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Julien
Théodore Drouhet est né le 4 avril 1817 à La Rochelle.
Il débarque à la Réunion
le 19 février 1829 en compagnie de son père et de son frère.
Il fait des études brillantes
à Saint-denis au Collège royal de Bourbon. A l’âge de 17 ans, il se voit
confier une classe. Il pratique un enseignement d’une qualité telle qu’il
devient titulaire d’une chaire de grammaire en 1838.
27 avril 1835, Théodore Drouhet
se marie à Marie-Ange Zélie Rolland avec qui il aura dix enfants. S’étant
ensuite remarié deux fois, il a laissé derrière lui de nombreux descendants.
Il quitte son poste d'enseignement
au Collège royal, pour créer un établissement privé : l’Institution Drouhet,
qui deviendra en 1845 l’École Joinville. Son établissement, qui prépare
les élèves pour les grandes écoles françaises, concurrence rapidement
le Collège royal. Pour résoudre le conflit, l’administration coloniale
offre à Drouhet le poste de proviseur au Collège royal, il est donc à
la tête de cet établissement le 1er mai 1848 qui prend le nom de lycée
de l’île de la Réunion la même année. Il va diriger ce lycée pendant dix-huit
ans. Théodore Drouhet fait preuve d’une grande autorité auprès de ses
élèves et de ses enseignants.
Décembre 1848, Sarda
Garriga commissaire Général de la République doit émanciper les
esclaves de La Réunion, Théodore Drouhet est républicain, ce qui ne plaît
guère à ses élèves, issus de classe aisée, donc conservatrice, ni à leurs
parents. Saint-Denis est alors le théâtre de manifestations de lycéens
dont le slogan est : A bas Drouhet, le licenciement de Théorodre Drouhet
ne calme pas la révolte et afin de rétablir l’ordre, Sarda Garriga est
contraint de faire appel à l’armée. Le 19 décembre 1848, ne parvenant
toujours pas à calmer les jeunes lycéens, Sarda Garriga est obligé de
fermer le lycée du 19 décembre 1848 au 1 er février 1849.
En 1853, Drouhet est nommé
membre de la commission centrale d’instruction publique. En “récompense”
de ses bons et loyaux services, il accède au titre d’inspecteur en chef
du service de l’instruction publique à la Réunion.
Janvier 1866,
Théodore Drouet est nommé Inspecteur de l’Instruction publique,
en remplacement de Louis Crivelli, admis à la retraite. Est alors désigné
comme proviseur un professeur de lycée, Monsieur Oscar Klein, c'est le
gendre de Monsieur Théodore Drouhet.
Une décision très contestée
par des notables de la ville, mais aussi par les élèves qui acceptaient
difficilement la rigueur disciplinaire exercée par le tandem Drouhet-Klein.
De leur côté, les professeurs dénonçaient ce népotisme qui leur était
imposé. D’ailleurs, c’est le jour de la cérémonie les installant dans
leurs fonctions, le 8 janvier 1866, que survint le premier incident.
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Le
professeur de philosophie, Jugand, ami de longue date de Théodore Drouhet,
depuis l’école Joinville où il avait exercé également, fit un discours
pour féliciter les nouveaux promus, au nom de ses collègues. Mais onze
des cinquante-trois professeurs et maîtres répétiteurs envoyèrent une
lettre de protestation au journal conservateur Le Moniteur pour publication.
Des professeurs, Firmin Cazamian et M. de Montforand furent à l’origine
d’une chanson publiée pour ridiculiser et abattre Drouhet et son gendre.
Théodore Drouhet réagit avec subtilité. Il dénonça les faits au directeur
de l’Intérieur et à la Commission d’Instruction publique, en apportant
par un écrit précis, les preuves que ces deux professeurs étaient bien
responsables et exigea des sanctions à leur encontre. Mais à sa grande
déception, les autorités ne suivirent pas ses recommandations. Les enseignants
concernés ne furent accusés que de légèreté et reçurent simplement un
blâme.
