi dans la chaloupe dans ce dessein, le chemin par terre étant trop difficile, à cause des montagnes inaccessibles qu’il fallait monter, et où il n’y avait point de sentiers frayés ; mais quand il fut vis-à-vis, il tenta plusieurs fois de débarquer, sans en pouvoir venir à bout, à cause des chaînes de rochers contre lesquels la mer se brisait d’une si grande furie, qu’il était impossible d’en approcher, qu’au péril de la vie. Il fut obligé de s’en revenir nous joindre, sans avoir pu satisfaire sa curiosité. Les habitants qui y on été, nous en firent un fidèle rapport, et selon leur dire c’est un lieu enchanté, de même que celui que nous avions vu : ils nous dirent encore qu’il y avait un canton qui brûlait continuellement. C’est une montagne de soufre : mes Français, qui en ont fait le tour en dix huit jours, nous ont assurez de cette vérité ; c’est, à mon avis, ce qui rend cette isle aussi saine qu’elle est. Cette isle n’était habitée que de vingt Français, quoiqu’elle fût capable de nourrir plus de quatre mille personnes indépendamment du reste du monde. La seule chose qu’il faudrait y porter, c’est du vin, ce terroir n’en produisant point. Après avoir resté quinze jours dans cette charmante isle, il fallut nous disposer d’en sortir ; nous embarquâmes grand nombre de Tortues, tant de terre, que de mer, nous fîmes aussi nos provisions de Cochons et de Cabris, autant qu’il nous en plut ; et nous n’oubliâmes aucun rafraîchissement que cette isle nous offrait. Notre Navire n’était point en sûreté, le mouillage y est bon, mais le Port n’y vaut rien, ou plutôt il n’y en a point qui mérite ce nom. Il arrive souvent de si furieux ouragans, que les Navires s’y perdent quelque fois : alors on est obligé de gagner la pleine mer de peur d’échouer ; les maisons se renversent, les arbres se déracinent, la mer inonde tout le plat pays, ce qui contraint les habitants de gagner les montagnes, tant que ces tempêtes durent, et ils restent en cette posture trente ou trente deux heures, qui est l’espace de la durée du mauvais temps : ces ouragans arrivent trois ou quatre fois l’année.



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