Le
30 mai 1814, Talleyrand signe à Paris avec les alliés un traité par lequel
(article 2) :"Le Royaume de France conserve l'intégrité de ses limites
telles qu'elles existaient à l'époque du 1er janvier 1792".
L'article 8 stipule "la restitution
au roi de France des colonies, pêcheries, comptoirs et établissements
en tous genres que la France possédait, au 1er janvier 1792,
dans les mers et sur les continents de l'Amérique, de l'Afrique et de
l'Inde, à l'exception des îles de Tobago, Sainte-Lucie, de l'Île de France
et de ses dépendances, nommément Rodrigue et les Seychelles, ....cédées
à Sa Majesté Britannique, ainsi que la Dominique, ... Malte".
Bouvet de Lozier se rend
d'abord à Port-Louis, capitale de l'ancienne Isle de France ( Maurice
), qui reste définitivement anglaise, Il y arrive le 30 mars 1815,
pour un tête-à-tête avec l'Anglais Robert
Townsend Farquhar, sa première tâche est de négocier le retour de
l'île Bourbon à la Couronne de France. Officiellement, l'île est restituée
le 2 avril 1815 ; c'est ce qui ressort du tête-à-tête entre les deux hommes.
Le 2 avril 1815 Athanase
Bouvet de Lozier arrive à Bourbon, avec une division composée de la frégate
l'Africaine et des flûtes la Loire, la Salamandre et l'Éléphant, commandée
par le capitaine de vaisseau Jurien. Dès que le gouvernement Anglais eut
connaissance de son arrivée, il envoya quatre commissaires : Charles Telfair,
Fluker, Carrol et Draker, pour remettre l'île en la possession des autorités
françaises.
Cette reprise de possession
fut faite avec solennité. Elle eut lieu le 6 avril 1815, à neuf heures
du matin. Les troupes françaises se rangèrent en bataille sur la place
d'armes de Saint-Denis. Les officiers de la marine, ceux de l'administration
et les principaux habitants se rendirent sur la place pour être spectateurs
de la cérémonie et témoins de la remise qui fut faire de la colonie. Deux
majors anglais, le major Cullen et la capitaine Elliot, et l'inspecteur
de police M. Pitois, maintenaient le bon ordre.
Les troupes anglaises étaient
sur un des grands côtés, vis-à-vis les troupes françaises. Sur un des
côtés latéraux étaient les troupes des banquettes pour les notables invités;
sur l'autre côté latéral se trouvait placé le reste du public. Des sentinelles
furent postées de manière à n'admettre dans le carré que les commissaires
et les officiers. Un grand pavillon blanc fut hissé à l'instant où celui
de Sa Majesté Britannique fut amené; l'un et l'autre furent salués de
vingt et un coup de canon par les batteries de terre et par la frégate
l'Africaine. Tous les bâtiments mouillés en rade se pavoisèrent. Le major
William Carrol, ayant proclamé la remise de l'île Bourbon à la France,
Athanase Hyacinthe Bouvet proclame à son tour Bourbon terre française.
" Jurons d'être fidèles au Roi ", lance-t-il à la foule assemblée
sur la place d'Armes à Saint-Denis.
MM. Bouvet ( commandant gouverneur
) et Marchant ( commissaire ordonnateur ) adressèrent une proclamation
aux colons :
" Le Roi nous a nommés pour
reprendre possession de cette île que le malheur des temps avait séparée
de la France, et pour reporter parmi vous ce pavillon sans tache, symbole
de justice, à la vue duquel l'Europe entière en armes a cessé de combattre,
à l'ombre duquel on a vu croître et prospérer cette belle colonie !
Sous l'autorisation de son
légitime souverain, la France n'a plus d'ennemis ; ses anciens rivaux
sont devenus ses amis les plus sincères ; l'accueil fait au pavillon français,
lors de notre passage au Cap, celui qu'il vient d'éprouver à son arrivée
dans ces mers, sont des nouvelles preuves des sentiments qui animent la
France et l'Angleterre.
Ils sont garants de l'harmonie
parfaite qui existera désormais entre les représentants et les autres
sujets de Leurs Majestés très chrétienne et Britannique dans cette partie
du monde.
Il était impossible que les
longues et cruelles convulsions qui ont agité la France ne laissassent
aucune trace après elles : nous avons à regretter la perte de l'île de
France ! Mes relations entre les deux colonies ne seront plus parfaitement
les mêmes, mais seront aussi intimes que celles qui unissent les deux
gouvernements.
Bourbon, devenu le point
intermédiaire des rapports commerciaux entre la France et les Indes, acquiert
aujourd'hui une plus grande importance : sous ce nouvel aspect le gouvernement
a connu ses besoins, il y a pourvu dans sa sagesse.