Pendant ce temps, les élèves
ne restaient pas inactifs. Ils avaient pris l’habitude de consigner leurs
plaintes dans une sorte de cahier de doléances qu’ils nommèrent L’Indépendance,
Le samedi 5 mai, à 20 heures, dans une salle d’étude, un dictionnaire
fut lancé à la tête d’un surveillant. Une bagarre générale s’en suivit.
Les deux cents élèves du Lycée impérial envahirent la rue pour demander
audience au directeur de l’Intérieur. Compte tenu de l’heure tardive,
il refusa de les recevoir. Théodore Drouhet prit l’affaire en main, il
obtient alors du gouvernement, la révocation d'un professeur, la mise
à la retraite d'office de trois autres et l'expulsion de quelques élèves.
Une fois connues, ces mesures ne firent qu'accentuer le mouvement de révolte.
La presse s'empara des événements et réclama une commission d'enquête
chargée de faire toute la lumière. Puis, dans un souci d'apaisement, le
Gouverneur amnistia les élèves expulsés et cassa l'arrêté du 7 mai. Les
professeurs pourront reprendre leurs activités. M. Klein démissionna de
ses fonctions de Proviseur. Sa démission est acceptée. L'inspecteur Drouhet
se rend en mission en France. Le lycée rouvre ses portes le 11 juin 1866.
Le 7 mai 1869, il sollicite
le gouverneur pour une mise à la retraite anticipée. Il cesse ses activités
éducatives le 31 juillet 1869.
Théodore Drouhet se consacre
alors au journalisme et à la politique.
Il fonde un journal politique et littéraire en 1871 le Nouveau salazien,
dont son fils devient le gérant et le rédacteur en chef. Il siége au conseil
municipal de Saint-Denis et fait partie du conseil général.
Pendant son Mandat de président
du conseil général, il joue un rôle important concernant l'implantation
du Port de la Pointe des Galets dans la commune de Port.
20 mars 1880, Théodore Drouhet
conseiller général de Saint-Denis est nommé directeur de l’intérieur en
Guyane française.
1881, Drouhet est nommé gouverneur
de l’Inde française.
1889, il est de
retour à la Réunion, Drouhet est élu conseiller
puis président du conseil général de Saint-Denis à trois reprises.
28 septembre 1890. A la mort
de M. Milhet-Fontarabie, il se présente comme candidat républicain
à l'élection sénatoriale du 28 septembre 1890 et
est élu au premier tour de scrutin, par 95 voix contre 72 à
son adversaire Albert La Serve, également républicain, sur
174 votants. Il retrouve son siège au renouvellement du 7 janvier
1894, au deuxième tour, par 96 voix sur 184 votants, et au renouvellement
du 4 janvier 1903, au premier tour de scrutin, par 200 voix sur 203 votants.
Il reste sénateur
jusqu'à son décès à Paris le 18 octobre 1904.
Son éloge funèbre fut
prononcé par le président Armand Fallières à
la séance du 20 octobre 1904 :
" Il fut un de nos vénérés
doyens... Mais où son ardeur qu'on pouvait croire sur le point
de s éteindre se réveille, irrésistible, c'est lorsqu'est
en jeu pour lui l'avenir de nos colonies. Il ne faut pas qu'il croie à
un oubli, à une menace ou, ce qui le touche davantage, à
une indifférence qui n'est dans la pensée de personne, mais
dont la crainte vaine l'émeut profondément. Il devient alors
pressant, impérieux, j'allais dire intraitable. Sa parole, qui
ne manque ni de force ni de feu, arrive à toucher ceux-là
même qui résistent à son entraînement. M. Drouhet
a été un républicain sans reproches. Il est resté
jusqu'au bout ce qu'il a été toute sa vie : bon et modeste.
Nous l'avons connu affectueux pour ses collègues qui se faisaient
tous un devoir de lui prodiguer les marques de leur estime et de leur
respect. "
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