Lieu
d'isolement pour les immigrants sous contrat venus de différents horizons,Asie,
Afrique, Océan Indien, au cours des XIX e et XX siècles, le lazaret fut
le passage obligé des cultures qui forgent aujourd'hui l'identité réunionnaise.
Depuis 1998, cet ensemble patrimonial est protégé au titre des monuments
historiques.
La quarantaine : mesure de
police sanitaire isolant provisoirement les passagers et les navires venant
de lieux où excitent des maladies contagieuses dont les plus craintes
sont la variole, la peste et le choléra.
La Ravine Saint-Jacques :
Créé au XVIII e siècle pour les esclaves et les passagers libres, c'est,
avant 1860,
le grand lazaret où sont isolés obligatoirement les engagés. A partir
de 1852,
il sert aussi de léproserie en attendant la construction de celle de La
Montagne. De capacité limitée, il est complété dès 1846
par des annexes construites à La Grande Chaloupe.
La Grande Chaloupe : en 1860
suite à la signature de la convention franco-britannique autorisant l'immigration
d'engagés de l'Inde Anglaise, la colonie choisit la Grande Chaloupe pour
y bâtir un nouveau lazaret de quarantaine formé de deux ensembles distincts
:
- Le lazaret n° 1 au bord
de la mer.
- Le lazaret n° 2 au fond de la vallée.
Livrés dès 1861,
ils sont organisés pour isoler les engagés mais aussi les passagers libres.
Lieu de quarantaine actif jusque dans les années 1930,
le lazaret de la Grande Chaloupe est utilisé dans les années 1940
pour soigner les filles publiques. Il est ensuite désaffecté.
Les engagés Indiens.
L'immigration indienne entre
1860 et 1882,
durant la convention franco-britannique, 30 000 engagés vont venir effectuer
un labeur acharné sur les champs de cannes de l'île. Les engagés sont
recrutés dans des conditions souvent floues. Les recruteurs souvent indiens
eux-même, sont payés à la "tête", ce qui laisse place à toutes les dérives
: fausses promesses, contrats mensongers et forcés.
Les nouveaux venus, principalement
pour des raisons sanitaires, vont être immédiatement placés dans des lieux
de quarantaines afin qu'ils guérissent de leurs éventuelles maladies ou
qu'ils en meurent. C'est à cette fin que vont être édifiés les fameux
lazarets " anciennes léproseries ", le choix du lieu de construction se
fixe sur la Ravine de la Grande Chaloupe, endroit suffisamment isolé et
à la limite des communes de Saint-Denis et de Saint-Paul.
Le transport est assuré par
des navires à peine plus confortables que les négriers de jadis, fer en
moins. L'espace vital est calculé au plus juste. L'hygiène est plus qu'approximative.
Les immigrants après 30 jours de bateau, avec les conditions de voyage
de l'époque plus de 4 % de mortalité, se retrouvent dans le monde carcéral
du lazaret. Certains d'entre eux tenteront de s'échapper, mais ils seront
vite capturés.
La vie aux lazarets.
A peine débarqués, les immigrants
engagés sont conduits à la visite médicale. Ils subissent systématiquement
une série de vaccins. La vie aux lazarets ne laisse alors que peu d'espoir
aux indiens, parqués sans considération pour leur dignité. Certains, déjà
très affaiblis par le voyage, succombent.
Les engagés suffisamment
gaillards sont soumis à une série de corvées. La corvée d'eau, le ramassage
de bois mort pour cuisiner et pour réaliser les sépultures. le nettoyage
des bâtiments et des latrines. la préparation des repas.
Un engagé a droit tous les
jours à 800 grammes de riz, 125 grammes de morue ou 250 grammes de grains
secs, 15 grammes de sel et 8 grammes de graisse.
Le lazaret fonctionne sous
l'autorité d'un médecin qui en est le capitaine, seul juge de la durée
de la quarantaine pour laquelle il a été nommé. Il est aidé par un agent
comptable et des gardiens qui habitent en permanence dans le lazaret et
par des infirmiers, des gardes sanitaires et un personnel de service parmi
lequel se trouvent des détenus réquisitionnés. Comme officier de police
judiciaire, il peut sanctionner tous les délits constatés dans le lazaret
quelle que soit la qualité de la personne concernée. C'est aussi un officier
d'état-civil capable de dresser des actes de naissance ou de décès. Un
de ses premiers gestes est de vérifier ou d'assurer la vaccination contre
la variole des engagés puis il dispense ses soins aux malades. En dehors
des périodes épidémiques, il s'agit surtout de remettre en forme les engagés
éprouvés par les conditions du voyage afin qu'ils soient reconnus aptes
à effectuer leur contrat d'engagement.
Après cette période de quarantaine
la main-d'œuvre sera soumise à une visite médicale obligatoire. Elle se
passe à Saint-Denis, elle est prodiguée par le médecin-chef, le commissaire
d'immigration, deux propriétaires et un représentant de l'expéditeur du
convoi. Ils différencieront individus aptes des rebutés. Les rebutés seront
achetés moins cher par les propriétaires terriens, cette visite médicale
sera souvent faussée pour d'évidentes raisons d'ordre économique. Les
travailleurs déclarés assez vigoureux seront répartis par lots de dix
puis acquis par les engagistes. Ils reçoivent un numéro d'immatriculation
au commissariat de l'immigration et un livret d'engagement.
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