Vous aussi, sujets éloignés
mais non moins chéris de Louis le Désiré, vous jouirez donc de nouveau
du bonheur qui, sous les lois des Bourbons, fut constamment notre partage.
Habitants de Bourbon, officiers,
soldats, dans ce jour solennel qui nous rappelle d'aussi grands souvenirs,
jurons d'être à jamais fidèles au Roi sous le sceptre duquel nous sommes
tous enfin réunis après tant d'orages, et remercions le Dieu des armées
d'avoir rendu l'Europe en paix, à la France son roi légitime, à Bourbon
son maître et ses lois !
Vive le Roi ! "
Le soir il y eut illumination
au jardin public. Des courriers furent expédiés aux divers commandants
des quartiers pour leur donner avis du nouvel ordre des choses.
La nouvelle administration
de la colonie est mise en place, à côté du gouverneur, commandant militaire
pour le Roi, il y a un commissaire-ordonnateur, chef de l'administration
civile. Bouvet de Lozier étrenne ce nouveau dispositif avec Marchand comme
ordonnateur.
Bouvet va réorganiser l'administration
et le système judiciaire pour revenir au satu quo ante. Ainsi, tout habitant,
ce terme désigne des Blancs libres par opposition aux esclaves, de 16
à 60 ans doit faire partie des milices et doit s'armer et s'équiper à
ses frais.
La compagnie des Invalides,
créée le 30 décembre 1772,
est transformée en détachement de gardes-côtes, le 8 juillet 1817.
La police intérieure est
confiée à une compagnie de maréchaussée ; 66 hommes dont 27 montés sont
placés sous la direction d'Henri Bédier de Beauverger.
Bouvet va rétablir les onze
anciennes municipalités par l'ordonnance n° 17 du 12 juin 1815. La colonie
est divisée en quatre arrondissements de justice de paix subdivisée en
onze paroisses avec un conseil municipal ou de paroisse. Ces conseils
vont entrer en fonction à partir du 15 juillet 1815 et sont installés
par Claude Ozoux, membre du conseil supérieur, et Munier, lieutenant du
juge royal.
A cette époque Bourbon commence
le développement des plantations de canne à sucre, jusqu’en 1810, la France
interdisait aux agriculteurs d’exploiter la canne pour ne pas concurrencer
l’île de France. Celle-ci devenue anglaise, Bourbon est la seule à approvisionner
la métropole en sucre.
Le 12 juillet 1815, la nouvelle
du retour de Napoléon parvient à Bourbon. Les Anglais demandent à Bouvet
de Lozier la restitution de l'île, courageusement Bouvet refuse. Le général
Bouvet s'alarme plus que tout autre du retour de Napoléon. Il voit dans
lui un ennemi personnel, qui ne lui pardonnera pas, s'il triomphe, son
attachement pour la familles des Bourbons. Il fait le 12 juillet la proclamation
suivante aux habitants de l'île.
Proclamation de Bouvet de
Lozier aux habitants le 12 juillet 1815 :
" L' Europe était en paix,
Bonaparte quitte l'exil qu'il avait sollicité. L'Europe reprend son attitude
guerrière. Si nous ne pouvons considérer que nos intérêts, je vous dirais
; éloignés, restons tranquilles spectateurs d'une lutte où tous nos efforts
ne peuvent rien. Mais hésiter est un crime. Vive le roi ! Vivent les Bourbons
! Que ce cri de l'honneur et de la justice soit à jamais dans nos cœurs
et dans notre bouche. "
Le 4 octobre 1815, Athanase
Hyacinthe Bouvet de Lozier épouse à Sainte-Suzanne, une jeune créole,
Céfide Ange Celeste Dejean.
Le même jour le gouverneur
de Maurice adresse, à celui de Bourbon, la proposition de remettre provisoirement
cette colonie en la possession de Sa Majesté Britannique. Cette dépêche
fut apportée au général Bouvet par le capitaine Arthur Farquhar, commandant
d'une escadre qui se présenta pompeusement devant la rade de Saint-Denis.
Bouvet convoqua extraordinairement, les 6, 7
et 14 octobre, les principaux fonctionnaires publics et plusieurs
habitants pour délibérer sur cette proposition, qui fut unanimement rejetée.
" Nous préférons la guerre, dirent-ils, à la honte d'une semblable demande.
