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La Vierge Noire
et l' Église
Saint-François Xavier.
Situation : Rue Roger Payet
et rue de la Vierge Noire. Rivière des pluies. Sainte-Marie.
Chaque année, 30 à 40 000
milles réunionnais viennent prier la Vierge Noire. C'est un point de passage
mystérieux entre le culte public de l'Église catholique et l'histoire
légendaire de l'esclavage. La date du 1e mai, premier jour du mois de
Marie, a été choisie par les paroissiens pour des raisons de commodité
comme date officielle du traditionnel
pèlerinage de la Vierge noire à la Rivière des Pluies.
Histoire de La vierge
Noire - La légende de la Vierge Noire.
27 avril 1855,
l'évêque Mgr
Florian Desprez, premier évêque de La Réunion, dans une instruction
pastorale, demande à tous les curés de l'île de choisir un jour du mois
de mai pour une cérémonie de consécration à Marie Immaculée. Le
Père Jérôme, curé de la Rivière des Pluies, choisit le jour de la Pentecôte
pour cette consécration.
La congrégation religieuse
catholique des Filles de Marie fondée par Frédéric
Levavasseur et Aimée Pignolet de Fresnes le 19 mai
1849 à la Rivière des Pluies, prête pour la circonstance leur grande
statue de la vierge. La statue est placé dans les jardins de la famille
Desbassyns qui domine le terrain de l'Église, une niche est creusée dans
le flanc rocailleux dans laquelle on dépose la Vierge Immaculée. Le 28
mai 1855, c'est le jour de la grande cérémonie de consécration à Marie
Immaculée.
L'année suivante la paroisse
Saint-François Xavier de la Rivière des Pluies, décide l'achat d'une statue
pour la paroisse. Par souci de sécurité, deux statues sont commandées
et sont transportées dans deux colis distincts. Les deux colis arrivent
intacts en mars 1856.
Une première statue de la Vierge est placée le 1 er mai 1856 dans la cavité
qui domine l'église, l'autre le 4
mai 1856 sur la place de l'église. Pour protéger les deux statues qui
sont en fonte claire et qui risquent de noircir avec le temps, la Vierge
de la cavité est peinte en noir et l'autre en blanc.
Les sources historiques ne
permettent pas de dater avec certitude le début de la popularité de la
Vierge noire et quand la Vierge en fonte claire de 1856 est devenue la
Vierge Noire.
La Légende de La Vierge Noire.
Jadis, au temps des Noirs
marrons, terrible époque, vivait à l'entrée des gorges profondes de la
Rivière des Pluies, proche de l'endroit où s'est élevée plus tard la jolie
église de Saint-François Xavier, un jeune cafre du nom de Mario.
Mario avait appartenu à un
riche habitant de Sainte-Marie. Battu par son maître, il avait gagné ces
lieux solitaires; misérable était son existence, mais lui se trouvait
heureux, car il possédait un bien précieux entre tous, la Liberté.
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Trois
ans avaient passé depuis la disparition de l'esclave. Malgré bien des
recherches, bien des promesses de récompenses, jamais personne n'avait
pu relever la moindre trace de ses pas. Un jour, cependant, des chasseurs
du Chaudron, égarés à la poursuite d'un lièvre, remarquèrent, là-bas,
derrière un amoncellement de rochers, au fond d'une petite vallée, une
fumée qui montait droite et mince dans le ciel. Ils se dirigèrent de ce
côté et, par derrière les futaies, aperçurent le cafre accroupi devant
un feu de zangs zangs, sur lequel bouillait une marmite. L'un des chasseurs,
ami du maître de Mario, le reconnut. D'un commun accord , il fut décidé
de le cerner et de le prendre. Mais Mario avait l'ouïe fine. Au bruit
des voix et des pas dans la Rivière, il dressa l'oreille, se releva, d'un
coup de pied renversa la marmite sur le feu qui s'éteignit, bondit dans
les rochers et disparut.
Il était tard. Les chasseurs
ignoraient si Mario était seul ou en compagnie : de plus, le lieu était
d'accès difficile et ils n'étaient que trois. Dans de telles conditions,
une chasse à l'homme pouvait présenter quelques dangers ; ils résolurent
alors de regagner le Quartier, de prévenir le maître et de revenir, cette
fois suffisamment armés et en nombre.
