Reste
que c'est surtout la réorganisation du schéma urbain de Saint-Denis qui
accapare le plus l'attention d'Honoré de Crémont. Ainsi, il embellit les
rues et tente d'organiser la distribution de l'eau du chef-lieu. Ce faisant,
il se heurte cependant au caractère anarchique du développement des quartiers
populaires à la démographie croissante et décide donc de fixer de nouvelles
limites à la ville. Pour ce faire, il charge le chevalier Gustave Banks
de dresser un plan de la capitale en 1774.
Celui-ci sera validé par le tribunal le 14 mai 1777.
Saint-Denis y est délimitée
:
- Par la rue de l'Embarcadère,
aujourd'hui rue de Nice, au nord.
- Par les terrains des héritiers Pitou à l'est.
- Par le rempart aujourd'hui parcouru par le boulevard Lacaussade à l'ouest.
- Par la rue Dauphine, désormais appelée rue du Général de Gaulle, au
sud. Elle prend naissance à Champ-fleuri pour se terminer au sommet des
rampes Ozoux.
En 1773, l'île compte alors
un peu plus de 30 000 habitants, dont près de 5 500 Blancs, 200 Libres
de couleur et plus de 25 000 esclaves. Une population dont les autorités
sont soucieux de voir ses effectifs augmenter et différentes mesures natalistes
sont donc prises. Deux objectifs sont recherchés : assurer une meilleure
mise en valeur des terres de la colonie et disposer d'hommes suffisants
et facilement mobilisables en temps de guerre. Mais les résultats ne sont
pas au rendez-vous. C'est finalement par le développement systématique
de la traite que la croissance démographique décolle.
Données climatiques, fléaux
naturels, médiocrité des équipements, difficultés de communication fragilisent
l'économie de Bourbon, vacillant entre surproduction et disette. Divers
projets portuaires sont envisagés, le plus sérieux est celui du chevalier
Tromelin qui conduisit plusieurs missions dans la colonie. Pour Tromelin,
l'idéal serait Saint-Denis ou Saint-Paul, sa préférence étant Saint-Gilles.
Mais doutant de la volonté de la monarchie de s'engager dans un tel projet
en raison de son implication financière, il suggère comme alternative
de retenir le site de la Rivière d'Abord ( Saint-Pierre ). Un choix justifié
non par des avantages naturels médiocres mais par sa localisation, le
Sud devenu le grenier des deux îles. Mais même ce choix est considéré
comme trop onéreux pour les finances royales.
Bourbon devient l'île nourricière
de l'Isle de France. Ainsi cette lettre qui fixe de façon éloquente les
rapports entre les deux îles :
" Nous vous prions,
Messieurs, de ne jamais perde de vue dans toutes vos opérations que l'Isle
Bourbon n'a d'autres objets que d'être la ressource de l'Isle de France
pour les subsistances que son sol produit, que c'est aller contre sa destination
primitive et la rendre inutile, même à charge de l'État, que de s'occuper
de tout autre objet. Toute la force de l'Isle Bourbon doit être à l'Isle
de France ".
Le 21 janvier 1776,
Jean Guillaume de Steinauer remet le commandement de la colonie à son
successeur, le comte de Souillac.
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