Histoires
des sources de Cilaos.
L'existence des sources thermales
de Cilaos était probablement connue des Noirs marrons réfugiés dans le
cirque au 18ème siècle.
D’après le géographe Defos
du Rau, on commence à parler des sources de la rive droite du Bras des
Etangs en 1816. En mission pour le gouverneur Milius, Bréon, naturaliste
du Roi et directeur du jardin colonial de Saint-Denis, et Sénac, médecin
à Saint-Louis, les localisent exactement en 1819. Des échantillons sont
prélevés et envoyés en France pour analyse. Les résultats de Vauquelin
et Alibert sont communiqués dans le Dictionnaire des Sciences Médicales
de 1829.
En 1826, le directeur de
l’Intérieur, Betting de Lancastel s’enquiert des possibilités de leur
exploitation et dans les années qui suivent les premiers baigneurs apparaissent
dans le cirque.
Le décret colonial du 2 septembre
1840 concernant les terres du domaine situées à Cilaos décide que les
eaux minérales et thermales, ainsi que les terres qui les avoisinent,
ne peuvent être concédées et restent propriétés du domaine.
Le premier établissement
thermal est des plus rudimentaires : six baignoires naturelles creusées
dans le lit de la ravine, où les sources chaudes sourdent à une température
variable d’un bassin à l’autre ( de 32 à 38°5, suivant les saisons et
les auteurs ). L’eau y est renouvelée après chaque bain. Assez vastes
pour contenir une famille entière, les piscines sont couvertes d’un toit
de paille, séparées par des cloisons de paille et fermées par un rideau
que le baigneur doit apporter avec lui. Seul mobilier disponible : un
escabeau de bois et une barre transversale pour y suspendre les habits.
A distance des bains, les
malades disposent de trois buvettes : une d’eau chaude à 38° très fréquentée,
une à 29° 5 derrière les baignoires, et une plus froide ( entre 20° et
25° ) située sur la rive gauche et en amont des thermes, négligée par
les curistes, en dépit de ses qualités digestives, toniques et fortifiantes
recommandées par le Docteur Jean-Marie
Mac-Auliffe.
Les visiteurs n’ont, au début,
d’autre choix que de loger chez l’habitant réputé pour sa grande hospitalité.
Puis des logements en bois sont construits à proximité et peuvent accueillir,
en 1863, jusqu’à cinquante personnes. Avec la hausse de fréquentation,
des améliorations y sont apportées, afin de mieux satisfaire le besoin
de confort des baigneurs.
Les touristes plus aisés,
généralement des bourgeois créoles de Saint-Denis ou de Saint-Paul, sont
soit hébergés à l’hôtel ouvert depuis les années 1870, soit ils disposent
d’une résidence de « changement d’air », en vue de se refaire une santé
sous les effets favorables du climat d’altitude.
La
modernisation des thermes.
A la fin du 19ème siècle,
la construction d’un véritable établissement thermal devient indispensable.
Les travaux dirigés par l’ingénieur colonial, Dumesgnil d’Engente, se
déroulent de 1895 à 1897.
Le nouveau bâtiment est en
bois, recouvert de bardeaux et possède un soubassement en maçonnerie.
S’(étendant sur 115 m², il comporte dix pièces dont une salle d’attente,
une salle de douches reliée à une salle où se trouve l’étuve à vapeur
et enfin, sept chambres équipées de baignoires émaillées et d’une fenêtre.
Ces baignoires sont alimentées par deux réservoirs.
La gamme des soins dispensés
est améliorée ; en plus des bains, la salle d’hydrothérapie dispose de
douches en hache, à pomme d’arrosoir, à queue de cheval, ascendante et
circulaire pour le siège.
Les douches écossaises, la
sudation et les massages y sont pratiquées, tandis qu’en 1901, des appareils
à inhalation et à douches pharyngiennes sont installés dans un pavillon
annexe pour le traitement des pharyngites chroniques.
En 1898, la colonie reprend
l’exploitation des sources thermales à la commune de Saint-Louis et en
confie la conservation, l’entretien, la surveillance et la police au service
des Eaux et Forêts. Le service des Ponts et Chaussées est chargé d’entretenir
et d’améliorer les bâtiments et le matériel.
A la fin du 19ème siècle
et au début du 20ème, les baigneurs viennent de plus en plus nombreux
tester l’efficacité thérapeutique des eaux de Cilaos.
Celles-ci, grâce à leur composition,
sont indiquées à cette époque dans le traitement du rhumatisme chronique,
de l’arthrite, de la goutte, de la névralgie sciatique, des névroses telles
que l’hystérie, l’hypocondrie ou la neurasthénie, des maladies de la moelle
épinière dont la paraplégie des nouvelles accouchées, des deux premières
formes du béribéri, de l’anémie, de la chlorose, de l’hypertrophie de
la rate et du foie, de la dysenterie chronique, de la gastrite chronique,
du diabète, de la gravelle, de la néphrite chronique et enfin des inflammations
et infections de l’utérus. Nous devons ces informations médicales au Docteur
Jean-Marie Mac-Auliffe, qui fut le premier médecin-résident de la station
thermale, de 1900 à sa mort en 1908 : Cilaos pittoresque et thermal, Guide
médical des eaux thermales (1902).
Devant l’affluence des curistes,
il devient nécessaire d’améliorer l’accès au cirque, qui jusqu’à présent
se limite à un étroit et vertigineux chemin de piétons, que l’on parcourt
à pied, à cheval ou en chaise à porteurs. Ainsi, une route carrossable
est tracée entre 1927 et 1931, inaugurée en 1932, rompant l’isolement
dans lequel Cilaos était cloisonné.
Il en résulte qu’en 1935,
c’est à Cilaos que Mauriciens et Malgaches viennent en cure ; qu’ensuite,
en 1945,
c’est le seul établissement thermal qui subsiste à La Réunion. Or, en
1948,
il est entièrement détruit par un cyclone.
Le maire de la commune de
Ciloas Irénée
Accot lance les travaux pour la construction d'un nouvel établissement
thermal.
Il faut attendre 1988 pour
qu’un établissement moderne soit ouvert en amont des anciens thermes,
au-dessus de l’église : l’Établissement thermal Irénée Accot.
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