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Georges
Guibert est né à Paris le 5 septembre 1915. Ses
parents sont commerçants.
Il passe quelques années
au séminaire de Versailles, avant d'entrer, tonsuré, au
noviciat d'Orly.
1939, il est mobilisé,
libéré en 1940.
1941, Georges Guibert est
ordonné prêtre.
1942, il part en mission
à Dakar, après un difficile passage en " zone libre
", il est pris à la fin de la traversée dans le débarquement
des troupes alliées à Oran. Il n'est mobilisé que
quelques jours avant de rejoindre son poste au Sénégal.
Il est procureur du vicariat
avant d'être affecté, pour une durée très brève,
à Kaolack grande ville du Sénégal, située
à 189 kilomètres au sud-est de Dakar et ensuite à
Diourbel à environ 150 kilomètres à l’est de
Dakar. Il reste pendant 4 ans au sénégal.
1946, il est rappelé
en France, il assume la charge de vice-procureur général,
sous les ordres du P. Letourneur.
1949, le jeune évêque
et vicaire apostolique de Dakar, Monseigneur Lefebvre qui est aussi délégué
apostolique pour l'Afrique francophone, plus de 40 diocèses, ressent
le besoin d'un auxiliaire, il nomme le père Guibert pour l'aider
dans sa tâche. Evêque auxiliaire Georges Guibert sillonne
inlassablement en voiture les missions de brousse, attentif aux besoins
matériels et spirituels de ses confrères.
Novembre 1960, l'évêque
de La Réunion Monseigneur
Cléret de Langavant donne sa démission, Monseigneur Guibert
est alors nommé évêque de La Réunion. Dans
sa lettre de démission envoyée au Pape, Monseigneur de Langavant
demande à rester dans le diocèse. Il reste donc à
La Réunion et administre le diocèse dans l'attente de son
successeur Monseigneur Georges Guibert.
La tâche du nouvel
évêque n'est pas facile, La Réunion est divisée
entre, départementalisation et autonomie, cette bipolarisation
passionnelle traverse toute la société, le clergé
réunionnais n'échappe pas aux passions et à effervescence
politique. La situation : la fin de l'époque coloniale, La Réunion
est département depuis 1946, le retour du Général
De Gaulle au pouvoir, Paul
Vergès qui vient de créer, 18 mai 1959, le Parti communiste
réunionnais, le PCR. Paul Vergès est
convaincu que la départementalisation est un échec et qu'il faut imaginer
une nouvelle organisation administrative. La solution l'autonomie seul
moyen selon lui de débarrasser définitivement La Réunion de ses oripeaux
coloniaux.
Monseigneur Guibert reste
libre et favorise la liberté pour tous. En tant qu'évêque,
il refuse de bloquer l'Eglise avec un choix politique.
Mais quelques prêtes
de La Réunion s'engagent dans le combat politique, les pères
Michel Reynolds, Nelson Courtois, René
Payet fondent le 9 août 1970
le groupe Témoignage Chrétien qui se dote d'un organe de
presse, Témoignage Chrétien de La Réunion, le TCR.
Avec eux des Laïcs Alain Lorraine, Lucien Biedinger, le groupe adhère
en faveur de l'autonomie. Le premier numéro de TCR du 15 octobre
1970 relaie clairement le combat autonomiste du Parti Communiste Réunionnais.
La Réaction préfectorale ne se fait pas attendre puisque
le Père Michel Reynolds, ordonné à La Réunion
mais de nationalité mauricienne est expulsé en décembre
1970. Lucien Biedinger est renvoyé en métropole par mesure
disciplinaire. Nelson Courtois et Simon Maillot qui protestent contre
cette mesure sont affectés à une nouvelle paroisse et l'évêque
leur interdit de célébrer la messe pendant plusieurs semaines.
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De gauche à droite
: Mgr Langavant, Mgr Aubry, Mgr Guibert. Trois évêques de
La Réunion.

L'onction donnée à
Gilbert Aubry par Mgr Guibert.
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Michel
Debré justifie auprès de Monseigneur Guibert, le 12 janvier
1971, l'action menée à l'égard du prête mauricien
:
" j'éprouve quelques
scrupules à vous écrire. Mais je compte sur votre amicale
indulgence pour comprendre le sens de ma lettre. Malgré les nombreux
incidents des derniers mois, je n'ai jamais pris position sur l'attitude
politique de tel ou tel prêtre considérant que la liberté
de pensée ne devrait pas être à sens unique... Il
me semble que le moment approche où je ne pourrai pas garder cette
attitude sans trahir la raison d'être de mon action à La
Réunion. Il m'a été dit, en effet, récemment,
qu'un prêtre avait publiquement traité le drapeau tricolore
de chiffon. Outre la bassesse d'âme qu'une telle réflexion
reflète, cette prise de position est d'une telle gravité
qu'elle révèle une situation difficile à accepter.
Le monde entier traverse une crise et l'Eglise catholique, je ne le sais
que trop, n'échappe pas à cette crise, mais il y a des limites
qui sont fixées par le souci de l'équilibre politique et
moral... entendre un prêtre arriver à une telle orientation
et entraîner, me dit-on, d'autres prêtres dans cette voie,
risque de créer des mouvements contre lesquels, il me semble, il
faut d'unir...
PS : Le départ de
ce prêtre mauricien, apôtre de la subversion, était
une nécessité morale autant que politique... Je me sens
obligé de vous le dire. Et le préfet a eu raison de prendre
ses responsabilités. "
Monseigneur Guibert se préoccupe
des jeunes réunionnais en difficultés, pour eux, il fait
implanter l'oeuvre des Apprentis d'Auteuil à La Réunion.