Nous avons résolu et promis de seconder de tous nos moyens les efforts
du général pour repousser l'injuste agression de l'ennemi, et de nous
imposer avec plaisir les privations qu'un état de guerre peut entraîner
avec lui. "
Bouvet entrevit la possibilité
que les Anglais attaqueraient Bourbon , colonie française. Il prit les
mesures propres à repousser la force par la force. Il fit incorporer le
6 octobre, les hommes de bonne volonté dans les compagnies d'élite, dans
les volontaires de Bourbon, dans les dragons ou dans l'artillerie coloniale,
et les autres dans les bataillons de milice pour assurer le bon ordre.
" Nous sommes en mesure de résister, ajouta le général, et, quoi qu'il
arrive, fidèles au roi, à l'honneur, au devoir, nous périrons ou triompherons
dans la gloire. "
12
octobre 1815, le général Bouvet fit publier cette proclamation
:
" Aux armes, habitants de
Bourbon !
J'ai fait mon possible pour
éviter la guerre, mais on veut dicter des lois; on ose me demander de
livrer aux Anglais la colonie dont le roi m'a confié le commandement.
Plutôt périr mille fois ! Dans cette circonstance, j'aurais voulu vous
réunir tous auprès de moi, et du moins j'ai pu appeler les principaux
de la colonie, les notables de toutes les classes, dans le Conseil il
n'y a eu qu'une voix. Repousser l'injustice par la force. En effet, quel
Français pourrait hésiter, quand le roi, l'honneur et la patrie l'appellent
aux combats !
Sur le champ, et jusqu'à
nouvel ordre, toute propriété anglaise sera séquestrée. J'attends par
propriétés anglaise celles appartenant à des Anglais de naissance. Les
habitants de Maurice n'ont point oublié qu'ils ont l'honneur d'être nés
Français : ils ne sont pas nos ennemis.
Nous ne commencerons pas
les hostilités, amis au premier coup de fusil ces propriétés seront vendues
et employées au frais de la guerre.
Il est ordonné à tous les
Anglais habitants de cette colonie de se rendre sur le champ à Saint-Denis,
pour de là être envoyés à Maurice. Jusqu'à l'instant de leur embarquement,
et à dater de celui de la présente, ils sont et seront sous la surveillance
du commissaire général de la police, qui est chargé de leur embarquement.
MM. les commandants de quartiers,
de paroisse et de poste empêcherons toute communication avec l'ennemi
et le repousseront de tous leurs moyens. "
Grâce à ce langage plein
de fermeté et aux dispositions prises, les Anglais n'attaquèrent point
et s'en tinrent au vain appareil de leur escadre croisant sur la côte,
où le pavillon de la France ne cessa pas de flotter.
Le danger anglais ne disparaît
que le 28 octobre 1815 avec la nouvelle de la seconde abdication de Napoléon,
le 22 juin 1815, et le retour de Louis XVIII. Le gouverneur Bouvet informe
la population. Ce même jour le capitaine Arthur Farquhar met fin au blocus
de l'île Bourbon. L'aventure des cent jours se termine bien pour l'île,
confrontée à la menace d'une nouvelle invasion anglaise.
31
octobre 1815, le général Bouvet, usant des pouvoirs extraordinaires
que lui avait donnés Louis XVIII pendant les cent jours, de déplacer et
de renvoyer de la colonie tout officier civil et militaire, sans exception,
dont la fidélité lui serait suspecte, destitua de ses fonctions M. Marchand,
ordonnateur à Bourbon, et fit emprisonner le contrôleur colonial. Les
faits imputés à M. Marchand avaient de la gravité. L'acte de destitution,
du 31 octobre 1815 portait qu'il était l'ennemi du gouvernement du roi;
que s'attendant à un changement de dynastie, il avait refusé de correspondre
avec les ministres de Louis XVIII; que, malgré un arriéré considérable
perçu des ventes du magasin et des secours apportés d'Europe, il n'existait
point en caisse une somme suffisante pour solder le service courant et
les troupes. M. Marchand craignant d'être arrêté, se retira dans un quartier
éloigné du chef-lieu et s'embarqua pour la France. Il fut provisoirement
remplacé par M. Auguste de Lanux Montjol.
5
décembre 1815, en réjouissance des heureux évènements qui ont
ramené le Roi à Paris, Bouvet propose, une illumination générale au jardin
du Roi et par toute la ville, puis à 20 heure, un bal à la salle de la
comédie.
Le 28 avril 1817, Bouvet
promulgue la loi du 8 mai 1816 abolissant le divorce.
Le 30 juin 1817, l'ordre
du jour n° 10 du Gouverneur Bouvet de Lozier annonce la remise de l'administration
à la colonie pour le 1 er juillet 1817 à Hilaire Urbain de Lafitte du
Courteil.
Bouvet est rappelé en France.
Par décision du Roi en date du 12 juillet 1817, il sera fait comte.
Il est tué en duel à Fontainebleau
le 31 janvier 1825.
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