Après quelques jours d'angoisses
mortelles, Mario s'était rassuré; on l'avait oublié, pensait-il, ou bien
on ne se souciait plus de le relancer; il avait repris ses courses habituelles
et vagabondes à travers les îlets. Mario était pieux. Dans l'excavation
d'un rocher qui dominait son Boucan, il avait, déposé une petite Sainte
Vierge en bois d'ébène, noire comme lui, qu'il fleurissait chaque jour
avec amour. Un Blanc charitable et bon, alors qu'il était encore enfant,
l'avait pris en pitié. Le voyant si injustement maltraité par son mauvais
maître, ce Blanc l'avait baptisé, lui avait appris à prier et, un jour,
lui avait donné cet objet bénit. Dans sa solitude, le sourire calme et
silencieux de la Bonne Mère lui était un réconfort. Mario l'invoquait,
lui contait ses peines, venait se consoler à ses pieds, et son plus grand
bonheur était de fleurir sa grotte : il lui semblait alors que la Vierge
lui souriait en le regardant.
Ce soir-là, absorbé plus
que d'habitude, par la confection de quelques engins de pêche qu'il devait
déposer au bassin de la Nage, le marron ne prêtait attention à rien. Pourtant,
dans les sentiers de la berge, les herbes crissaient doucement, des branches
craquaient, les martins effarouchés s'enfuyaient avec des cris aigus,
des pierres roulaient et se heurtaient. C'étaient nos chasseurs, revenus
avec des fusils et des bâtons pour traquer le malheureux comme une bête
malfaisante. Un galet roula plus fort que les autres, Mario se redressa...
Mais trop tard... Déjà le Boucan était cerné et des clameurs de victoire
retentissaient. Affolé, ses pauvres jambes se dérobant sous lui, l'esclave
se tourna vers sa protectrice et se jetant à ses genoux, il s'écria :
" Ô Mère des pauvres Noirs, secourez moi, protégez-moi... "
Les chasseurs allaient franchir
les quelques pas qui les séparaient encore de leur victime, folle de peur
et de désespoir, quand tout à coup, ô prodige... de là-haut, au-dessus
de son boucan adossé au rocher, les branches d'un bougainvillier à bouquets
de pourpre s'élancèrent, glissèrent jusqu'en bas, recouvrirent en quelques
secondes toutes les parois du rocher; les rameaux épineux de la liane
formèrent un tel fouillis que ni les haches, ni les sabres des chasseurs
surpris et furieux ne purent en venir à bout. Plus ils coupaient, plus
ils cognaient avec rage, plus les branches se resserraient, plus les fleurs
éclataient en gerbes, comme un défi victorieux. Et Mario, caché là-dessous,
riait et pleurait à la fois, bénissant sa petite Mère Noire qui l'avait
sauvé.
Des années et des années
passèrent. Sous un amas de pierres et de terre, on découvrit un jour le
squelette de l'ancien marron, et, au-dessus de ses restes desséchés, la
petite Vierge d'ébène qui souriait toujours de son même sourire serein,
de son sourire du ciel.
La caverne fut déblayée et
pieusement restaurée; on n'eut garde de toucher au bougainvillier miraculeux
qui ne cesse de fleurir. Depuis, la petite statue fut remplacée par cette
autre que connaissent tous les pèlerins. Elle se dresse là, protectrice
et consolatrice, semblant appeler à elle toutes les souffrances et intercéder
pour tous les coupables. Elle prie pour tous. Elle est là, comme une invitation
à la pitié pour les humbles, comme Mario, et comme une expiation des crimes
et des infamies de l'esclavage. C'est à ses pieds que le bon Père Monnet,
l'ardent défenseur et ami de la race noire, bâtit son église.
Plus tard, quand l'esclavage
fut enfin aboli, une femme de grand cœur et de haute piété : la Mère Marie-Magdeleine
de la Croix, émue des souffrances des pauvres filles noires, fonda tout
près de cette grotte bénie, la Congrégation qui les reçut. Comme elle
garda et protégea Mario, la Vierge Noire protège et garde encore ses pauvres
enfants.
" Je suis noire, mais
je suis belle... La beauté du corps n'est rien; la beauté de l'âme est
tout, et, pour avoir l'âme blanche et belle, agréable à Dieu, point n'est
besoin d'avoir la peau blanche : Nous sommes tous frères...".
Église Saint-François
Xavier de La Rivière des Pluies.
Le quartier de La Rivière
des Pluies c'est développé autour de son église, construite en un an,
de juin 1840 à septembre 1841, sous l’impulsion de l’abbé Alexandre
Monnet, et par les esclaves eux-mêmes qui ne disposaient d’aucun lieu
de culte dans ce quartier. Le 13 décembre 1852, la paroisse Saint-François
Xavier de la Rivière des Pluies est fondée. Dans les années 1979, l'église
Saint-François Xavier est agrandie, deux ailes sont rajoutées par le Père
Francis Hoarau, et une plaque de marbre est posée à la mémoire de l’abbé
Monnet. En 2005, un monument a sa mémoire est posé devant l’église.
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