Il créé en
1969 l'Aumônerie réunionnaise à Paris, qu'il confie
au Père Félix Rivière, pour aider les expatriés
à s'insérer dans le tissu social et pastoral de la Métropole.
" On nous a accusés de faire de l'esclavage en envoyant les
Réunionnaises en métropole comme du bétail ! C'était
idiot, croyez-moi, ce n'était pas de gaieté de cœur
qu'on leur demandait de s'expatrier ! S'il y avait eu quelque chose sur
place, elles seraient restées. Il existait alors peu de chose pour
la formation, dont l'école d'infirmières à Bellepierre.
Le Père Favron a beaucoup contribué, dans différentes
branches, à offrir des bases, toute une série d'initiatives
qui ont donné naissance à l'Union des Oeuvres Sociales Réunionnaise
; il fallait à tout prix que les Réunionnais et Réunionnaises
sur le départ trouvent là-bas un accompagnement. "
Monseigneur Guibert donne
un nouvel essor à la catéchèse diocésaine.
Il encourage les relations entre catholiques des diverses îles du
sud-ouest de l'Océan Indien. Il contribue au lancement de ce qui
allait devenir la Conférence Episcopale de l'Océan Indien.
A son initiative, les Frères de Saint-Jean de Dieu s'implantent
dans l'Ile.
7 janvier 1972, une note
explique au ministre : " Plusieurs prêtes s'apprêtent
à former à La Réunion un " groupement des prêtres
de la Réunion " pour lutter contre les prêtres progressistes.
La majorité d'entre eux rendent Monseigneur Guibert responsable
de l'écroulement actuel de l'église dans le département.
Ils lui reprochent essentiellement son manque d'autorité, la venue
à La Réunion de prêtres métropolitains ayant
tous les idées progressistes allant pour quelques-uns jusqu'à
l'alliance ouverte avec les autonomistes. Ils accusent leur évêque
de trop soutenir les idées des pères Michel et Courtois
et le rendent responsable de l'indiscipline qui règne au sein de
l'église dans le département. Pour ces prêtres, l'église
a une mission. Son but n'est pas de se mêler à la politique.
Elle se doit de calmer les esprits et non de les exciter comme c'est actuellement
le cas dans l'île. Ce groupement va donc s'employer à favoriser
un redressement de la situation en luttant contre l'action des prêtres
progressistes et contre l'évêque. Un prêtre se rendra
par ailleurs à Rome dans le courant de l'année pour exposer
au Saint-Père la situation, réclamer le départ de
Monseigneur Guibert et demander la nomination d'un évêque
plus modéré."
Monseigneur Guibert tente bien de
dépasser les divisions mais les assemblées du clergé,
loin d'amener l'apaisement, sont l'occasion de nouveaux affrontements.
Dans ce contexte Monseigneur Guibert trouve opportum de présenter
sa démission en 1975.
La nomination d'un nouvel
évêque en 1975 préoccupe l'administration locale.
Rome envoie en mission à Saint-Denis le nonce apostolique de Madagascar,
à charge de rencontrer le clergé et toute la communauté
chrétienne pour proposer une issue à la crise que traverse
l'Eglise dans le département. Le nom de René Payet à
la succession de monseigneur Guibert est prononcé, le PCR organise
des déplacements en masse de ses militants pour aller déclarer
au Nonce, lors des journées d'audiences programmées, que
"le père Payet c'est un bon père c'est lui qui nous
faut comme évêque".
C'est finalement Gilbert
Aubry qui, à 34 ans, est nommé. Ce dernier estime que
c'est sans doute parce qu'il incarnait à la fois le caractère
créole par ses origines et la volonté d'indépendance
à l'égard des politiques, il explique sa nomination dans
un entretien du 14 août 1998 : " Je suis nommé fin 1975
et durant la période où la nomination était en cours,
il y a eu des manipulations politiciennes pour faire que ce soit untel
qui soit choisi et non pas untel. Le PCR a fait pression et les partis
de droite aussi. Moi, j'étais rédacteur en chef du journal
Croix-Sud et j'avais été conduit vers les orientations de
Monseigneur Guibert, vers celles du Pères Quatrefages et vers les
conclusions du Cardiogramme et du concile Vatican II. J'avais sorti en
1975 un article intitulé " Non au communisme populaire lié
au christianisme populaire ". Témoignage Chrétien défendait
cette thèse et moi j'ai pris position contre, tout en ouvrant encore
plus le champ politique que Monseigneur Guibert et le Père Quatrefages.
J'ai dit que du point de vue politique l'Evangile ne se prononçait
pas sur une forme de statut et qu'en tant que chrétiens nous pouvions
être pour un statut de département ou pour l'autonomie, cela
ne relevait pas strictement de la foi. J'avais averti Quatrefages de mon
article et il m'avait donné son aval. Je me situe donc dans une
ligne d'indépendance vis-à-vis des partis politiques en
tant que rédacteur du journal du diocèse..."
Après vingt-cinq ans
d'épiscopat, à Dakar et à Saint-Denis, Monseigneur
Guibert quitte son siège, laissant la place à un enfant
du pays, Gilbert Aubry, qu'il prit soin d'ordonner lui-même le 2
mai 1976.
De retour en France, il est
aumônier dans une clinique des Frères de Saint-Jean de Dieu,
puis passe sa retraite chez les Petites Sœurs des Pauvres.
Monseigneur Georges guibert décède
le 30 septembre 1997, à l'âge de 82 ans. Il est inhumé
à Chevilly.
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